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· Julien   Lepage

Ami-ami
Victor Saint Macary
2017

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Illustration de critique : Ami-ami
Premier long métrage de Victor Saint Macary — fils du comédien Hubert Saint-Macary, qui apparaît d'ailleurs dans le film —, Ami-ami débarque en 2017 avec un pitch de comédie romantique apparemment bien rodé : deux meilleurs amis décident de vivre en colocation et de se jurer de ne plus jamais tomber amoureux. Classique, oui, mais le classique bien exécuté reste du plaisir. Le problème, c'est que l'exécution, justement, laisse à désirer. William Lebghil incarne Vincent, jeune homme fraîchement brisé par une rupture, qui s'installe avec sa meilleure amie Néféli, avocate fantasque jouée par Margot Bancilhon. Les deux potes se promettent de fuir l'amour comme la peste et de se contenter d'aventures sans lendemain. Puis Vincent rencontre Julie (Camille Razat), et décide de lui cacher son arrangement avec Néféli de peur qu'elle ne comprenne de travers. Voilà le moteur comique du film. Sauf que ce moteur tousse dès le démarrage. Le scénario repose sur un ressort dramatique qui n'a pas été correctement installé. Pour que l'on croit au secret que Vincent entretient vis-à-vis de Julie, il aurait fallu nous montrer que ces deux amis ont une relation fondée sur une loyauté absolue — que se trahir mutuellement leur serait impensable, quasi sacrilège. Or le film ne prend jamais le temps de poser ce socle. Une réplique où ils se promettent de ne rien cacher ne suffit pas : il aurait fallu ancrer cette promesse dans leur histoire commune, montrer qu'elle a du poids, qu'elle a déjà été éprouvée. Ce travail n'est pas fait, et du coup, la mécanique du quiproquo sonne creux. Pire, les auteurs semblent avoir confondu la dynamique d'une amitié fusionnelle avec celle d'un couple amoureux — les personnages se comportent parfois comme des amants jaloux, mais sans que la mise en scène ni le scénario revendiquent vraiment ce glissement. On reste dans un entre-deux inconfortable qui n'est ni la comédie de mœurs sur la colocation, ni le triangle amoureux assumé. Vincent et Néféli sont censés être inséparables, meilleurs amis depuis toujours. Mais on ne le ressent jamais vraiment à l'écran. Leur complicité est affirmée par le dialogue, rarement incarnée dans les situations. Les conflits qui émergent vers la fin du film auraient pu donner une vraie profondeur à leur relation — il y avait là une matière intéressante, une tension authentique — mais les auteurs les dégonflent presque aussitôt, comme s'ils avaient eu peur d'aller là où leur propre histoire les menait. C'est dommage, parce que c'est précisément dans ces moments-là que le film commence à exister. Sur le fond, Ami-ami effleure des questions qui méritaient mieux : peut-on vraiment tout se dire entre amis proches ? L'amitié entre un homme et une femme résiste-t-elle à l'intrusion du désir ou de la jalousie ? Ce sont de bons sujets de comédie romantique à la française, quelque part entre L'Amour c'est mieux à deux et les romcoms américaines de la grande époque. Mais le film ne creuse pas, il survole. Les seconds rôles auraient pu compenser — et Jonathan Cohen essaie, avec l'énergie désordonnée qu'on lui connaît depuis Lazy Company —, mais même lui est en partie plombé par des dialogues qui manquent cruellement de naturel. Trop mécaniques, trop écrits, pas assez joués. C'est l'un des principaux défauts du film : les répliques sonnent comme du premier jet non retravaillé. L'humour tombe régulièrement à plat, pas par manque d'intention comique, mais parce que les mots ne coulent pas. Il y a une différence entre une comédie qui fait rire et une comédie qui essaie de faire rire — et le spectateur la perçoit, même inconsciemment. À environ vingt minutes de la fin, pourtant, quelque chose se débloque. Quelques idées sont poussées jusqu'au bout, avec un brin d'audace, et on sourit enfin franchement. Trop peu, trop tard, mais au moins la preuve que le film n'est pas entièrement sans ressource. La mise en scène de Victor Saint Macary pose également question. On sent une volonté de faire joli, de soigner l'image — certains plans ont un vrai travail de lumière, doux et chaleureux — mais cette esthétique ne s'intègre pas dans l'ensemble. Le scénario appelle une comédie populaire au rythme fluide, au lissé assumé à l'américaine, et la réalisation lui répond avec une sensibilité presque contemplative qui ne colle pas. Le résultat est bizarre, ni vraiment élégant ni vraiment efficace. La scène de douche, avec son cadrage pudique mais inexpliqué, illustre bien ce malaise : ni comique, ni narrativement justifié, elle distrait plus qu'elle ne contribue. On ne sait pas à qui ce film s'adresse, ni quel genre il veut vraiment être. William Lebghil, que l'on retrouvera ensuite dans des rôles plus affirmés chez Quentin Dupieux ou dans Babysitting 2, fait ce qu'il peut avec un personnage mal construit. Margot Bancilhon s'en sort un peu mieux — elle a quelque chose d'attachant, une présence naturelle qui parvient parfois à transcender les limites du texte. Camille Razat, de son côté, est agréable dans un rôle qui ne lui demande pas grand-chose. Les acteurs sont globalement corrects, parfois victimes des mauvaises répliques, mais on ne peut pas vraiment leur en vouloir. Au bout du compte, Ami-ami n'est pas un film désagréable à regarder — il se laisse voir sans douleur, notamment grâce à quelques moments sauvés par l'énergie de ses comédiens. Mais il ne procure jamais la satisfaction qu'une comédie romantique est censée offrir : ni les rires francs, ni l'émotion attendue, ni même le plaisir coupable du genre bien exécuté. Ceux qui veulent leur dose de romcom française seront mieux servis ailleurs — du côté de Comme t'y es belle, ou même en retournant aux valeurs sûres que sont Cédric Klapisch ou les meilleures heures de Michel Leclerc. Ami-ami, lui, reste un essai imparfait, le genre de premier film qu'on regarde en espérant que la prochaine fois sera la bonne.
Ma note40%
Vu le 14 Août 2023


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