Atoman
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Présenté comme le « premier film de super-héros marocain et africain », produit à la sueur de 1,4 million d'euros par le réalisateur belgo-marocain Anouar Moatassim et porté par le rappeur Lartiste dans son tout premier rôle au cinéma, aux côtés de Samy Naceri, Sarah Perles, Mourade Zeguendi et Doudou Masta, Atoman a débarqué sur Amazon Prime Video en août 2025 avec l'ambition de rien de moins que révolutionner le cinéma de genre nord-africain. Après une avant-première mondiale au BIFFF de Bruxelles et une brève exploitation en salles au Maroc, le film a suscité un tsunami de réactions… essentiellement horrifiées ! Avec un 0,8/5 sur AlloCiné, un 1,8 sur IMDb et des critiques oscillant entre l'effroi sincère et l'hilarité involontaire, on se doutait bien qu'on n'avait pas affaire au prochain Dark knight. Mais à ce point-là, personne ne s'y attendait. Et c'est précisément ce qui rend le visionnage absolument jouissif.
L'intrigue suit Hakim Imlil, un hacker éthique de réputation internationale qui pirate les serveurs d'un laboratoire pharmaceutique pour rendre un traitement accessible au plus grand nombre. Pourchassé par Interpol et les services secrets marocains, il survit de justesse à une tentative d'assassinat et découvre alors qu'il est l'un des derniers descendants des Atlantes ! Oui, oui, l'Atlantide, qui dans cet univers se trouvait tranquillement nichée dans les montagnes de l'Atlas. Un astrolabe mystique capable de détruire le monde a été volé, et seul Hakim, doté du pouvoir ancestral du vent, peut empêcher le cataclysme. Face à lui, un méchant mafieux nommé Chinoui qui dirige ses opérations depuis un restaurant japonais, et un antagoniste incarné par Naceri lui-même, en super-vilain de luxe. Le tout saupoudré de cybercriminalité, de tatouages amazighs porteurs de symboles, de sagesse ancestrale et de duel d'énergie façon Dragon ball. Si on résume : c'est un Superman berbère qui doit sauver le monde grâce au vent, avec l'Atlantide dans le Haut Atlas et une scène de slow-motion ouvertement pompée sur Matrix. Accrochez-vous.
Le scénario, co-écrit par Omar Mrani et Moatassim, est un festival de clichés tellement assumés qu'ils en deviennent presque touchants. On a le parcours initiatique du héros malgré lui, la révélation de l'élu, le mentor mystérieux, la belle journaliste qui tombe amoureuse, le sidekick comique, le méchant qui veut dominer le monde. Tout y est, absolument tout, comme un bingo du film de super-héros générique dont on aurait coché toutes les cases. On apprend d'ailleurs que le scénario original aurait été largement amputé par le réalisateur lors du montage, sans que personne ne songe à combler les béances narratives laissées dans le sillage. Résultat : les scènes s'enchaînent avec une logique parfois onirique, les personnages apparaissent et disparaissent sans crier gare, et les enjeux se succèdent dans un joyeux chaos. Vers la vingtième minute, une scène est tellement incompréhensible que le personnage lui-même dit « j'ai pas compris »… et on ne saurait mieux résumer l'expérience du spectateur. Mais attention : au milieu de ce maelström, on distingue les contours d'une vraie idée. Le mélange hacking-mythologie-écologie, l'ancrage amazigh, la transmission culturelle ; tout cela a un potentiel certain. C'est juste que l'exécution est si spectaculairement à côté de la plaque que le potentiel se transforme en comédie involontaire.
Un mot sur le titre lui-même, qui est un bijou d'incohérence. À un moment du film, un journaliste demande à Atoman pourquoi il porte ce nom. Le héros explique qu'en amazigh, « vent » — son pouvoir — se dit « aḍu », d'où le nom « Aḍuman ». Sauf que le film s'appelle Atoman. Pas Aḍuman. Atoman. Ce qui ne veut strictement rien dire par rapport à l'explication qu'on vient de nous servir. On reste bouche bée devant cette pirouette étymologique qui se tire une balle dans le pied avec une grâce confondante.
