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· Julien   Lepage

Baby phone
Olivier Casas
2016

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Illustration de critique : Baby phone
Avec Baby phone, sorti en 2017, Olivier Casas passe du court au long métrage en reprenant une idée initialement développée dans un format beaucoup plus concis. Le principe ? Un dîner entre amis dans un cadre bourgeois-bohème, un babyphone allumé par inadvertance, et une vérité lâchée dans l'intimité de la chambre d'un nourrisson qui va déclencher un enchaînement de révélations et de règlements de comptes. On pense évidemment au Prénom ou au Jeu, et le film semble d'ailleurs s'en revendiquer, mais le résultat est d'un tout autre calibre.

Tout commence par une idée de base qui, sur le papier, a de quoi séduire. Un dîner chez un couple qui vient d'avoir un enfant, quelques amis proches conviés, des non-dits, des rancœurs bien enfouies, et ce babyphone qui capte la confession de deux invités inconscients de leur audience. L'idée est bonne. Elle rappelle les débuts prometteurs d'une pièce de boulevard cynique, avec ses tensions montantes, ses alliances qui se fissurent, ses secrets dévoilés en cascade. Mais très vite, on sent que la mécanique se grippe.

Le scénario multiplie les tensions artificielles. Les scènes s'étirent comme si on espérait qu'un simple malaise suffirait à générer du comique ou de la profondeur. Mais au lieu de malaises féconds, on assiste à une suite de disputes surjouées, de trahisons prévisibles, et de dialogues souvent écrits avec des moufles. Ce qui aurait pu être un engrenage subtil devient une série de mini-explosions forcées. L'écriture semble incapable de maintenir un équilibre entre cynisme, drôlerie et émotion. Là où Le jeu (pourtant loin d'être exempt de défauts) réussissait à jongler avec ces éléments en conservant une cohérence tonale et un propos sur le mensonge, Baby phone ne parvient jamais à trouver sa voix.

Les personnages, eux, semblent sortis d'un catalogue de clichés. Il y a l'artiste un peu loser, la femme en crise, le pote arriviste, la copine hystérique, les parents gênants, et le patriarche qui somnole avant de délivrer une leçon de vie. Aucun ne dépasse sa fonction scénaristique. On voit dès les premières scènes qui va trahir qui, qui va pleurer, qui va pardonner, et qui va claquer la porte. L'archétype l'emporte sur le caractère, et toute tentative de nuance est balayée par des dialogues surécrits ou des conflits trop mécaniquement orchestrés pour sonner juste.

Quant aux thématiques abordées — l'amitié, le mensonge, la jalousie, l'infidélité, les frustrations conjugales ou professionnelles — elles sont là, mais traitées à la truelle. Le film veut visiblement explorer le délitement des liens sous le vernis des apparences, mais ne sait pas comment faire autre chose qu'aligner des disputes et des répliques choc, souvent recyclées ou attendues. Le babyphone, censé être l'élément déclencheur d'une réflexion sur l'intimité, l'écoute et la transparence, n'est en réalité qu'un prétexte oublié sitôt la première bombe lâchée.

Sur le plan de la mise en scène, Casas semble vouloir éviter le piège du théâtre filmé, en variant les axes et les lumières, en segmentant les scènes. Mais rien n'y fait : l'unité de lieu, l'absence de rythme et la mollesse visuelle donnent à l'ensemble un aspect fauché, plat, presque téléfilm. Même le décor, un appartement anonyme, manque de caractère. C'est d'autant plus frustrant que Sylvain Rodriguez, le chef opérateur, aurait pu jouer davantage avec les contrastes ou les mouvements de caméra pour injecter de la tension.

Du côté des interprètes, le film partait avec un bel atout. Medi Sadoun et Anne Marivin forment un couple en crise plutôt crédible, et Lannick Gautry s'en sort avec les honneurs dans un rôle secondaire pas si simple. Michel Jonasz, lui, apporte une sobriété bienvenue, même si son personnage, sorte de vieux sage soporifique, reste cantonné à une fonction de caution morale. En revanche, Pascal Demolon est en roue libre totale : ses scènes, censées incarner une certaine démesure comique, deviennent rapidement embarrassantes. Quant à Barbara Schulz, elle hérite du personnage le plus pénible du lot : une chanteuse perchée, exaspérante, presque caricaturale dans chaque intervention.

Au final, Baby phone ressemble à une tentative échouée de transposer le théâtre de l'intime au cinéma. On comprend ce que le film voudrait être : une comédie douce-amère sur les faux-semblants, un huis clos acide sur la bourgeoisie amicale, une version pop d'Un air de famille avec un soupçon de Carnage. Mais il échoue sur presque tous les plans : trop théâtral sans l'assumer, trop bavard sans être fin, trop prévisible pour surprendre, trop plat pour émouvoir. Un petit film pas totalement honteux, mais sans éclat, sans nerf, sans réel intérêt. Si l'on veut assister à un dîner où la tension monte et où les masques tombent, mieux vaut revoir Le prénom ou Le jeu. Ceux-là, au moins, savent ménager le silence et les éclats.
Ma note29%
Vu le 12 Janvier 2018


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