Julien
Lepage

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Et le vainqueur est...
Julien Lepage

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Et le vainqueur est...L’empereur Ouhanaire descendit de son véhicule, remerciant son chauffeur, et avança vers les deux immenses colonnes encadrant la grille d’entrée de l’hôpital. Une imposante barrière lui faisait face, contrôlée par deux gardes, aux physiques imposants. L’un deux, à la vue de l’empereur, qu’il reconnut bien qu’en civil, pressa un bouton qui actionna le mécanisme d’ouverture de la grille. Par un geste, le souverain les salua et dirigea nonchalamment vers le bâtiment principal, situé en face de lui, traversant une grande cour joliment boisée. Il y avait là une population particulièrement atypique, constituée d’estropiés emplâtrés, de malades se promenant avec leurs perfusions, des gens en promenade, vêtus d’une unique robe de chambre et bon nombre de convalescents en fauteuils roulants. Arrivant devant le bâtiment, la porte automatique s’ouvrit sur le hall, encombré de patients, de personnel médical, mais aussi exceptionnellement des six plus grands capitaines marchands que l’univers ait jamais contenu. S’excusant pour son retard, l’empereur annonça l’objet de compétition qui allait bientôt devoir déchirer les aventuriers. Il s’agissait de porter un message à son ami des galaxies nord, l’empereur Hagelp, dont le contenu serait simplement le mot « rêve ». Et bien entendu, la première équipe qui parviendrait sur Cubazick, la capitale nordique, emporterait la victoire ; et qui dit « victoire » dit « domination du monde marchand » et a fortiori, élimination de l’équipe adverse.
Avant de se retirer, le monarque expliqua que chacun devait entrer dans l’une des six pièces qu’ils avaient devant les yeux. Six pièces dont les portes étaient peintes de six couleurs différentes. Une rouge, une bleue, une verte, une blanche, une pourpre, une jaune et une noire. Kéo se dirigea vers la porte pourpre.


ACTE I



KEDRAN STERN


Kedran Stern retroussa la manche gauche de sa veste en néoprène et jeta un coup d’œil furtif à sa montre. « 09:34 », indiquait-elle. « Parfait. », fit-il en caressant machinalement le chaume qui lui recouvrait le visage. D’un pas assuré, il se dirigea vers la porte qu’il avait choisie : la bleue, couleur de ses yeux. Il l’entrouvrit et s’y glissa, la tête basse en raison de sa taille, dépassant les deux mètres, et salua poliment, mais énergiquement le vieil homme, debout près d’une table d’opération. « Eh ! Vous allez m’faire quoi là ? », demanda-t-il, plus pressé qu’inquiet.
« — Eh bien, répondit le barbon, je vais vous injecter ce produit, spécialement conçu par les soins de l’empereur. Il vous permettra d’écraser facilement votre adversaire !
— Et pourquoi feriez-vous une chose pareille ?
— Vous savez, l’empereur Ouhanaire est un éternel rêveur, et il ne se rend pas compte combien il est préférable pour nous de traiter avec vous, les cinq Capitaines Marchands.
— Vous voulez dire qu’il n’est pas au courant ? Vous m’prenez pour un bleu ?
— Pas du tout, mon jeune ami ! En fait, l’empereur croit qu’il s’agit d’un banal examen médical. Rien de plus.
— Eh bien j’ai deux choses à vous dire : premièrement, je ne vous fais pas confiance, et deuxièmement, croyez-moi, j’ai vraiment pas besoin de ça pour gagner. Je suis Kedran Stern, le plus valeureux des Capitaines, et c’est pas ce blanc-bec de Kéo Nervénoë qui va m’impressionner !
— Bon, bon, comme vous voudrez. Bonne chance pour la suite ! »
En se retournant, le capitaine maugréa quelques mots inintelligibles, et se dirigea vers la porte et ressenti une vive douleur à l’épaule gauche avant de s’effondrer brutalement sur le carrelage froid de la pièce.


