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· Julien   Lepage

La famille Addams
Barry Sonnenfeld
1991

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Illustration de critique : La famille Addams
En 1991, Barry Sonnenfeld, ancien directeur de la photographie des frères Coen, fait ses premiers pas derrière la caméra avec La famille Addams, adaptation sur grand écran des personnages créés par Charles Addams dans les années 30 et popularisés par la série télévisée des années 60. Avec un casting porté par Raul Julia, Anjelica Huston et Christopher Lloyd, ce film entend donner un souffle nouveau à ces figures cultes, en respectant leur héritage tout en s'autorisant quelques libertés cinématographiques.

L'intrigue repose sur un retour improbable : Fétide, frère de Gomez, porté disparu depuis 25 ans, refait surface. Pourtant, des doutes subsistent : est-il vraiment celui qu'il prétend être, ou un usurpateur manigancé par un escroc cupide pour mettre la main sur la fortune familiale ? La trame principale tient sur un fil, mais elle est avant tout un prétexte à une série de saynètes aussi drôles que macabres, où les Addams se livrent à leur quotidien délicieusement décalé.

Là où d'autres adaptations se perdent à vouloir moderniser leur matériau d'origine, La famille Addams joue intelligemment sur le respect et l'exaltation de son univers gothique. Le scénario n'évite pas quelques facilités — la résolution s'avère convenue et manque de mordant —, mais il assume son côté théâtral, préférant s'attarder sur l'ambiance et la dynamique de la famille plutôt que sur la mécanique du récit.

Les personnages sont le cœur du film, et chacun d'eux se voit traité avec une affection et une minutie qui les rendent instantanément attachants. Gomez, patriarche excessif et passionné, est une figure de folie douce ; Morticia, avec sa diction parfaite et son élégance surnaturelle, impose une présence hypnotique ; Fétide, grotesque et attendrissant, oscille entre l'escroquerie et l'amour filial. Mais la véritable star du film, c'est Mercredi. Du haut de ses onze ans, Christina Ricci incarne cette enfant morbide avec une intensité fascinante, imposant un personnage à la fois effrayant et irrésistible. Son regard noir perce l'écran, et elle vole littéralement chaque scène où elle apparaît.

Derrière la comédie macabre, le film aborde des thèmes qui résonnent encore aujourd'hui. Il célèbre la marginalité et l'amour familial, opposant la cohésion inébranlable des Addams à l'hypocrisie du monde « normal ». Loin d'être des parias cherchant l'acceptation, les Addams s'épanouissent dans leur étrangeté et renvoient à la société son conformisme fade et matérialiste. Dans une époque où la famille idéale se veut stéréotypée, voir une tribu aussi dysfonctionnelle que soudée a quelque chose de rafraîchissant.

Techniquement, Sonnenfeld s'illustre par une mise en scène fluide et inventive, sans jamais sombrer dans l'artifice tapageur. Les décors gothiques, baignés d'une lumière tamisée, créent une atmosphère singulière et immersive. La photographie, signée Owen Roizman, accentue cette esthétique soignée, tandis que la bande-son de Marc Shaiman rend hommage aux compositions de Vic Mizzy. Seul accroc sonore : le générique de fin, massacré par Addams groove de MC Hammer, véritable faute de goût qui tranche avec l'ensemble du film.

Si le casting joue un rôle prépondérant dans la réussite du film, il convient de saluer l'interprétation magistrale de Raul Julia, parfait en Gomez flamboyant, et d'Anjelica Huston, qui impose une Morticia d'une classe absolue. Christopher Lloyd, quant à lui, s'amuse avec le rôle de Fétide, exagérant chaque geste et expression avec un plaisir communicatif. Les seconds rôles, du majordome Lurch au Cousin Machin, complètent ce tableau avec justesse et excentricité.

Trente ans après sa sortie, La famille Addams reste un divertissement aussi efficace qu'attachant. Il capture l'essence des personnages de Charles Addams, sans chercher à les transformer pour plaire à tout prix. C'est une comédie noire accessible, portée par une réalisation solide et un casting en état de grâce. Une œuvre qui, malgré quelques maladresses, conserve tout son charme et prouve qu'on peut rire de la mort avec élégance.
Ma note73%
Vu le 17 Janvier 2012


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