Julien
Lepage

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Avec des scies
Julien Lepage

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Avec des sciesEt si… On courrait différemment ?

- Mesdames et messieurs, bienvenue sur France 2, en direct du stade olympique de Sinfortown où nous nous apprêtons à assister à la course de qualification pour la finale du cent mètres hommes, et déjà les sprinters sont sur le départ. Nous plaçons tous beaucoup d’espoir dans le français M’Gambé qui parviendra probablement, aux dires de son entraîneur à franchir ce soir la barre symbolique des 10 secondes, n’est-ce pas Michel ?
- Absolument Jean-Marc, c’est vrai qu’Armand Pinpront nous confiait tout à l’heure que cet entraînement qu’il lui fait suivre depuis maintenant trois mois à l’air de porter ses fruits.
- Espérons-le en effet, puisque, comme vous vous en souvenez tous, Dajii M’Gambé avait raté de très peu la qualification l’an passé lors des jeux de Moscou.
- Tout à fait ! On peut noter la présence sur la ligne de départ du slovène Ali Diagdo, qui avait réalisé de très bons temps lors des séances d’échauffement, puisqu’il avait atteint les dix secondes et huit centièmes. À côté de lui, l’américain Willis, toujours là, après sept ans de carrières et déjà quatre médailles d’or.
- Et ça fait plaisir, mon cher Michel, de le retrouver ici !
- C’est vrai que son contrôle positif au NHS il y a trois semaines auraient bien pu mettre fin à sa carrière ! Et finalement, on est très content de pouvoir le retrouver avec nous aujourd’hui. D’autant plus qu’il n’a jamais été aussi proche du record, Jean-Marc !
- Le record effectivement, de son compatriote Sveen Johnson que l’on a vu se qualifier brillamment pour la finale ce matin, et il y a de grandes chances qu’ils courent cette finale côtes-à-côtes.
- Ce qui promet un beau spectacle ! Mais à côté de Willis, un petit nouveau dans le monde du cent mètres : le ronaldmontais Charly.
- Exactement ! Charly qui nous avait déjà étonnés lors de l’épreuve d’haltérophilie la semaine dernière en soulevant un haltère de plus de deux-cent kilos !
- Oui, on peut dire qu’il s’agit d’un athlète complet. Et alors sur ce cent-mètre, que l’on ne l’a jamais vu courir, j’ai entendu dire qu’il avait une technique parfaitement particulière, que nous sommes impatients de découvrir.
- Technique d’autant plus particulière qu’on dirait bien qu’il a l’intention de prendre le départ de cette course debout ! Le règlement l’y en empêche-t-il, Jean-Marc ?
- Pas du tout, c’est tout à fait toléré, les appuis n’étant là que pour aider les coureurs et ne sont en aucun cas imposés. Si tout le monde à l’heure actuelle prend son départ dans cette position, c’est tout simplement qu’avec ces appuis, ils bénéficient d’un heurtoir, si je puis dire, qui leur permet de se donner une impulsion au départ, comme le mur des piscines pour les nageurs.
- Je vous coupe, Jean-Marc, il semble que l’arbitre s’apprête à donner le signal de départ… Top c’est parti ! Charly s’élance, et… Que fait-il ?! Il se jette en avant, prenant appui sur ses mains ! C’est extraordinaire, il se projette en avant à l’aide de ses mains, et… Il…
- C’est absolument du jamais vu ! Charly est en train de se livrer à une succession de rondades, il a maintenant 10 mètres de retard sur les autres sprinters !
- Cette technique n’a vraiment pas l’air efficace, tandis que c’est l’américain Willis qui prend la tête de la course !
- C’est époustouflant Michel, regardez-ça ! Charly prend de la vitesse avec l’inertie ! Il rattrape tout le monde, et il…
- Charly double tout le monde !!!
- Il finit sa course loin devant Willis ! C’est stupéfiant ! Le chronomètre affiche neuf secondes et quarante-six centièmes ! Le record du monde est pulvérisé !


Et si… Le Prix Goncourt était accessible à n’importe qui ?

Voici un extrait du roman « Un truc de ouf » par Khaled Assarhian, Prix Goncourt 2008 :
C’est alors que Rachid sort de sa BM et sort un putain de flingue et fout une putain de bastose dans la cheutron de Mouloud. Nan mais sérieux il a trop raison quoi ! Mouloud c’était un putain de fils de pute. Il avait kén’ sa reus’ Farida. Truc de ouf quoi. Nan mais alors Farida, tranquille, t’sais, elle sort de chez ses darons et monte dans la BM de son reuf, t’sais, et elle lâche pas un regard. Violent t’sais. Bon, après elle s’allume un bon bédo quoi. Même pas elle fait tourner la chienne. Putain, un bédo quoi ! Rachid il s’vénère, normal. Il lui fait « vas-y, lâche ton bédo ». Et c’te teupu, elle lui fait « y’a pas moyen. ».
Alors Rachid il répond « vas-y, crevarde ! ». Faut dire, ça faisait depuis le matin qu’il avait rien bédave, quoi.

Note : 0 / 10

le 1 janvier 1970

Le 1 septembre 2007


       


Julien Lepage
2017