ESMAR HRON


« Sniiiiiiiirf ! », Esmar Hron se déboucha bruyamment les sinus et réajusta sa ceinture qui semblait à jamais devoir être trop serrée. « N’existe-t-il donc pas de pantalon fait pour les vrais hommes ? », s’interrogea-t-il une fois de plus. Ces mots étaient ceux de son esprit, car « vrai homme » n’est pas franchement une locution représentative de sa physionomie. Courtaud et ventripotent, des cheveux luisants de sébum, un diastème ridicule au possible et… « Sniiiiiiiiiirf ! Râh !!! »… et ses manies… Non, vraiment, il faut espérer qu’un « vrai homme » ne ressemble pas à cela ! Cependant, aussi grotesque soit-il, Esmar Hron n’en demeure pas moins l’un des hommes les plus puissants de la galaxie. Une fois les « règles du jeu » exposées, il se dirigea vers la salle à la porte verte, et l’ouvrit délicatement. Une jeune fille, somme toute très séduisante – la blouse ayant probablement une incidence sur ce jugement – se tenait adossée à une table d’opération, tout sourire. « Enchantée, capitaine Hron ! », salua-t-elle. « Asseyez-vous ici, je vais vous injecter un produit qui va vous permettre à coup sûr de gagner cette compétition sans le moindre effort ! ».
Subjugué à la fois par la charmante infirmière et par ce produit miracle dont elle parle, c’est avec une joie non dissimulée que le navigateur de renom retroussa l’une de ses manches avant de tendre son dodu poignet, où la jeune femme dénicha difficilement une veine dans laquelle elle injecta un liquide incolore. L’effet ne se fit pas attendre : Esmar tomba aussitôt dans un profond sommeil.


LOREM IPSUM


Lorem observait depuis un moment l’immaculé plafond du couloir de l’hôpital, et probablement est-ce cette lactescence qui conduisit la jeune femme – la seule parmi les Cinq – à choisir la porte blanche, peut-être d’ivoire, en tout cas suffisamment réfléchissante pour que sa couleur prenne la teinte céruléenne de sa robe alors qu’elle s’en approchait pour l’ouvrir. La pureté de la pièce la contraignit de plisser les yeux afin de laisser à sa pupille le temps de se contracter et d’accessoirement dévoiler un peu plus ses iris assez troublants. Troublants, car Lorem présentait un cas d’hétérochromie somme toute assez attirant. Son œil droit était d’un vert profond tandis que le gauche offrait un teint saphir de toute beauté. Face à elle, une table d’opération devant laquelle se trouvait une femme enrobée, d’une cinquantaine d’années, au teint hâve et au visage dur et froid, à l’image de son accueil : « Asseyez vous-là, j’ai un produit à vous injecter. Quelque-chose pour booster vos compétences… ». Surprise, la jeune fille questionna l’infirmière quant à ce produit : « Comment ça, booster mes compétences ? ». Cette dernière resta très évasive et se contenta de préciser que ce produit lui permettrait, grâce à de terribles pouvoirs, de vaincre son adversaire avec une facilité déconcertante. Lorem, visiblement peu convaincue accepta néanmoins l’injection et s’installa sur la table d’opération, tendant son poignet à son interlocutrice qui y planta sa seringue en la vidant de son contenu. « Wah ! Effectivement, je me sens… Puissante ! », annonça la belle face à la grosse femme, qu’une moue visiblement dubitative venait défigurer. « Puis-je voir votre bras ? », demanda cette dernière. Bras qui lui fut tendu, et qu’elle arracha d’un geste brusque. Icelui vint alors rouler sur le sol, se vidant d’un peu de sang, du liquide de la seringue et de ce qui semblait être de la mousse. « On ne me la fait pas ! », chapitra la mégère, réclamant un vrai bras cette fois. De sa position dominée, Lorem Ipsum n’osa remettre en doute l’utilité de cette administration et détourna la tête de l’aiguille qui s’enfonçait lentement dans sa veine, y déversant son contenu incolore. Après quoi la demoiselle sombra dans un sommeil artificiel.