Côté personnages, Hakim est censé être un hacker surdoué et un héros charismatique, mais il traverse les épreuves avec la perplexité d'un type à qui on aurait remis le mauvais script. Sanaa, incarnée par Perles, est la journaliste-love interest dont le rôle se résume essentiellement à regarder Hakim avec admiration. Tahar, le sidekick comique joué par Zeguendi, débite des vannes avec l'entrain d'un animateur de soirée karaoké un mardi soir… aucune ne fait mouche, mais il y croit tellement que c'est presqu'émouvant. Chinoui, le bad guy de Doudou Masta, est un mafieux de pacotille qui règne sur son restaurant japonais avec le sérieux d'un sketch des Inconnus. Quant à Maître Youssef, le mentor mystique interprété par Mohamed Targuisti, il adopte une voix caverneuse tellement calquée sur Brando dans Le parrain que chacune de ses apparitions provoque un sourire irrépressible. Et puis il y a David Lockam, le vilain de Naceri, sorte d'Iron man du pauvre en armure de super-vilain, qui se la joue menace planétaire alors qu'il a l'air de débarquer d'un épisode de Power rangers.
Sous les strates de nanar, Atoman essaie pourtant de dire quelque chose. Le film veut célébrer l'identité amazighe et la richesse du patrimoine immatériel marocain : les tatouages berbères, la transmission du savoir ancestral, l'harmonie entre tradition et modernité, la protection de l'environnement. Le tournage lui-même est un hommage appuyé au Maroc, filmé de Tanger à Lagouira comme le clame fièrement la production : les grottes de Friouato près de Taza, la kasbah de Tizourgane dans l'Anti-Atlas, les greniers fortifiés d'Inoummar datant du XIe siècle, les khettarat de Merzouga, le complexe solaire Noor de Ouarzazate, le ksar d'Aït Ben Haddou. On sent la fierté culturelle à chaque plan large, la volonté de montrer un Maroc grandiose et méconnu. Le film effleure aussi la justice sociale à travers le hacking éthique de Hakim, la lutte contre les labos pharmaceutiques, la cybercriminalité. Des thèmes nobles, sincères, simplement desservis par une écriture qui les réduit à des punchlines creuses et des tirades grandiloquentes. C'est le paradoxe d'Atoman : il y a un vrai amour derrière le désastre.
Techniquement, le film offre un contraste saisissant entre l'excellent et le catastrophique. La photographie, signée Lucas Coassin, est indéniablement belle : les paysages marocains sont sublimés, les lumières du désert et des montagnes de l'Atlas sont captées avec un vrai sens du cadre. L'image est soignée, parfois somptueuse : on se surprend à vouloir visiter chaque lieu de tournage. Le mixage sonore, réalisé dans les studios de Luc Besson, est correct. Et les effets spéciaux, confiés au studio belge What the frame, ne sont pas aussi désastreux qu'on pourrait le craindre pour un budget de 1,4 million d'euros : certains plans fonctionnent, d'autres évoquent un After Effects un peu pressé, mais dans l'ensemble c'est honnête pour les moyens engagés. En revanche, la bande-son est un sujet sensible. Composée par DJ Van avec des contributions de Soprano, Mennel et Benny Adam, la musique d'ambiance fait son travail sans laisser de souvenir, mais les morceaux rap plaqués sur certaines scènes tombent à plat : le morceau de Soprano en intro et en outro donne l'impression d'entrer dans un téléfilm comique plutôt que dans une épopée super-héroïque. Les bruitages, eux, sont un cas d'école : chaque coup de poing sonne comme un film de kung-fu des années 80, avec ces « whoosh » et ces « paf » qui semblent sortis d'une banque de sons gratuite. La mise en scène abuse des travellings circulaires, enchaîne les faux raccords, et offre un slow-motion si laborieux qu'une critique AlloCiné l'a décrit comme « du Matrix sous Tranxène ». Quant au costume d'Atoman, il flotte lamentablement sur Lartiste, pas ajusté d'un centimètre, évoquant un cosplay discount de Black Adam.
