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· Julien   Lepage

1001 questions sur l'espace
Marc Viroux
1992

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Illustration de critique : 1001 questions sur l'espace
Certains livres ne font pas de bruit. Ils atterrissent sous le sapin, passent quelques semaines sur l'étagère enfantine, et rejoignent discrètement la pile des ventes de garage sans que personne n'ait songé à leur accorder une nécrologie. 1001 questions sur l'espace, publié en 1992 aux éditions Hemma, appartient à cette catégorie-là : celle des livres utiles, honnêtes, et structurellement condamnés à l'oubli.

Marc Viroux est une figure particulière dans le paysage de l'édition jeunesse belge. Auteur, traducteur, adaptateur, il a fourni à Hemma un travail considérable tout au long des années 90, couvrant des sujets aussi variés que la cartographie, les bateaux, la nature, les sciences. Il s'agit moins d'un auteur au sens romantique du terme que d'un artisan prolifique du documentaire vulgarisé ; ce qui n'est pas une insulte, simplement une réalité du métier. 1001 questions sur l'espace est le deuxième volume d'une collection du même nom chez Hemma, et il s'inscrit dans ce catalogue-fleuve avec la même discrétion que les autres titres. Hemma, éditeur belge fondé en 1953, avait alors pour vocation de saturer le marché du livre jeunesse grand public (librairies de gare, grandes surfaces, catalogues de Noël) avec des ouvrages accessibles, bien illustrés et pas chers. Ce n'est pas Carl Sagan, mais ce n'est pas non plus prétendu l'être.

Le principe du livre est limpide : une question par double page, une réponse courte, une illustration en couleur. Pourquoi les étoiles brillent-elles ? Qu'est-ce qu'une naine blanche ? Combien y a-t-il de planètes dans le système solaire ? Les dessins sont signés Peter Bull et Guy Smith, deux illustrateurs scientifiques britanniques dont le style propre et documentaire convient parfaitement au propos. On n'est pas dans le photoréalisme de la NASA, mais dans quelque chose de précis, de pédagogique, avec cette légère raideur graphique qui caractérise les livres scolaires anglophones de l'époque ; le livre étant, de fait, une adaptation depuis un original en anglais. Ce détail explique peut-être quelques légères aspérités dans la langue française, quelques tournures qui sonnent un poil mécaniques quand on les lit à voix haute.

Remettons les choses en contexte : 1992, c'est deux ans après le lancement du télescope Hubble et ses premiers déboires optiques qui défrayaient la chronique. Le grand public était alors étrangement proche de l'astronomie : les gaffes spatiales font de bons titres de journaux, et les corrections techniques de meilleures. Un livre sur l'espace à cette date surfe sur une curiosité culturelle réelle, dans un monde où Cosmos de Sagan avait déjà formé une génération entière à regarder le ciel avec des yeux écarquillés. 1001 questions sur l'espace ne prétend pas à cette grandeur-là. Il offre quelque chose de plus modeste et de plus immédiatement fonctionnel : un outil pour un enfant de huit ans qui vient de voir une émission sur Mars et qui veut des réponses rapides, claires, sans avoir à affronter une encyclopédie de trois kilos.

Et dans cet objectif précis, le livre s'en sort honnêtement. Les notions fondamentales sont là, correctement expliquées, et l'ensemble tient la route scientifiquement pour l'époque ; ce qui n'était pas garanti dans ce segment éditorial, où la rigueur passait parfois après l'attractivité visuelle. Le format question/réponse a cet avantage indéniable qu'on peut l'ouvrir à n'importe quelle page, picorer, revenir, sans se sentir obligé de lire d'une traite. Pour un enfant, c'est une liberté précieuse.

Là où le livre montre ses limites, c'est dans ce qui fait aussi sa force : la concision. Quarante-cinq pages, des réponses courtes : ça laisse peu de place à la nuance, à l'émerveillement véritable, à ce sentiment de vertige que Sagan savait provoquer avec une simple phrase sur le nombre de grains de sable. On frôle les sujets sans jamais vraiment y plonger. Et en 2010, avec dix-huit ans de découvertes spatiales supplémentaires dans les bagages (l'atterrisseur Mars Pathfinder, les sondes Cassini, les images Hubble réparées), certaines pages accusent leur âge sans le moindre embarras. Ce n'est la faute de personne : un documentaire de vulgarisation n'est pas fait pour durer un siècle.

Il reste néanmoins quelque chose de sympathique dans ce petit livre : une forme d'énergie tranquille, de bonne volonté pédagogique sans esbroufe. Dans une collection de livres sur l'espace à destination d'un enfant curieux, il trouverait naturellement sa place à côté de J'explore le monde de la science, autre titre de Viroux pour le même éditeur, ou des premières Mes premières découvertes de Gallimard. Pas une révélation, pas une déception non plus. Un livre qui fait correctement son travail, dans un genre qui n'a pas pour vocation d'entrer au Panthéon.
Ma note75%
Lu le 2 Avril 2010


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