SIT AMET


Sit Amet n’était pas un homme patient, loin de là. Et avec lui, il fallait que tout aille vite ! C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il fut le premier à choisir la pièce, bien que son choix, toujours dans un souci de vitesse, se limita à une simple optimisation de la distance à parcourir. Il prit donc la porte situé en face de lui : la jaune. L’éphèbe à la peau ébène et aux muscles saillants tourna la poignée de la porte et se dirigea à grandes enjambées vers l’infirmier situé près de la table d’opération et lui serra la main. « Bonjour, commandant Amet (il prononça « amé ») ! ». « Amet », rectifia ce dernier, insistant sur la consonne finale – qui se prononce également en fin de son prénom – avant de prendre place sur la table, supposant qu’il devrait de toute manière y siéger. « Désolé, monsieur Amet. », reprit le jeune homme en blouse blanche, « Je vais devoir vous injecter un produit qui décuplera votre force et vous donnera du tonus ! ». Voyant son interlocuteur plus que sceptique, celui-ci précisa : « En fait, je suis sensé vous faire passer une visite médicale classique, comme à tous les autres capitaines, mais voyez-vous, l’empereur Ouhanaire souhaite votre victoire, et vous comprenez bien que s’il vous choisissait vous sans autre forme d’explications, ce fait lui serait reproché par beaucoup de monde. C’est pour cela qu’il a préféré organisé cette compétition, sachant que vous la gagneriez. Surtout avec ce dopant ! ». Malgré le peu de crédit que l’on pourrait accorder à ces propos, le commandant Sit Amet, de nature particulièrement imbu de sa personne, eut foi en ces paroles et se laissa inoculer la supposée drogue. Attendant un soudain afflux d’énergie, c’est finalement une baisse qu’il constata, avant de s’endormir subitement.


Ë KARPTHAM


Cinq des six grands capitaines marchands présents venaient de choisir leurs salles respectives. Ë Karptham était le sixième, et n’eut donc plus le choix de la couleur et pénétra donc la dernière salle libre : celle à la porte noire. En son sein, une femme d’une trentaine d’année se trouvait accolée à une table d’opération. « Entrez, capitaine Karptham ! », fit-elle au marchand
visiblement intimidé. « N’ayez pas peur ! Asseyez-vous ici. », lui dit-elle en désignant la susnommée table. « J’ai une petite piqûre à vous faire ! », expliqua-t-elle et tapotant l’aiguille de la seringue qu’elle tenait dans sa main droite. Elle leva la manche de son patient, lui tamponna le bras de désinfectant, et planta la fine tige métallique dans une veine, y déversant quelques millilitres d’un liquide incolore. « Voilà ! C’est fini ! », fit-elle à l’intention du marchand qui avait préféré tourner la tête, afin de ne pas assister au perçage de son épiderme. « Avec ça, ce sera vous le plus fort de tous les capitaines ! ». Celui-ci baissa sa manche et se tint la tête entre les mains avant de s’endormir sur la table.
L’infirmière regarda l’enfant assoupi et sourit. Oui, enfant, car effectivement, ce marchand si puissant n’était âgé que de quinze ans et était capitaine depuis plus d’un an déjà, reprenant l’équipage et le vaisseau de son père à sa mort. Yiyin Karptham, feu son père, avait préféré léguer son entreprise de marchandage à son fils plutôt qu’à un membre de son équipage, et ce pour deux raisons : premièrement, Ë s’était montré digne de confiance et illustré par d’impressionnants « faits d’armes » au cours des nombreuses missions effectuées en compagnie de son père, à bord de son vaisseau, l’Enquilleur. Lorsqu’Yiyin se fit sauvagement abattre, par des autochtones anthropoïdes de la planète Sback-2, Ë, désigné de facto comme héritier testamentaire, obtint l’accréditation des autres membres de l’équipage nonobstant son âge. Il est depuis l’un des cinq grands capitaines marchands, rivalisant sur un pied d’égalité avec ses ainés. Comme eux, il était à présent endormi sur une table d’opération.