Venons-en au jeu des acteurs, qui constitue à la fois le fond du gouffre et le sommet du divertissement. Lartiste, rappeur connu pour ses tubes Chocolat et Mafiosa, se retrouve propulsé premier rôle dans un film de super-héros sans aucune expérience d'acteur : le résultat est exactement ce qu'on imagine. Il ne trouve jamais le ton, oscille entre la rigidité totale et des éclats surjoués, et débite ses répliques avec la conviction d'un type qui lit un prompteur pour la première fois. Mais il faut lui reconnaître une chose : il y met du cœur, et sa maladresse a quelque chose d'attachant, comme un chiot qui trébuche sur ses propres pattes. Samy Naceri, lui, c'est une autre histoire. L'ancien Daniel de la saga Taxi cabotine à un niveau olympique. Chaque scène est un festival de regards appuyés, de répliques mâchées et de poses théâtrales. Il lâche même un « konnichiwa » qui rappelle directement ses heures de gloire dans Taxi 2… sauf qu'ici, tout premier degré s'est évaporé. Mourade Zeguendi, le Belge des Barons et Dikkenek, devrait en théorie assurer le quota comique, mais ses vannes tombent les unes après les autres dans un silence gênant : pas un sourire, pas même de pitié. Doudou Masta, le rappeur de Banlieue 13, livre un méchant d'une contenance scénique ahurissante, avec le charisme d'un figurant qui aurait volé le rôle principal. Sarah Perles s'en sort à peu près, à défaut d'avoir quoi que ce soit d'intéressant à défendre. Et Targuisti, avec sa voix de Brando amazigh, est involontairement le personnage le plus drôle du film.
Pour couronner le tout, le générique de fin nous gratifie d'une erreur proprement stupéfiante : le carton présente « Hakim Imlil "Lartiste" » comme joué par « Atoman », au lieu de « Hakim Imlil "Atoman" » comme joué par « Lartiste ». Les noms du personnage et de l'acteur ont été tout bonnement inversés. On imagine la session de montage finale. Et comme si ça ne suffisait pas, une scène post-générique annonce triomphalement une suite… qui, compte tenu de l'accueil cataclysmique du film, a à peu près autant de chances de voir le jour qu'une franchise Seagal en 2026. Alors oui, Atoman est un nanar absolu, un ratage quasi intégral, un film où tout est nul ; du titre incohérent au costume trop grand, du scénario troué comme un gruyère aux dialogues en carton, du cabotinage de Naceri aux vannes mortes de Zeguendi. Mais voilà : c'est aussi un spectacle hilarant. Le genre de film qu'on regarde avec des potes et une bière, en hurlant de rire à chaque réplique involontairement comique. Et derrière l'amateurisme, il reste cette image magnifique, ces décors marocains à couper le souffle, ces effets spéciaux pas si vilains pour le budget, et surtout cette ambition naïve et sincère de créer un super-héros nord-africain ancré dans la culture amazighe. C'est raté, c'est maladroit, c'est souvent consternant, mais c'est fait avec un amour du Maroc qui transparaît dans chaque plan. Les amateurs de nanars tiennent là un des plus beaux spécimens de la décennie, quelque part entre Dragon ball evolution et The room de Tommy Wiseau. Le genre de film qui ne verra jamais sa suite, mais dont on parlera encore longtemps, et pas pour les raisons prévues.
L'intrigue suit Hakim Imlil, un hacker éthique de réputation internationale qui pirate les serveurs d'un laboratoire pharmaceutique pour rendre un traitement accessible au plus grand nombre. Pourchassé par Interpol et les services secrets marocains, il survit de justesse à une tentative d'assassinat et découvre alors qu'il est l'un des derniers descendants des Atlantes ! Oui, oui, l'Atlantide, qui dans cet univers se trouvait tranquillement nichée dans les montagnes de l'Atlas. Un astrolabe mystique capable de détruire le monde a été volé, et seul Hakim, doté du pouvoir ancestral du vent, peut empêcher le cataclysme. Face à lui, un méchant mafieux nommé Chinoui qui dirige ses opérations depuis un restaurant japonais, et un antagoniste incarné par Naceri lui-même, en super-vilain de luxe. Le tout saupoudré de cybercriminalité, de tatouages amazighs porteurs de symboles, de sagesse ancestrale et de duel d'énergie façon Dragon ball. Si on résume : c'est un Superman berbère qui doit sauver le monde grâce au vent, avec l'Atlantide dans le Haut Atlas et une scène de slow-motion ouvertement pompée sur Matrix. Accrochez-vous.
