Julien
Lepage

Retour   Retour


C’est la guerre !
Julien Lepage

Précédent
Suivant
C’est la guerre !Jéon Staran, second sur le « Sans coup férir » était accoudé au comptoir du bar, examinant la profonde entaille qu’il avait à l’avant-bras, et ce qu’il avait prévu et souhaité arriva : la jeune fille assise à côté de lui – ou plutôt contre lui – l’interrogea sur cette balafre, et l’homme, non fier de ses aventures, lui narra la scène qui se déroulai il y avait de cela quelques jours seulement, où, au cours d’une mission sur une planète tropicale, il se battit à main nue pour finalement terrasser un redoutable tigre vert ; c’est le nom que l’on donnait à cette créature, dont l’apparence évoquait indubitablement celle du félin, mais dont les points communs s’arrêtent là puisque cet être n’est pas animal, mais végétal ! Ce qui ne l’empêche pas d’être carnivore et particulièrement féroce (assertion qui s’applique à peu près aussi bien au tigre qu’à Jéon !). Mirène, la jeune fille, était véritablement fascinée par ce baroudeur de passage sur cette tranquille planète diplomatique, et le géant aux muscles saillants avait de quoi séduire cette jolie passionnée d’aventures, aussi, lorsque le téléphone de Staran, accroché à sa ceinture, sonna, et qu’en plus de cela, le correspondant était le capitaine Nervénoë, le second ne se paya même pas le luxe d’hésiter, et décrocha malgré lui. Son appréhension fut confirmée par la nouvelle qu’on lui annonça : il fallait repartir immédiatement pour une énième mission. C’est donc le coeur lourd et le corps plus que jamais gonflé d’un surplus de testostérone que Jéon abandonna sa conquête d’un soir après lui avoir promis de la rappeler dès qu’il serait de retour sur cet astre, dont l’intérêt serait – des mots mêmes de Mirène – réduit à néant après le départ du marchand.
Kéo Nervénoë sortait tout juste du bureau d’Ester Kartay, le président d’un important groupe constructeur de navettes de tourisme, avec lequel il signé un contrat intéressant, puisqu’il s’agissait de porter les plans confidentiels d’un nouveau prototype à une succursale de production, sur la planète CTK-234. Beaucoup de jeunes planètes n’ont pas encore de nom définitif et se ne sont identifiées que par un code temporaire, et beaucoup d’entreprises sont situées sur des planètes fraîchement découvertes pour des raisons pratiques : dès qu’une planète possédant des ressources particulières (et rares) est découverte, il suffit de quelques heures pour qu’elle soit rachetée par un grand groupe qui peut alors produire à coût extrêmement réduit.
Il ya également un autre point à éclaircir pour un lecteur qui n’a pas connaissance de l’étendue de l’empire humain. On pourrait croire – à tort – qu’avec Internet, les informations n’ont plus besoin d’être portées par des humains, et ceci est assez vrai sur une planète isolée, ou même sur un système solaire, mais quand on parle de distances de cet ordre, Internet ne peut plus exister, du moins jusqu’à ce qu’un chercheur découvre un moyen d’envoyer et de recevoir de l’information à travers l’univers jumeau, mais ceci relève encore de la science-fiction ! On peut alors aisément comprendre que des hommes tels que Kéo Nervénoë et sont équipage restent de nos jours particulièrement précieux, et pour peu que leurs services soient réputés fiables, beaucoup d’affaires leurs sont confiées.
L’équipage se rendit donc assez rapidement sur la planète CTK-234 pour ce qui n’était a priori qu’une mission de routine. Tous étaient pressés d’achever cette affaire facile afin de rentrer chez eux – ceci était tout particulièrement vrai pour Jéon Staran – mais tout ne se passa pas comme prévu, car dès qu’ils arrivèrent à proximité de l’astre et tentèrent de contacter l’astroport afin de se poser, ils eurent la désagréable surprise de ne recevoir aucune réponse.
Après près de deux heures de tentatives infructueuses, ils décidèrent malgré tout de se poser, un peu à l’aveuglette puisqu’ils ne purent avoir la position d’aucune citée ni d’aucune base, et ce n’est qu’au moment où ils approchèrent le sol qu’ils purent repérer la flèche d’un édifice à la taille colossale, près duquel ils parvinrent à se poser. C’est en quittant leur vaisseau que le pire spectacle de désolation qu’ils virent s’offrit à leurs yeux : une immense citée était ravagée par une guerre effroyable ! La plupart des bâtiments étaient en ruine, des cratères d’explosions criblaient le sol, lui donnant un aspect lunaire glacial. Plus une trace de vie ne semblait animer ces lieux.
Qu’avait-il pu se passer ? Pourquoi une ville de cette importance se trouvait sur une planète industrielle, et surtout, pourquoi est-elle dans cet état ? Il n’y a pourtant pas eu – à la connaissance du capitaine Nervénoë – de guerre depuis celle qui frappa une galaxie du Sud il y a plus de deux cent ans, or là, ils étaient au Nord ! À moins que…
Kéo Nervénoë couru jusqu’au poste de pilotage, et consulta l’ordinateur de bord. L’inconcevable s’avérait : ils se trouvaient au Sud ! Après une analyse succincte des données du vaisseau, les résultats tombèrent. Le capitaine
expliqua alors à son équipage ce qui s’était passé : au moment de saisir la destination, il avait oublié une lettre et avait ainsi saisi CT-234 au lieu de CTK-234, les propulsant alors sur une planète effectivement ravagée par la guerre dans le passé, et se trouvant bien au Sud !
Les choses rentrèrent rapidement dans l’ordre, et la livraison fut faite, bien qu’avec une bonne semaine de retard !

Note : 0 / 10

le 1 janvier 1970

Le 7 août 2007


       


Julien Lepage
2017