ACTE II



KEDRAN STERN


« Ah la vache ! », fit le géant en massant sa nuque endolorie. « Hé ! Vous ! », interpella-t-il en pointant du doigt le vieil homme en blouse blanche. « Vous… ». Son ton se fit hésitant.
Avait-il une barbe ? Il ne le semblait pas à Kedran, pourtant c’était bien la même personne qu’avant ; il n’y avait aucun doute là-dessus. Une barbe aurait pu lui pousser, comme ça ? « J’ai été inconscient combien de temps ? », lui demanda-t-il. « Oh, même pas cinq minutes. », répondit le vieillard nonchalamment. Kedran était vraiment perdu. Lui qui est quelqu’un de très physionomiste, il n’y avait pas de doute quant à l’absence de sa barbe avant l’incident. « Vous m’avez fait quoi ? Vous m’avez planté votre seringue dans le dos, hein ! », tonna la brute avant d’invectiver copieusement contre le médecin et le tenant par le col avant de le relâcher et de quitter la pièce en trombe. Il n’y avait pas une seconde à perdre : il avait une compétition à remporter. Il ouvrit donc la porte et emprunta le couloir… Vide ! Ça alors ! Le couloir était vide alors qu’il grouillait de monde quelques minutes avant… Mais était-ce bien quelques minutes ? « 09:34 », se souvint-il avant de jeter un coup d’œil furtif, toujours en prenant le chemin de la sortie de l’hôpital. « 09:50 »… Du même jour ? Une fois dans la rue, il interpela un patient et lui demanda la date du jour, et là encore, la réponse fut sans surprise. Il y avait là un mystère à résoudre, mais il fallait aussi parcourir quelques dizaines de milliers d’années-lumière le plus rapidement possible, pourquoi il décida de mettre temporairement cette énigme de côté et de se consacrer uniquement à mission, et c’est bille en tête qu’il courut, sportif qu’il était, en direction du spatioport, non loin de l’hôpital. Il est vrai que le fait qu’il connaisse parfaitement la ville était un avantage qu’il avait sur ses concurrents. Étant originaires de la ville, il était habitué à de longues promenades dans la cité, et en connaissait les moindres recoins.


ESMAR HRON


Esmar ouvrit un œil, puis l’autre, cligna des yeux, et se redressa sur la table d’opération. « Wouh ! Ça endort votre produit qui va me permettre de gagner. Vous êtes sûre de votre coup ? Eeeeh ! Mais vous étiez pas brune, vous ? », demanda-t-il à la blonde infirmière lui faisant face. « Pas du tout… Vous allez bien capitaine Hron ? », s’enquit-elle. L’homme ventripotent se gratta machinalement le crâne, se demandant ce qu’il pouvait bien se tramer, et se doutait que les événements prenaient une tournure étrange. Lui qui était quelqu’un de physionomiste lorsqu’il s’agissait de femmes, il ne pouvait pas se tromper ! Perdait-il la mémoire ? « À quarante ans, ce serait malheureux », pensa-t-il.
Après tout, pour un homme qui préfère les blondes, il n’était pas difficile de se faire à ce soudain changement, mais il n’en restait pas moins troublé. « Bon, je vais devoir vous quitter ma jolie ! », annonça-t-il en se levant de la table, puis, examinant plus en détail la salle, il remarqua – ou cru remarquer – que les murs n’étaient pas exactement de la même teinte qu’avant. Avait-il un problème avec les couleurs ? Ce n’est pourtant pas non plus sur ce détail que le capitaine Hron s’arrêterait. D’un pas décidé, il ouvrit la porte et quitta la pièce, pour se retrouver dans le hall de l’hôpital. Celui-là même où tous s’étaient donné rendez-vous, mais cette fois-ci, icelui se trouvait être complètement vide !
« Waouh ! Mais j’ai dormi combien de temps ?! », se demanda le commandant, alors persuadé qu’il était éminemment en retard et se hâta alors dans la rue, faisant face à l’établissement. Là, il bondit dans une capsule personnelle qu’il programma en direction de l’astroport, espérant vivement arriver sur Cubazick dans un délais pas trop ridicule.
Pour le capitaine Esmar Hron, peu importait d’arriver premier, et d’ailleurs, il ne voyait vraiment pas comment il pourrait y parvenir. Ce n’était pas son état d’esprit. Il se contentait de compter sur ses acolytes, bien meilleurs que lui sur ce plan. S’il s’est imposé comme l’un des Cinq, ce n’est vraiment pas en raison de ses talents de marchandeur, mais plutôt par les filouteries auxquelles il s’est livré toute sa carrière durant… Cependant, il se devait, pour son estime personnelle, de ne pas finir cette course en queue !


