Les apprentis
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Après le succès critique de Cible émouvante, Pierre Salvadori retrouve Guillaume Depardieu pour ce deuxième long métrage qui lui vaudra le César du meilleur espoir masculin en 1996. Les apprentis nous plonge dans le quotidien précaire de deux colocataires parisiens des années 90, promettant une comédie sur l'amitié masculine et la galère urbaine. Le film bénéficie d'un casting solide avec François Cluzet en tête d'affiche, secondé par de belles apparitions de Judith Henry et Marie Trintignant.
Antoine est un écrivain raté qui enchaîne les piges alimentaires pour des magazines de second ordre, rêvant d'écrire le « boulevard parfait » tout en sombrant dans une mélancolie chronique. Fred, plus jeune et insouciant, navigue entre petits boulots foireux et combines douteuses, s'improvisant photographe par amour pour une étudiante. Ces deux « losers attachants » cohabitent dans l'appartement de la grand-mère d'un ami parti aux États-Unis, survivant grâce aux « trucs carrés » qui rentrent dans les poches et à la vodka bon marché. Leur univers précaire bascule quand ils apprennent qu'ils doivent quitter les lieux, les poussant vers une série de mésaventures qui révéleront la solidité de leur improbable amitié.
Le scénario de Salvadori, co-écrit avec Philippe Harel, Franck Bauchard et Nicolas Cuche, s'inscrit clairement dans la tradition du buddy movie à la française. On retrouve tous les codes du genre : deux personnages aux antipodes qui ne peuvent pas se supporter au départ, des objectifs communs qui les rapprochent, et cette mécanique bien huilée qui les mène vers une amitié indéfectible. C'est du déjà-vu, certes, mais efficace. Le film évite heureusement l'écueil du misérabilisme social grâce à un ton résolument comique, même dans ses moments les plus dramatiques. Cette approche rappelle parfois l'univers d'un Judd Apatow, cette capacité à aborder des sujets graves par le biais de situations puériles et apparemment anodines. Néanmoins, la construction narrative souffre d'un certain décousu, privilégiant les digressions caractérielles aux véritables enjeux dramatiques.
Antoine et Fred incarnent deux archétypes complémentaires du loser sympathique. Le premier, anxieux et introspectif, incarne cette génération d'intellectuels précaires des années 90, coincée entre ambitions artistiques et réalité économique. Sa nature morbide et ses lettres pathétiques à son ex-fiancée en font un personnage touchant dans sa vulnérabilité. Fred, au contraire, cultive un optimisme de façade qui masque mal son immaturité. Leur dynamique fonctionne sur un principe d'attraction-répulsion classique, l'un aspirant au conformisme bourgeois quand l'autre assume pleinement sa marginalité. Ces personnages bien campés trouvent leur consistance dans leur refus commun des codes sociaux établis, préférant « profiter de la vie plutôt que de la subir ».
Salvadori explore avec justesse les thèmes de la précarité et de l'inadaptation sociale sans jamais tomber dans la complaisance. Le film dessine le portrait d'une génération perdue, celle qui a grandi dans l'ombre des Trente Glorieuses et se retrouve confrontée au chômage de masse des années 90. Cette dimension sociologique reste cependant en filigrane, le réalisateur privilégiant l'humain au politique. L'amitié masculine devient alors le seul rempart contre l'isolement et l'échec, une forme de famille choisie qui transcende les différences de classe et de tempérament. Cette approche, si elle manque parfois de profondeur analytique, a le mérite de ne jamais donner de leçons.
La mise en scène de Salvadori cultive volontairement la simplicité, privilégiant la proximité avec ses personnages à l'esthétisme gratuit. La caméra de Gilles Henry, collaborateur fidèle du réalisateur depuis ses débuts, colle au plus près des visages, captant chaque mimique, chaque regard complice. Cette approche intimiste sert parfaitement le propos, même si elle prive le film de véritables morceaux de bravoure visuels. La bande sonore mêle habilement musique originale de Philippe Eidel (qui avait notamment travaillé sur les arrangements d'Indochine et composé les habillages de Canal+) et morceaux préexistants comme l'irrésistible Qu'est-ce que t'es belle de Marc Lavoine et Catherine Ringer, qui ponctue parfaitement l'ambiance années 90 du film.
François Cluzet livre une prestation remarquable, maîtrisant déjà ce langage corporel si particulier qui fera sa signature. Son Antoine navigue entre comédie et pathos avec une aisance déconcertante, transformant chaque situation embarrassante en petit moment de grâce comique. Face à lui, Guillaume Depardieu révèle un talent fou, cette capacité rare à faire passer mille émotions d'une simple grimace. Son Fred aurait pu n'être qu'un gentil benêt, mais l'acteur y insuffle une vraie mélancolie sous le vernis de l'insouciance. Le reste du casting apporte sa pierre à l'édifice : Judith Henry, qu'on avait découverte dans La discrète de Christian Vincent, compose une Sylvie touchante, tandis que Marie Trintignant illumine ses quelques scènes d'une présence magnétique.
Les apprentis reste une œuvre sympathique qui remplit parfaitement son contrat de divertissement intelligent. Assez sympa, même si rien n'est vraiment très original, on passe effectivement un bon moment en compagnie de ces deux imbéciles heureux. Le film souffre cependant d'un manque d'ambition narrative et d'une construction parfois mollement rythmée qui l'empêche de s'élever au-dessus de la moyenne. Salvadori confirme néanmoins son talent pour croquer des personnages hauts en couleur et son sens de la comédie grinçante, annonçant les futurs succès que seront Après vous ou Hors de prix. Pour qui cherche une comédie française sans prétention excessive, dans la lignée des comédies intimistes de Rohmer ou des premiers Klapisch, ce petit bijou des années 90 mérite le détour.
