Douze énigmes qui défient la science
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Voilà un bouquin qui débarque sur ma table de chevet avec la discrétion d'un moine bénédictin et l'ambition d'un prédicateur de foire : nous convaincre que la science, malgré toute sa superbe, bute encore sur quelques os sacrés. Patrick Sbalchiero, docteur en histoire passé par l'École pratique des hautes études, n'est pas exactement un illuminé de plateau télé. L'homme dirige la revue Mélanges carmélitains, a co-signé avec René Laurentin le monumental Dictionnaire des « apparitions » de la Vierge Marie chez Fayard, et s'est même porté candidat à l'Académie française en avril dernier ; quelques semaines à peine avant la sortie de ce livre, ce qui témoigne soit d'un aplomb remarquable, soit d'un sens du timing assez personnel. Sa bibliographie tourne depuis une quinzaine d'années autour de l'extraordinaire chrétien : L'Église face aux miracles, Apparitions à Lourdes, Enquêtes aux portes de la mort… Avec Douze énigmes qui défient la science, publié chez Salvator, il propose une sorte de best of vulgarisé de ses travaux, un condensé accessible de tout ce qui le fascine depuis des années. On est clairement dans la déclinaison grand public d'un savoir accumulé ailleurs.
Le principe est simple et efficace : douze chapitres, douze cas. Le Saint-Suaire de Turin ouvre le bal, avec son lot de datations au carbone 14 contestées et de polémiques sans fin. Vient ensuite le manteau de Notre-Dame de Guadalupe, dont la tilma en fibres d'agave aurait dû se désagréger depuis des siècles, mais trône toujours dans sa basilique mexicaine. On croise la Tunique d'Argenteuil, le miracle de la jambe de Calanda (un Espagnol du XVIIe siècle dont la jambe amputée aurait repoussé, rien que ça), l'inédie supposée de Marthe Robin et de Thérèse Neumann, les lévitations de saint Joseph de Cupertino, la fameuse « danse du Soleil » de Fatima observée par des dizaines de milliers de témoins en 1917, les hosties sanglantes, les corps incorrompus de mystiques, les stigmates reproduisant la Passion, les statues lacrymales, et enfin les guérisons de Lourdes. Chaque chapitre fonctionne comme une petite enquête autonome : Sbalchiero pose le contexte historique, examine les témoignages, confronte les hypothèses scientifiques disponibles, et laisse le lecteur se forger sa propre opinion… enfin, en théorie.
L'auteur a beau clamer dans ses interviews qu'il ne cherche pas à défier la science, mais à l'encourager à creuser davantage, son positionnement n'est pas toujours aussi neutre qu'il le voudrait. On sent l'historien du religieux tiraillé entre la rigueur méthodologique de sa formation et une sympathie manifeste pour le merveilleux chrétien. Ce n'est pas de la malhonnêteté intellectuelle — Sbalchiero ne triche jamais avec les faits qu'il rapporte —, mais plutôt une inclinaison naturelle qui colore subtilement le récit. Le sceptique pur et dur risque de tiquer à certains passages. Le croyant convaincu trouvera sans doute que l'auteur ne va pas assez loin dans l'affirmation du surnaturel. C'est le lot de qui essaie de marcher sur la crête entre deux versants aussi escarpés.
Le format court (214 pages pour douze sujets, faites le calcul) impose un survol que l'on regrette parfois. Le chapitre sur le Saint-Suaire, par exemple, mériterait un livre entier à lui seul, et Sbalchiero le sait mieux que quiconque puisqu'il y a déjà consacré des pages dans ses ouvrages précédents. Celui sur l'incorruption des corps est probablement le plus réussi : l'auteur y déploie une érudition savoureuse, expliquant que la fameuse « odeur de sainteté » n'est pas qu'une métaphore, mais un constat physique : certains cadavres incorrompus dégageraient effectivement un parfum agréable au lieu de l'odeur de putréfaction attendue. Ce genre de détail concret, presque journalistique, donne au livre ses meilleurs moments. À l'inverse, les passages sur les statues qui pleurent ou les hosties sanglantes manquent un peu de chair, comme si l'auteur avait conscience d'arriver en terrain miné et préférait passer son chemin rapidement.
Ce qui fonctionne bien, en revanche, c'est la diversité géographique et temporelle des cas choisis. Du Mexique du XVIe siècle au Portugal de 1917, de l'Espagne baroque à la France de Marthe Robin, on voyage à travers les siècles et les continents avec un guide qui connaît son sujet. L'écriture est claire, sans jargon théologique excessif, et la structure en chapitres autonomes permet de picorer selon ses curiosités : un format qui rappelle davantage le documentaire télévisé que l'essai universitaire, ce qui n'est pas un reproche pour un ouvrage de vulgarisation. On pense un peu à ce que fait Jean Staune dans Notre existence a-t-elle un sens ?, en plus concis et plus centré sur le catholicisme.