LOREM IPSUM


La belle s’étira en baillant et jeta un coup d’œil autour d’elle. Les murs, d’un blanc immaculé avant son sommeil, semblaient maintenant ternes, mais ceci était probablement dû au fait qu’elle se réveillait à peine. La grosse femme qui lui avait servi d’infirmière paraissait quant à elle encore plus pâle que précédemment, comme si le mur lui avait donné de sa blancheur. Lorem se leva, massant son bras endolori, et récupéra le cadavre de son bras artificiel, gisant sur le sol. « C’est dommage », se dit-elle, « si le produit n’avait pas cet effet somnifère, ç’aurait marché ! ».
Elle examina le bras déchiré, dont le liquide rouge qu’il contenait – afin d’imiter du sang humain – s’écoulait encore lentement. « Ça alors !!! Mais c’est un bras d’homme ! J’ai pris un bras d’homme ? ». Lorem était effrayée par son imprudence. Aurait-elle acheté un bras d’homme auprès de son revendeur habituel sans s’en rendre compte ? Elle qui avait déjà utilisé cette ruse dans des situations beaucoup plus dangereuses – a priori – que celle-ci, une erreur d’inattention de cet acabit aurait pu lui couter la vie !
Il s’agissait désormais de se méfier, mais aussi de se rendre auprès de son vaisseau sans perdre de temps, aussi fourra-t-elle ledit bras dans sa besace et s’empressa-t-elle de regagner le hall d’entrée de l’hôpital qui, à son plus grand étonnement, se trouvait être complètement vide. Elle rouvrit alors la porte de la salle d’opération et héla l’infirmière avant de lui lancer : « C’est dingue ! Y’a plus personne dans le couloir ! », et de n’obtenir de cette dernière qu’un haussement d’épaules, à la suite de quoi, une fois retournée dans le hall, le capitaine Ipsum sortit de sa poche arrière droite une petite télécommande, et appuya sur l’un des boutons qu’elle comportait. Ce bouton servait à activer le système de pilotage automatique du Nostoc mixtiligne, son vaisseau actuellement stationné au spatioport. Cette télécommande, conçue par Lorem Ipsum elle-même – comme beaucoup de fonctionnalités de son vaisseau d’ailleurs – s’est souvent avérée très pratique, et le gain de temps qu’elle pouvait réaliser grâce à elle, surtout dans cette course, serait certainement loin d’être négligeable.


