Le 51e état
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Sept ans après sa sortie sur les écrans britanniques, Le 51e état continue de traîner dans les bacs DVD avec la mine de celui qui sait qu'il n'a pas vraiment mérité sa place. Ronny Yu, réalisateur hongkongais déjà responsable de La fiancée de Chucky, et Samuel L. Jackson, alors auréolé de la « coolitude » post-Pulp fiction, promettaient ensemble quelque chose d'un peu électrique. Et pour être honnête, l'affiche avait de la gueule. Un Noir américain en kilt à Liverpool, flanqué de gangsters anglais et d'une tueuse à gages rousse : il y avait là matière à un beau bordel jouissif. Las.
Samuel L. Jackson campe donc Elmo McElroy, chimiste génial qui a mis au point le POS 51, une drogue soi-disant cinquante et une fois plus puissante que la cocaïne, capable de procurer l'impression que Dieu en personne est venu vous serrer la main. Après s'être débarrassé de son patron, le truculent Lézard (incarné par Meat Loaf, ce qui est en soi une information), Elmo débarque en Angleterre pour vendre sa formule. Il tombe sur Félix DeSouza, petit truand liverpuldien allergique à tout ce qui porte un accent américain, et sur Dakota Phillips, tueuse professionnelle dont il s'avère qu'elle est l'ex de Félix. S'ensuivent des coups de feu, des trahisons, une course-poursuite en voiture et beaucoup, beaucoup de grossièretés. Le tout à une cadence haletante voulue par le scénariste Stel Pavlou ; lequel, soit dit en passant, a écrit ce script alors qu'il bossait dans un magasin de spiritueux à Liverpool. Ça transparaît un peu.
Le scénario est le vrai problème du film, et prétendre le contraire serait lui rendre un mauvais service. Stel Pavlou a visiblement voulu marier Pulp fiction et Arnaques, crimes et botanique, deux films qui avaient l'un et l'autre la bonne idée d'être écrits par leurs réalisateurs. Résultat : on obtient une imitation qui fleure bon la copie d'étudiant, avec ses galeries de personnages pittoresques, mais creux, ses retournements de situation qui s'enchaînent sans logique et ses dialogues qui tentent le mot d'esprit toutes les trente secondes. Il faut lui reconnaître un twist final assez malin (la drogue miracle n'est qu'un placebo, et POS signifie « power of suggestion) ; idée qui aurait pu porter tout un film, et qui arrive ici comme une cerise sur un gâteau raté. Trop peu, trop tard.
Les personnages souffrent de cette écriture en roue libre. Elmo est présenté comme un génie chimiste, rebelle et philosophe, mais le film ne lui donne jamais vraiment l'espace pour exister en dehors de sa veste à franges et de son kilt. Le port du kilt, d'ailleurs, n'est pas anodin : Stel Pavlou voulait initialement que le film parle du commerce triangulaire des esclaves réincarné dans le trafic de drogue moderne, Elmo portant le tartan de son « maître esclave » avant de se le réapproprier symboliquement à la fin. L'intention est là. L'exécution, beaucoup moins. Quant à Félix, le Liverpuldien anti-américain obsédé par le match Liverpool-Manchester United, il aurait pu être le personnage pivot d'une vraie comédie de choc des cultures. Il reste un faire-valoir agité. Dakota Phillips, elle, cumule les cases de la « femme fatale badass » sans en cocher aucune de façon convaincante.
Il serait injuste de ne pas mentionner que le film voulait dire quelque chose. L'Angleterre comme 51e état des États-Unis, vassalisée culturellement, économiquement dépendante : c'est une métaphore qui avait encore une certaine mordant au début des années 2000, à l'heure de la guerre en Irak et de la relation Blair/Bush. Mais le film l'effleure comme on effleure une vitrine sans entrer dans la boutique. Les ambitions thématiques restent des décors de fond pendant que l'action prend toute la place sans vraiment justifier cet espace accordé.
