Julien
Lepage

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Les ichtyoïdes polyandres
Erwan Bracchi

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Les ichtyoïdes polyandresAu-delà, sur le rivage, nagent des nixes dans la mer sablonneuse où je risque à présent mon parcours tortueux, ma quête sans fin qu’afin de quérir Lina l’inatteignable je poursuis sans avoir de cesse de verser mille et une larmes pour celle que dans un moment d’absence j’abandonnai, autant de mots versés à flots cependant que je me morfonds, seul, dans l’obscurité de la nuit sans fond, que perce soudain le regard envoûtant de l’ensorceleuse au loin, qui m’invite à la rejoindre d’un geste ondoyant de la main, que malgré moi je suis, je suis, sans réelle conscience, mes pensées, des voiles confus qui se mêlent et s’entremêlent, ondulant ainsi que le font avec charme les cheveux verts et longs de l’ondine qui d’aller vers elle me fait signe, signe de son doigt son désir dans le vide avec volupté, tandis que l’air marin caresse avec tendresse les délicieuses boucles de ses sœurs, qu’elle approche afin de les embrasser, de laisser sa langue parcourir langoureusement les courbes délicates de ces corps sigillés du sceau d’une infinie vénusté que ne viennent en rien corrompre des yeux délicieux, d’une mélancolie joyeuse, qu’une lueur étrange parsème d’étoiles, une mer stellaire en laquelle je me perds bientôt, enlacé que je me trouve à présent dans des bras aussi pâles que la cire vierge d’un cierge qu’occire vient la flamme d’une allumette à la lumière de laquelle apparaissent les tentacules blafards des créatures nocturnes qui s’en retournent une à une en Océan le néant, qui pendant ce temps patiemment respire, se soulève et nous aspire, m’engloutit bientôt, moi le prisonnier des monstres ichtyoïdes, unis mille fois d’une nuit l’espace à des malheureux égarés qui tel que moi furent charmés malicieusement par l’ivresse que leur causèrent ces princesses perfides et dans le ventre du gouffre océanique oublièrent jusqu’à leurs os, qui jonchent le sol marin, que sous mes yeux noyés je vois défiler dans une oscillation perpétuelle, accompagnés par les chevelures smaragdines des rusées ondines dans une danse dont à présent je suis las, tandis que le voile du sortilège se lève et dévoile à ma mémoire des mystères oubliés, une baignoire gorgée d’eau, le soubresaut de quelques bulbes, un bal d’ombres, puis un visage baignant dans le noir de mes songes, une silhouette en robe sombre, l’inaltérable Lina, heureux présage qui me tire du sillage de ces scélérates aquatiques pour au rivage me mener, me ramener sur mon interminable chemin dont aucun obstacle ne saurait me détourner, pas même le jeu triste de quelques nixes jeunes, perdues à présent dans les méandres de ma mémoire – il n’y a rien, au-delà du rivage.

Note : 0 / 10

le 1 janvier 1970

Le 29 janvier 2007


       


Julien Lepage
2017