SIT AMET


Après un rapide massage palpébral, le jeune homme se redressa, dégagea ses longs cheveux, qu’il avait devant les yeux, et jeta un regard suspicieux à l’infirmier, debout à côté de la table : « Dites-donc, vous ! Votre produit dopant, il a pas l’air de très bien marcher ! ». « Allons, allons, ne vous en faites pas ! », celui-ci de répondre. « Les effets seront visibles d’ici quelques minutes. Cet évanouissement est tout à fait normal. ». Apparemment rassuré, le capitaine de l’Habeas corpus descendit de la table d’opération, réajusta la lourde arme de tir qu’il avait en bandoulière et serra la main de l’infirmier, en signe d’adieu. Enfin, il se dirigea vers la sortie de la pièce, avant de s’arrêter brusquement. Il se retourna alors promptement et observa les murs de la pièce : ils étaient oranges, et plus jaunes comme avant.
Quelque-chose se tramait ici. Redoutant un piège, le commandant Amet se dirigea le plus rapidement qu’il le put vers la sortie.
D’autant plus rapidement d’ailleurs lorsqu’il constata que le couloir était vide, le plongeant ainsi un peu plus profondément dans sa paranoïa naissante. C’est donc par peur d’un éventuel piège ou attentat que Sit Amet, bien que dans la mégalopole pour la première fois de sa vie, décida de se rendre au spatioport par ses propres moyens, évitant tout contact avec la population. Pensant – à tort ou à raison, la suite des événements nous le dira – que le spatioport était le plus grand édifice de la ville, car il s’agissait, à sa connaissance, de l’un des plus grands ports de tout l’univers, il décida de se diriger vers le bâtiment le plus grand de la ville – donc vers une immense flèche couleur ivoire qui se détachait à l’horizon.
À grande foulée, le capitaine fusait à travers les méandres que formaient les rues de la citée, les yeux rivés vers le ciel, et plus particulièrement vers l’imposante flèche aux reflets argentés.


Ë KARPTHAM


Le jeune garçon, une fois réveillé, descendit de la table d’opération avant de s’ébrouer et de poser ses yeux sur son bras, sur lequel un sparadrap était collé. « Merci m’dame ! », fit le capitaine de l’Enquilleur, assez impressionné de se réveiller dans cette pièce aux murs si noirs – en tout cas, ils semblaient plus sombres que lorsqu’il entra dedans antérieurement, toutefois, le commandant Karptham n’avait pas le temps de comprendre ce qu’il s’était passé. Il n’avait pas le temps de constater les éventuels effets du produit que l’on lui avait injecté. Il n’avait pas le temps de discuter plus longuement avec la jeune femme en blouse blanche. Outre le fait que l’un des cinq capitaines, dont il faisait partie, devait absolument arriver premier sur Cubazick, Ë Karptham se devait d’être ce premier homme, et ce pour une raison simple : bien qu’ayant reçu l’accréditation de son équipage, il n’avait pas pour autant celle des autres marchands, et seule une victoire lors de cette compétition lui conférerait le statut d’égal qu’il recherchait tant.
Pourquoi c’est précipitamment que le jeune homme quitta la pièce, rejoignant ainsi le hall qu’il découvrit vide. Mais là encore, il fallait faire vite, si bien qu’Ë ne cilla même pas en poursuivit son chemin en direction de la sortie du bâtiment. Bien entendu, le capitaine ne put emprunter une capsule personnelle, en raison du fait qu’il n’était pas âgé de l’âge minimal requis, à savoir dix-sept ans. Il devait donc rejoindre à pied le spatioport, et, à l’inverse de Sit Amet, il demanda son chemin à un patient qui, aimablement, lui indiqua la route à suivre.
C’est au pas de course qu’Ë se dirigeait vers le port, espérant vivement arriver avant les autres. D’ailleurs, sur la route, il repensa à ce couloir vide, et pensa que le personnel était probablement afféré à s’occuper de ses concurrents, et qu’il s’était réveillé le premier. Cette pensée l’empli d’espoir, et sa course ne s’en trouva que plus rapide.


ACTE III à suivre…


Note : 0 / 10

le 1 janvier 1970

Le 18 septembre 2007


       


Julien Lepage
2017