Le scénario, co-écrit par Omar Mrani et Moatassim, est un festival de clichés tellement assumés qu'ils en deviennent presque touchants. On a le parcours initiatique du héros malgré lui, la révélation de l'élu, le mentor mystérieux, la belle journaliste qui tombe amoureuse, le sidekick comique, le méchant qui veut dominer le monde. Tout y est, absolument tout, comme un bingo du film de super-héros générique dont on aurait coché toutes les cases. On apprend d'ailleurs que le scénario original aurait été largement amputé par le réalisateur lors du montage, sans que personne ne songe à combler les béances narratives laissées dans le sillage. Résultat : les scènes s'enchaînent avec une logique parfois onirique, les personnages apparaissent et disparaissent sans crier gare, et les enjeux se succèdent dans un joyeux chaos. Vers la vingtième minute, une scène est tellement incompréhensible que le personnage lui-même dit « j'ai pas compris »… et on ne saurait mieux résumer l'expérience du spectateur. Mais attention : au milieu de ce maelström, on distingue les contours d'une vraie idée. Le mélange hacking-mythologie-écologie, l'ancrage amazigh, la transmission culturelle ; tout cela a un potentiel certain. C'est juste que l'exécution est si spectaculairement à côté de la plaque que le potentiel se transforme en comédie involontaire.
Un mot sur le titre lui-même, qui est un bijou d'incohérence. À un moment du film, un journaliste demande à Atoman pourquoi il porte ce nom. Le héros explique qu'en amazigh, « vent » — son pouvoir — se dit « aḍu », d'où le nom « Aḍuman ». Sauf que le film s'appelle Atoman. Pas Aḍuman. Atoman. Ce qui ne veut strictement rien dire par rapport à l'explication qu'on vient de nous servir. On reste bouche bée devant cette pirouette étymologique qui se tire une balle dans le pied avec une grâce confondante.
Côté personnages, Hakim est censé être un hacker surdoué et un héros charismatique, mais il traverse les épreuves avec la perplexité d'un type à qui on aurait remis le mauvais script. Sanaa, incarnée par Perles, est la journaliste-love interest dont le rôle se résume essentiellement à regarder Hakim avec admiration. Tahar, le sidekick comique joué par Zeguendi, débite des vannes avec l'entrain d'un animateur de soirée karaoké un mardi soir… aucune ne fait mouche, mais il y croit tellement que c'est presqu'émouvant. Chinoui, le bad guy de Doudou Masta, est un mafieux de pacotille qui règne sur son restaurant japonais avec le sérieux d'un sketch des Inconnus. Quant à Maître Youssef, le mentor mystique interprété par Mohamed Targuisti, il adopte une voix caverneuse tellement calquée sur Brando dans Le parrain que chacune de ses apparitions provoque un sourire irrépressible. Et puis il y a David Lockam, le vilain de Naceri, sorte d'Iron man du pauvre en armure de super-vilain, qui se la joue menace planétaire alors qu'il a l'air de débarquer d'un épisode de Power rangers.
Sous les strates de nanar, Atoman essaie pourtant de dire quelque chose. Le film veut célébrer l'identité amazighe et la richesse du patrimoine immatériel marocain : les tatouages berbères, la transmission du savoir ancestral, l'harmonie entre tradition et modernité, la protection de l'environnement. Le tournage lui-même est un hommage appuyé au Maroc, filmé de Tanger à Lagouira comme le clame fièrement la production : les grottes de Friouato près de Taza, la kasbah de Tizourgane dans l'Anti-Atlas, les greniers fortifiés d'Inoummar datant du XIe siècle, les khettarat de Merzouga, le complexe solaire Noor de Ouarzazate, le ksar d'Aït Ben Haddou. On sent la fierté culturelle à chaque plan large, la volonté de montrer un Maroc grandiose et méconnu. Le film effleure aussi la justice sociale à travers le hacking éthique de Hakim, la lutte contre les labos pharmaceutiques, la cybercriminalité. Des thèmes nobles, sincères, simplement desservis par une écriture qui les réduit à des punchlines creuses et des tirades grandiloquentes. C'est le paradoxe d'Atoman : il y a un vrai amour derrière le désastre.
