J̇ulien Leρɑɡe

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Phénomènes aérospatiaux non identifiés, un défi à la science
Yves Sillard
2009

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Phénomènes aérospatiaux non identifiés, un défi à la scienceSous la direction d’Yves Sillard, ingénieur dans le domaine de l’aérospatial, en charge en 1964 du projet Concorde, pilote pour l’armée de l’air puis directeur du comité de pilotage du GEIPAN (groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), ce livre fait le point sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) dans le monde en général, en France en particulier.
Ce livre est composé de plusieurs parties, chacune rédigée par un spécialiste renommé du genre. On retrouve Jacques Arnould (philosophe et théologien), François Parmentier (essayiste et ufologue), Jacques Patenet (responsable du GEIPAN), Jean-Claude Ribes (astrophysicien au CNRS), Dominique Weinstein (comandant de police et membre du GEIPAN) et Pierre Marx (ancien directeur de la prospective du CNES). Bref, les gens qui s’expriment dans cet ouvrage sont loin d’être des illuminés ou des soucoupistes et tentent là de faire un point sérieux et sans a priori sur la question des PAN.
Tout d’abord, il s’agit de bien faire la distinction entre PAN et OVNI. En effet, un OVNI est un PAN, mais un PAN peut ne pas être un OVNI, car qui dit OVNI dit « objet », et il se trouve qu’une partie des PAN n’est pas (ou ne semble pas être) un objet.
En France, quelqu’un qui observe un PAN doit le signaler à la gendarmerie qui enregistre le plus sérieusement et le plus méticuleusement possible la déposition ; laquelle est ensuite transmise au GEIPAN qui traitera le cas. À la suite d’une enquête (la plus proche possible dans le temps après la déposition, afin de relever d’éventuels indices), le PAN est affecté à l’une des catégories suivantes : A, B, C ou D.
Un PAN de catégorie A n’en est plus un. En fait, il s’agit d’un cas expliqué ; par exemple par la présence d’un hélicoptère, d’un ballon-sonde ou de la rentrée dans l’atmosphère d’un élément de lanceur de satellite ou d’une météorite.
La catégorie B représente les PAN potentiellement expliqués ; c’est-à-dire un PAN pour lequel une explication est très probable sans pour autant qu’une preuve formelle puisse être apportée. Un exemple particulièrement intéressant est mis en exergue dans le livre : un homme voit, une nuit, une sphère lumineuse d’une cinquantaine de centimètres de diamètre flotter dans les airs avant de disparaitre. Le lendemain, un arbre de grande taille, à l’endroit indiqué, est cassé en deux. L’explication apportée par le GEIPAN, après analyse de l’arbre, est la suivante : des champignons luminescents auraient rongés l’arbre de l’intérieur. Une fois celui-ci vermoulu, il se serait cassé, laissant lesdits champignons s’échapper en une sphère, portés par le vent.
La catégorie C représente les PAN pour lesquels une explication ne peut être apportée faute d’éléments suffisants (par exemple un témoin isolé n’étant pas sûr de l’heure et / ou de la direction dans laquelle il a vu le phénomène, etc.). Cette catégorie est donc inexploitable.
Enfin, la catégorie D – la plus intéressante – regroupe les PAN pour lesquels l’observateur semble fiable, que l’observation est avérée mais pour lesquels il est impossible de se prononcer quant à leur nature.
Les exemples de PAN D sont nombreux et particulièrement édifiants dans cet ouvrage. Les scientifiques affirment, d’une voix commune, que ces phénomènes sont bien réels et que dans certains cas, loin d’être isolés, ces PAN sont indéniablement des objets physiques (confirmés par un écho radar) dont la trajectoire est sans doute possible intelligente, ce qui exclu naturellement tout phénomène naturel. Là, de deux choses l’une : soit il s’agit d’appareils militaires top-secrets (dont on voit mal pourquoi ils évolueraient comme c’est souvent le cas en formation étrange autour d’avions de ligne ou d’avions de chasse) soit il s’agit d’un (ou de plusieurs) peuple(s) extraterrestre(s). Quoi qu’en pensent les plus sceptiques, il est impossible de nier l’existence de ces appareils. Quelle que soit l’hypothèse que l’on privilégie, le fait est que ces PAN représentent un réel danger pour les avions (principalement les avions de ligne à la maniabilité plus restreinte). En effet, la possibilité d’une collision n’est pas impossible (d’ailleurs, certains crashs restent inexpliqués) ; et c’est là la conclusion de ce livre. La cécité intellectuelle dont font part la plupart des gouvernements, dénigrant voire ridiculisant le phénomène est potentiellement dangereuse. Partisan de la thèse extraterrestre ou pas, la question n’est pas là. La requête de ces scientifiques est simple : ils souhaitent que le gouvernement s’intéresse franchement et scientifiquement à ces phénomènes (en supposant bien évidemment qu’ils ne détiennent aucune vérité particulière quant à ces objets).L’enquête et le travail d’investigation mené par le GEIPAN est remarquable, surtout compte tenu des moyens sévèrement limités de ce groupe. Il faut donc rendre un hommage à ces scientifiques qui, depuis les années 70, travaillent continuellement à répertorier systématiquement les cas de PAN en France.Pour revenir à ce livre, une seconde partie beaucoup moins intéressante concerne le possible développement de la conquête spatiale humaine. Partant de l’idée logique que si ces PAN sont effectivement des extraterrestres, on peut penser qu’un jour, l’homme aussi ira explorer de lointaines planètes. Quand ? Comment ? Telles sont les questions auxquelles ces scientifiques vont tenter de répondre. Jean-Claude Ribes, dans sa partie, va alors se livrer à un exercice de style consistant à prévoir le développement de la conquête spatiale de l’homme, de nos jours jusqu’au quatrième millénaire. Ambitieux, sûrement passionnant, mais malheureusement sévèrement biaisé ! Dès le départ, l’auteur sous-estime les moyens mais surestime l’ambition !
À propos des moyens, il est évident que l’on saura un jour ou l’autre identifier ces fameux PAN. Que leur technologie soit extraterrestre ou à plus forte raison humaine et militaire, leurs moyens de propulsion ne sont pas très loin de notre portée… Ici, Jean-Claude Ribes ne prévoit pas notre maitrise de la MHD avant l’an 3000, alors que tout porte à croire que nous la maîtrisons d’ores et déjà ! À l’inverse, l’auteur prévoit un retour sur la Lune avant 2020 et un premier pas sur Mars avant 2040… Dans une société où l’économie est le moteur de toute entreprise, j’imagine mal le gouvernement américain engloutir des milliards de dollars dans une cause éloignée de tout gain financier ou politique potentiel. Pour cette partie, Yves Sillard conclut – en gros – que « oui, on va le faire, mais ce sera long et difficile ». Personnellement, je conclurai que « non, on ne le fera pas, alors que ce serait facile et rapide ».
Sur ces deux thèmes (la question des PAN et la place de l’homme dans l’Univers), chacun se fera son point de vue, mais l’ouvrage a le mérite de soulever de légitimes questions. Bref, il s’agit là d’un livre passionnant, rempli de question et malheureusement (et évidemment) porteur d’aucune réponse.

Note : 8 / 10

Lu le 25 août 2009




       


Julien Lepage
2018