Du côté de la réalisation, Ronny Yu applique sa grammaire habituelle : beaucoup d'énergie, des coupes rapides, des effets visuels datés même pour l'époque, et cette tendance des films d'action du début des années 2000 à afficher le nom des personnages en surimpression dès leur apparition, comme si le spectateur était incapable de suivre. La bande-son signée Headrillaz — un nom qui dit tout — accumule les tubes électroniques de l'ère rave avec la subtilité d'une playlist Winamp 2001. Liverpool, en revanche, s'en sort avec les honneurs : les docks, la Mersey, le stade d'Anfield : la ville est filmée avec un vrai respect, presque de l'affection, et finit par être le personnage le plus cohérent du lot.
Ce qui sauve partiellement le film de la noyade, ce sont ses acteurs, même si on sent que la plupart d'entre eux auraient mérité un meilleur texte. Samuel L. Jackson (qui est aussi producteur exécutif du film, ce qui explique sans doute pourquoi il obtient autant de plans) fait ce qu'il sait faire, c'est-à-dire habiter l'écran avec une autorité naturelle que peu de comédiens possèdent. Mais c'est du Samuel L. Jackson en pilote automatique : on a vu exactement la même prestation dans Shaft, dans Négociateur, et dans à peu près tout ce qu'il a tourné entre 1997 et 2003. Robert Carlyle, qui partageait déjà l'affiche avec Paul Barber dans The full monty, apporte une nervosité bienvenue, mais épuisante sur la durée. Meat Loaf en baron de la drogue parlant de lui à la troisième personne est l'idée la plus audacieuse du casting (Ronny Yu lui-même a qualifié ce choix de « truly inspired ») ; mais le personnage disparaît bien trop vite. Emily Mortimer fait ce qu'elle peut avec un rôle qui la résume à sa combinaison de cuir. Rhys Ifans et Ricky Tomlinson, en seconds couteaux savoureux, sont les seuls à sembler vraiment s'amuser.
Au bout du compte, Le 51e État est exactement le genre de film qu'on regarde un dimanche après-midi sur une chaîne câblée en se disant qu'on va l'éteindre dans dix minutes, et qu'on finit par regarder jusqu'au bout par pure inertie. Ce n'est pas un désastre absolu — il se passe toujours quelque chose à l'écran, ce qui est déjà un mérite —, mais c'est un film qui n'a pas grand-chose à raconter et qui prend quatre-vingt dix minutes pour ne pas le dire.
Samuel L. Jackson campe donc Elmo McElroy, chimiste génial qui a mis au point le POS 51, une drogue soi-disant cinquante et une fois plus puissante que la cocaïne, capable de procurer l'impression que Dieu en personne est venu vous serrer la main. Après s'être débarrassé de son patron, le truculent Lézard (incarné par Meat Loaf, ce qui est en soi une information), Elmo débarque en Angleterre pour vendre sa formule. Il tombe sur Félix DeSouza, petit truand liverpuldien allergique à tout ce qui porte un accent américain, et sur Dakota Phillips, tueuse professionnelle dont il s'avère qu'elle est l'ex de Félix. S'ensuivent des coups de feu, des trahisons, une course-poursuite en voiture et beaucoup, beaucoup de grossièretés. Le tout à une cadence haletante voulue par le scénariste Stel Pavlou ; lequel, soit dit en passant, a écrit ce script alors qu'il bossait dans un magasin de spiritueux à Liverpool. Ça transparaît un peu.
Le scénario est le vrai problème du film, et prétendre le contraire serait lui rendre un mauvais service. Stel Pavlou a visiblement voulu marier Pulp fiction et Arnaques, crimes et botanique, deux films qui avaient l'un et l'autre la bonne idée d'être écrits par leurs réalisateurs. Résultat : on obtient une imitation qui fleure bon la copie d'étudiant, avec ses galeries de personnages pittoresques, mais creux, ses retournements de situation qui s'enchaînent sans logique et ses dialogues qui tentent le mot d'esprit toutes les trente secondes. Il faut lui reconnaître un twist final assez malin (la drogue miracle n'est qu'un placebo, et POS signifie « power of suggestion) ; idée qui aurait pu porter tout un film, et qui arrive ici comme une cerise sur un gâteau raté. Trop peu, trop tard.