Techniquement, le film offre un contraste saisissant entre l'excellent et le catastrophique. La photographie, signée Lucas Coassin, est indéniablement belle : les paysages marocains sont sublimés, les lumières du désert et des montagnes de l'Atlas sont captées avec un vrai sens du cadre. L'image est soignée, parfois somptueuse : on se surprend à vouloir visiter chaque lieu de tournage. Le mixage sonore, réalisé dans les studios de Luc Besson, est correct. Et les effets spéciaux, confiés au studio belge What the frame, ne sont pas aussi désastreux qu'on pourrait le craindre pour un budget de 1,4 million d'euros : certains plans fonctionnent, d'autres évoquent un After Effects un peu pressé, mais dans l'ensemble c'est honnête pour les moyens engagés. En revanche, la bande-son est un sujet sensible. Composée par DJ Van avec des contributions de Soprano, Mennel et Benny Adam, la musique d'ambiance fait son travail sans laisser de souvenir, mais les morceaux rap plaqués sur certaines scènes tombent à plat : le morceau de Soprano en intro et en outro donne l'impression d'entrer dans un téléfilm comique plutôt que dans une épopée super-héroïque. Les bruitages, eux, sont un cas d'école : chaque coup de poing sonne comme un film de kung-fu des années 80, avec ces « whoosh » et ces « paf » qui semblent sortis d'une banque de sons gratuite. La mise en scène abuse des travellings circulaires, enchaîne les faux raccords, et offre un slow-motion si laborieux qu'une critique AlloCiné l'a décrit comme « du Matrix sous Tranxène ». Quant au costume d'Atoman, il flotte lamentablement sur Lartiste, pas ajusté d'un centimètre, évoquant un cosplay discount de Black Adam.
Venons-en au jeu des acteurs, qui constitue à la fois le fond du gouffre et le sommet du divertissement. Lartiste, rappeur connu pour ses tubes Chocolat et Mafiosa, se retrouve propulsé premier rôle dans un film de super-héros sans aucune expérience d'acteur : le résultat est exactement ce qu'on imagine. Il ne trouve jamais le ton, oscille entre la rigidité totale et des éclats surjoués, et débite ses répliques avec la conviction d'un type qui lit un prompteur pour la première fois. Mais il faut lui reconnaître une chose : il y met du cœur, et sa maladresse a quelque chose d'attachant, comme un chiot qui trébuche sur ses propres pattes. Samy Naceri, lui, c'est une autre histoire. L'ancien Daniel de la saga Taxi cabotine à un niveau olympique. Chaque scène est un festival de regards appuyés, de répliques mâchées et de poses théâtrales. Il lâche même un « konnichiwa » qui rappelle directement ses heures de gloire dans Taxi 2… sauf qu'ici, tout premier degré s'est évaporé. Mourade Zeguendi, le Belge des Barons et Dikkenek, devrait en théorie assurer le quota comique, mais ses vannes tombent les unes après les autres dans un silence gênant : pas un sourire, pas même de pitié. Doudou Masta, le rappeur de Banlieue 13, livre un méchant d'une contenance scénique ahurissante, avec le charisme d'un figurant qui aurait volé le rôle principal. Sarah Perles s'en sort à peu près, à défaut d'avoir quoi que ce soit d'intéressant à défendre. Et Targuisti, avec sa voix de Brando amazigh, est involontairement le personnage le plus drôle du film.
Pour couronner le tout, le générique de fin nous gratifie d'une erreur proprement stupéfiante : le carton présente « Hakim Imlil "Lartiste" » comme joué par « Atoman », au lieu de « Hakim Imlil "Atoman" » comme joué par « Lartiste ». Les noms du personnage et de l'acteur ont été tout bonnement inversés. On imagine la session de montage finale. Et comme si ça ne suffisait pas, une scène post-générique annonce triomphalement une suite… qui, compte tenu de l'accueil cataclysmique du film, a à peu près autant de chances de voir le jour qu'une franchise Seagal en 2026. Alors oui, Atoman est un nanar absolu, un ratage quasi intégral, un film où tout est nul ; du titre incohérent au costume trop grand, du scénario troué comme un gruyère aux dialogues en carton, du cabotinage de Naceri aux vannes mortes de Zeguendi. Mais voilà : c'est aussi un spectacle hilarant. Le genre de film qu'on regarde avec des potes et une bière, en hurlant de rire à chaque réplique involontairement comique. Et derrière l'amateurisme, il reste cette image magnifique, ces décors marocains à couper le souffle, ces effets spéciaux pas si vilains pour le budget, et surtout cette ambition naïve et sincère de créer un super-héros nord-africain ancré dans la culture amazighe. C'est raté, c'est maladroit, c'est souvent consternant, mais c'est fait avec un amour du Maroc qui transparaît dans chaque plan. Les amateurs de nanars tiennent là un des plus beaux spécimens de la décennie, quelque part entre Dragon ball evolution et The room de Tommy Wiseau. Le genre de film qui ne verra jamais sa suite, mais dont on parlera encore longtemps, et pas pour les raisons prévues.
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