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· Julien   Lepage

Atlas du monde animal
Philippe Duflon et André Estoppey
1977

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Illustration de critique : Atlas du monde animal
L'ouvrage tombe dans les mains un peu par hasard, entre deux rangées de livres oubliés qui sentent le temps et la bonne conscience encyclopédique. Philippe Duflon et André Estoppey ne sont pas des figures médiatiques de la zoologie française : ce ne sont pas des Konrad Lorenz ni des Jacques-Yves Cousteau dont la réputation précède le livre de dix longueurs. Ce sont deux vulgarisateurs au sens le plus artisanal du terme, qui ont consacré une bonne partie des années 70 à produire, souvent ensemble, des synthèses sur le monde animal destinées au grand public. La grande histoire du monde animal, leur autre grande entreprise de la même période, déclinée en onze volumes, donne la mesure de leur ambition : couvrir la faune planétaire avec le souci de l'exhaustivité, au risque d'étirer le propos jusqu'à le diluer.

Cet Atlas du monde animal, lui, choisit une forme plus resserrée et plus visuelle : 338 pages, grand format, reliure plein cuir bleu avec titres dorés, et surtout une iconographie en couleurs dense, répartie en et hors texte. C'est un objet qui se consulte autant qu'il se lit, un de ces livres conçus pour trôner dans un salon et être feuilletés par des enfants fascinés autant que par des adultes en quête d'un savoir rapide et accessible. La structure suit une logique géographique et taxonomique croisée : on passe d'un continent à l'autre, d'un groupe animal à l'autre, avec des encadrés, des cartes de répartition, des fiches descriptives. Le tout forme une sorte de tour du monde de la biodiversité, où le lion côtoie le casoar et le tapir le manchot impérial, chacun dans sa case, chacun dans son décor naturel soigneusement photographié ou illustré.

Ce qu'on retient avant tout, c'est la qualité de l'iconographie. En 1977, se payer une telle densité d'illustrations couleur dans un ouvrage grand public n'était pas anodin, et Odéon-Diffusion a visiblement mis le paquet sur ce plan-là. Les photos de terrain (tigres, rapaces, cétacés) ont ce grain caractéristique de la photographie animalière des années 70, avant que les téléobjectifs modernes et la photographie numérique ne rendent chaque poil de gorille identifiable à cent mètres. Il y a quelque chose de touchant dans ces images légèrement imparfaites, dans ce flou qui rappelle que capturer un animal sauvage en photo était encore une vraie prouesse. C'est l'époque des équipes Cousteau, de La planète bleue avant l'heure, d'une fascination collective pour la nature sauvage qui trouvait ses lettres de noblesse dans les émissions de Jacques-Yves Cousteau et dans les albums Larousse qui garnissaient les bibliothèques familiales.

Le texte, lui, est solide sans être brillant. Duflon et Estoppey écrivent un français clair, précis, jamais aride, avec une vraie pédagogie dans la manière d'introduire les espèces, d'expliquer les comportements, les modes de reproduction, les relations proies-prédateurs. On est loin de l'enthousiasme lyrique d'un Konrad Lorenz dans Il parlait avec les mammifères : pas de révélation sur la nature profonde de l'animal, pas de philosophie sous-jacente sur la condition humaine à travers le prisme du vivant. C'est de la vulgarisation honnête, bien informée pour l'époque, et qui assume sa vocation première : donner au lecteur un panorama complet et fiable sans prétendre à l'originalité scientifique. On est à mi-chemin entre le guide de terrain et l'encyclopédie de salon, ce qui est exactement ce que l'éditeur a dû vendre comme argument commercial.

Le format atlas impose cependant ses limites. La logique du tour d'horizon global contraint les auteurs à l'efficacité au détriment de la profondeur. Certaines espèces n'héritent que de quelques lignes là où un lecteur curieux en voudrait davantage, et les groupes les moins spectaculaires (insectes, invertébrés marins, reptiles) pâtissent d'un traitement nettement moins généreux que les grands mammifères charismatiques. C'est le péché mignon de toute encyclopédie animalière grand public : le lion mange toujours plus de pages que le nématode. Par ailleurs, le discours sur la conservation, timidement présent, reste très en deçà de ce que les années 80 et 90 allaient imposer comme impératif éthique dans ce type d'ouvrage. On est encore dans un rapport contemplatif à la nature plus que dans une posture militante ; ce qui est cohérent avec 1977, mais qui donne aujourd'hui au livre un léger parfum d'innocence antédiluvienne.

Reste que, feuilleté avec les yeux d'un enfant des années 80 qui a grandi avec ce livre sur une étagère, l'Atlas du monde animal a tout du compagnon fidèle et honnête. Il ne révolutionne pas la connaissance, il ne raconte pas le monde animal comme une épopée — ce que font avec bien plus de souffle des œuvres comme Le peuple des abîmes ou les grandes séries de la collection Time-Life sur la nature sauvage — mais il remplit son contrat avec sérieux et générosité. Pour les amateurs d'ouvrages de cette époque, c'est une belle pièce de bibliothèque, au sens propre comme au sens figuré.
Ma note75%
Lu le 11 Mars 2010


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