Les personnages souffrent de cette écriture en roue libre. Elmo est présenté comme un génie chimiste, rebelle et philosophe, mais le film ne lui donne jamais vraiment l'espace pour exister en dehors de sa veste à franges et de son kilt. Le port du kilt, d'ailleurs, n'est pas anodin : Stel Pavlou voulait initialement que le film parle du commerce triangulaire des esclaves réincarné dans le trafic de drogue moderne, Elmo portant le tartan de son « maître esclave » avant de se le réapproprier symboliquement à la fin. L'intention est là. L'exécution, beaucoup moins. Quant à Félix, le Liverpuldien anti-américain obsédé par le match Liverpool-Manchester United, il aurait pu être le personnage pivot d'une vraie comédie de choc des cultures. Il reste un faire-valoir agité. Dakota Phillips, elle, cumule les cases de la « femme fatale badass » sans en cocher aucune de façon convaincante.
Il serait injuste de ne pas mentionner que le film voulait dire quelque chose. L'Angleterre comme 51e état des États-Unis, vassalisée culturellement, économiquement dépendante : c'est une métaphore qui avait encore une certaine mordant au début des années 2000, à l'heure de la guerre en Irak et de la relation Blair/Bush. Mais le film l'effleure comme on effleure une vitrine sans entrer dans la boutique. Les ambitions thématiques restent des décors de fond pendant que l'action prend toute la place sans vraiment justifier cet espace accordé.
Du côté de la réalisation, Ronny Yu applique sa grammaire habituelle : beaucoup d'énergie, des coupes rapides, des effets visuels datés même pour l'époque, et cette tendance des films d'action du début des années 2000 à afficher le nom des personnages en surimpression dès leur apparition, comme si le spectateur était incapable de suivre. La bande-son signée Headrillaz — un nom qui dit tout — accumule les tubes électroniques de l'ère rave avec la subtilité d'une playlist Winamp 2001. Liverpool, en revanche, s'en sort avec les honneurs : les docks, la Mersey, le stade d'Anfield : la ville est filmée avec un vrai respect, presque de l'affection, et finit par être le personnage le plus cohérent du lot.
Ce qui sauve partiellement le film de la noyade, ce sont ses acteurs, même si on sent que la plupart d'entre eux auraient mérité un meilleur texte. Samuel L. Jackson (qui est aussi producteur exécutif du film, ce qui explique sans doute pourquoi il obtient autant de plans) fait ce qu'il sait faire, c'est-à-dire habiter l'écran avec une autorité naturelle que peu de comédiens possèdent. Mais c'est du Samuel L. Jackson en pilote automatique : on a vu exactement la même prestation dans Shaft, dans Négociateur, et dans à peu près tout ce qu'il a tourné entre 1997 et 2003. Robert Carlyle, qui partageait déjà l'affiche avec Paul Barber dans The full monty, apporte une nervosité bienvenue, mais épuisante sur la durée. Meat Loaf en baron de la drogue parlant de lui à la troisième personne est l'idée la plus audacieuse du casting (Ronny Yu lui-même a qualifié ce choix de « truly inspired ») ; mais le personnage disparaît bien trop vite. Emily Mortimer fait ce qu'elle peut avec un rôle qui la résume à sa combinaison de cuir. Rhys Ifans et Ricky Tomlinson, en seconds couteaux savoureux, sont les seuls à sembler vraiment s'amuser.
Au bout du compte, Le 51e État est exactement le genre de film qu'on regarde un dimanche après-midi sur une chaîne câblée en se disant qu'on va l'éteindre dans dix minutes, et qu'on finit par regarder jusqu'au bout par pure inertie. Ce n'est pas un désastre absolu — il se passe toujours quelque chose à l'écran, ce qui est déjà un mérite —, mais c'est un film qui n'a pas grand-chose à raconter et qui prend quatre-vingt dix minutes pour ne pas le dire.
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