Le vrai problème, au fond, c'est la promesse du titre. « Défier la science », c'est un programme ambitieux que le livre ne remplit qu'à moitié. Sbalchiero présente des dossiers, documente des cas, mais ne pousse pas assez loin la confrontation avec les chercheurs contemporains. On aurait aimé davantage de dialogue avec la médecine, la physique, la chimie actuelles, plutôt que des renvois — certes honnêtes — aux limites du savoir. Le livre reste trop souvent sur le seuil : il ouvre des portes sans vraiment les franchir. Pour qui s'intéresse au sujet sans le connaître, c'est une entrée en matière tout à fait recommandable, bien écrite et correctement documentée. Pour qui a déjà lu le Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire chrétiens du même auteur, ou les travaux de Patrick Theillier sur les guérisons de Lourdes, l'impression de survoler un terrain déjà balisé domine. Un bon livre de vulgarisation, donc, porté par un auteur compétent, mais qui laisse un léger goût de frustration ; celle d'un repas appétissant dont on sort en ayant encore un petit creux.
Le principe est simple et efficace : douze chapitres, douze cas. Le Saint-Suaire de Turin ouvre le bal, avec son lot de datations au carbone 14 contestées et de polémiques sans fin. Vient ensuite le manteau de Notre-Dame de Guadalupe, dont la tilma en fibres d'agave aurait dû se désagréger depuis des siècles, mais trône toujours dans sa basilique mexicaine. On croise la Tunique d'Argenteuil, le miracle de la jambe de Calanda (un Espagnol du XVIIe siècle dont la jambe amputée aurait repoussé, rien que ça), l'inédie supposée de Marthe Robin et de Thérèse Neumann, les lévitations de saint Joseph de Cupertino, la fameuse « danse du Soleil » de Fatima observée par des dizaines de milliers de témoins en 1917, les hosties sanglantes, les corps incorrompus de mystiques, les stigmates reproduisant la Passion, les statues lacrymales, et enfin les guérisons de Lourdes. Chaque chapitre fonctionne comme une petite enquête autonome : Sbalchiero pose le contexte historique, examine les témoignages, confronte les hypothèses scientifiques disponibles, et laisse le lecteur se forger sa propre opinion… enfin, en théorie.
L'auteur a beau clamer dans ses interviews qu'il ne cherche pas à défier la science, mais à l'encourager à creuser davantage, son positionnement n'est pas toujours aussi neutre qu'il le voudrait. On sent l'historien du religieux tiraillé entre la rigueur méthodologique de sa formation et une sympathie manifeste pour le merveilleux chrétien. Ce n'est pas de la malhonnêteté intellectuelle — Sbalchiero ne triche jamais avec les faits qu'il rapporte —, mais plutôt une inclinaison naturelle qui colore subtilement le récit. Le sceptique pur et dur risque de tiquer à certains passages. Le croyant convaincu trouvera sans doute que l'auteur ne va pas assez loin dans l'affirmation du surnaturel. C'est le lot de qui essaie de marcher sur la crête entre deux versants aussi escarpés.
Le format court (214 pages pour douze sujets, faites le calcul) impose un survol que l'on regrette parfois. Le chapitre sur le Saint-Suaire, par exemple, mériterait un livre entier à lui seul, et Sbalchiero le sait mieux que quiconque puisqu'il y a déjà consacré des pages dans ses ouvrages précédents. Celui sur l'incorruption des corps est probablement le plus réussi : l'auteur y déploie une érudition savoureuse, expliquant que la fameuse « odeur de sainteté » n'est pas qu'une métaphore, mais un constat physique : certains cadavres incorrompus dégageraient effectivement un parfum agréable au lieu de l'odeur de putréfaction attendue. Ce genre de détail concret, presque journalistique, donne au livre ses meilleurs moments. À l'inverse, les passages sur les statues qui pleurent ou les hosties sanglantes manquent un peu de chair, comme si l'auteur avait conscience d'arriver en terrain miné et préférait passer son chemin rapidement.
Ce qui fonctionne bien, en revanche, c'est la diversité géographique et temporelle des cas choisis. Du Mexique du XVIe siècle au Portugal de 1917, de l'Espagne baroque à la France de Marthe Robin, on voyage à travers les siècles et les continents avec un guide qui connaît son sujet. L'écriture est claire, sans jargon théologique excessif, et la structure en chapitres autonomes permet de picorer selon ses curiosités : un format qui rappelle davantage le documentaire télévisé que l'essai universitaire, ce qui n'est pas un reproche pour un ouvrage de vulgarisation. On pense un peu à ce que fait Jean Staune dans Notre existence a-t-elle un sens ?, en plus concis et plus centré sur le catholicisme.
Le vrai problème, au fond, c'est la promesse du titre. « Défier la science », c'est un programme ambitieux que le livre ne remplit qu'à moitié. Sbalchiero présente des dossiers, documente des cas, mais ne pousse pas assez loin la confrontation avec les chercheurs contemporains. On aurait aimé davantage de dialogue avec la médecine, la physique, la chimie actuelles, plutôt que des renvois — certes honnêtes — aux limites du savoir. Le livre reste trop souvent sur le seuil : il ouvre des portes sans vraiment les franchir. Pour qui s'intéresse au sujet sans le connaître, c'est une entrée en matière tout à fait recommandable, bien écrite et correctement documentée. Pour qui a déjà lu le Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire chrétiens du même auteur, ou les travaux de Patrick Theillier sur les guérisons de Lourdes, l'impression de survoler un terrain déjà balisé domine. Un bon livre de vulgarisation, donc, porté par un auteur compétent, mais qui laisse un léger goût de frustration ; celle d'un repas appétissant dont on sort en ayant encore un petit creux.
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