Antoine est un écrivain raté qui enchaîne les piges alimentaires pour des magazines de second ordre, rêvant d'écrire le « boulevard parfait » tout en sombrant dans une mélancolie chronique. Fred, plus jeune et insouciant, navigue entre petits boulots foireux et combines douteuses, s'improvisant photographe par amour pour une étudiante. Ces deux « losers attachants » cohabitent dans l'appartement de la grand-mère d'un ami parti aux États-Unis, survivant grâce aux « trucs carrés » qui rentrent dans les poches et à la vodka bon marché. Leur univers précaire bascule quand ils apprennent qu'ils doivent quitter les lieux, les poussant vers une série de mésaventures qui révéleront la solidité de leur improbable amitié.
Le scénario de Salvadori, co-écrit avec Philippe Harel, Franck Bauchard et Nicolas Cuche, s'inscrit clairement dans la tradition du buddy movie à la française. On retrouve tous les codes du genre : deux personnages aux antipodes qui ne peuvent pas se supporter au départ, des objectifs communs qui les rapprochent, et cette mécanique bien huilée qui les mène vers une amitié indéfectible. C'est du déjà-vu, certes, mais efficace. Le film évite heureusement l'écueil du misérabilisme social grâce à un ton résolument comique, même dans ses moments les plus dramatiques. Cette approche rappelle parfois l'univers d'un Judd Apatow, cette capacité à aborder des sujets graves par le biais de situations puériles et apparemment anodines. Néanmoins, la construction narrative souffre d'un certain décousu, privilégiant les digressions caractérielles aux véritables enjeux dramatiques.
Antoine et Fred incarnent deux archétypes complémentaires du loser sympathique. Le premier, anxieux et introspectif, incarne cette génération d'intellectuels précaires des années 90, coincée entre ambitions artistiques et réalité économique. Sa nature morbide et ses lettres pathétiques à son ex-fiancée en font un personnage touchant dans sa vulnérabilité. Fred, au contraire, cultive un optimisme de façade qui masque mal son immaturité. Leur dynamique fonctionne sur un principe d'attraction-répulsion classique, l'un aspirant au conformisme bourgeois quand l'autre assume pleinement sa marginalité. Ces personnages bien campés trouvent leur consistance dans leur refus commun des codes sociaux établis, préférant « profiter de la vie plutôt que de la subir ».
Salvadori explore avec justesse les thèmes de la précarité et de l'inadaptation sociale sans jamais tomber dans la complaisance. Le film dessine le portrait d'une génération perdue, celle qui a grandi dans l'ombre des Trente Glorieuses et se retrouve confrontée au chômage de masse des années 90. Cette dimension sociologique reste cependant en filigrane, le réalisateur privilégiant l'humain au politique. L'amitié masculine devient alors le seul rempart contre l'isolement et l'échec, une forme de famille choisie qui transcende les différences de classe et de tempérament. Cette approche, si elle manque parfois de profondeur analytique, a le mérite de ne jamais donner de leçons.
La mise en scène de Salvadori cultive volontairement la simplicité, privilégiant la proximité avec ses personnages à l'esthétisme gratuit. La caméra de Gilles Henry, collaborateur fidèle du réalisateur depuis ses débuts, colle au plus près des visages, captant chaque mimique, chaque regard complice. Cette approche intimiste sert parfaitement le propos, même si elle prive le film de véritables morceaux de bravoure visuels. La bande sonore mêle habilement musique originale de Philippe Eidel (qui avait notamment travaillé sur les arrangements d'Indochine et composé les habillages de Canal+) et morceaux préexistants comme l'irrésistible Qu'est-ce que t'es belle de Marc Lavoine et Catherine Ringer, qui ponctue parfaitement l'ambiance années 90 du film.
François Cluzet livre une prestation remarquable, maîtrisant déjà ce langage corporel si particulier qui fera sa signature. Son Antoine navigue entre comédie et pathos avec une aisance déconcertante, transformant chaque situation embarrassante en petit moment de grâce comique. Face à lui, Guillaume Depardieu révèle un talent fou, cette capacité rare à faire passer mille émotions d'une simple grimace. Son Fred aurait pu n'être qu'un gentil benêt, mais l'acteur y insuffle une vraie mélancolie sous le vernis de l'insouciance. Le reste du casting apporte sa pierre à l'édifice : Judith Henry, qu'on avait découverte dans La discrète de Christian Vincent, compose une Sylvie touchante, tandis que Marie Trintignant illumine ses quelques scènes d'une présence magnétique.
Les apprentis reste une œuvre sympathique qui remplit parfaitement son contrat de divertissement intelligent. Assez sympa, même si rien n'est vraiment très original, on passe effectivement un bon moment en compagnie de ces deux imbéciles heureux. Le film souffre cependant d'un manque d'ambition narrative et d'une construction parfois mollement rythmée qui l'empêche de s'élever au-dessus de la moyenne. Salvadori confirme néanmoins son talent pour croquer des personnages hauts en couleur et son sens de la comédie grinçante, annonçant les futurs succès que seront Après vous ou Hors de prix. Pour qui cherche une comédie française sans prétention excessive, dans la lignée des comédies intimistes de Rohmer ou des premiers Klapisch, ce petit bijou des années 90 mérite le détour.
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