Bandidas
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Personne ne s'attendait vraiment à voir un western léger détourner son regard vers deux braqueuses en corset, filmé par Joachim Rønning et Espen Sandberg, porté par Penélope Cruz et Salma Hayek. En 2006, le duo norvégien sortait tout juste de la pub et de quelques travaux stylés ; les voir débarquer au Mexique avec un scénario co-signé par Luc Besson avait quelque chose d'un pari marketing. Une curiosité, presque. En 2009, difficile de ne pas ressentir pour ce projet une vague tendresse mêlée d'un léger haussement d'épaules : une jolie idée, une vraie envie de s'amuser… mais un résultat qui a surtout le charme naïf d'un album-photo poussiéreux.
L'histoire ne s'encombre pas de détours : au Mexique de 1880, Sara Sandoval, héritière de banquier, et Maria Alvarez, paysanne au franc-parler, voient leurs familles happées par l'avidité d'un représentant de banque new-yorkais, Tyler Jackson. Les terres sont saisies, les gens menacés ; les deux femmes se rencontrent, se détestent, s'endurcissent, puis s'associent. Avec l'aide de Quentin Cooke, idéaliste venu du Nord, elles se muent en justicières masquées, braquant les coffres pour restituer l'argent volé au peuple. C'est un western qui connaît son catéchisme, jusque dans son méchant blond au rictus serpentin, incarné par Dwight Yoakam.
Le scénario accuse un parfum de déjà-vu. Tout s'enchaîne comme dans une bande dessinée qu'on a déjà lue cent fois et qu'on feuillette sans vraiment s'arrêter. L'intrigue, pourtant simple, s'éparpille au fil des petits numéros de virtuosité : entraînement chez un vieux maître, braquages successifs, rivalités amoureuses, etc. Sans vraiment creuser. On aurait aimé que le film assume son potentiel de parodie ou, au contraire, resserre les enjeux. Au lieu de ça, il se contente de recycler les codes du western post-Desperado, en y ajoutant un zeste d'émancipation féminine si prévisible qu'elle finit par perdre son mordant. On décèle ici ou là un clin d'œil aux serials et aux buddy movies, mais sans l'excès jubilatoire qui aurait pu transformer le matériau. Cela dit, quelques moments fonctionnent : les héroïnes en apprentissage façon « montage musclé » sont sincèrement amusants, et le récit, même anodin, se laisse suivre avec souplesse.
Curieusement, les personnages s'avèrent plus attachants que la trame qui les porte. Maria et Sara se complètent sans jamais se dissoudre l'une dans l'autre : l'une rugueuse, l'autre policée ; l'une improvisatrice, l'autre stratège. Leur amitié, née d'une opposition sociale évidente, aurait pu aller plus loin, mais elle donne au moins au duo une dynamique entraînante. Tyler Jackson, lui, reste un méchant de western de poche : brutal, froid, iconique sans être marquant. Quant à Quentin Cooke, son idéalisme new-yorkais joue le contrepoint, bien que son évolution semble surtout dessinée pour offrir un lien entre les deux héroïnes. Rien de honteux : juste des silhouettes propres, lisibles, jamais transcendantales.
Le film évoque la dépossession des paysans mexicains et la montée du chemin de fer, mais s'y attarde comme sur des panneaux décoratifs. L'émancipation féminine est partout : apprendre à tirer, à monter à cheval, à voler pour rendre justice ; un programme séduisant, mais traité sans la nervosité que le sujet méritait. On sent l'envie de parler de classe, de territoire, d'injustice… mais le message se dissout dans l'esthétique pop. On pense parfois au vent sauvage de Mort ou vif, mais sans l'ambition mythologique. On n'est jamais vraiment exaspéré ; seulement tiède. Comme si tout ce que le film avait à dire se trouvait déjà dans son affiche.
La réalisation témoigne d'un véritable savoir-faire visuel, sans pour autant créer une identité forte. Rønning et Sandberg ont tourné au Mexique (Durango, San Luis Potosí, et le parc national de la Sierra de Órganos) et ces paysages sont magnifiés par la photographie solide de Thierry Arbogast. La lumière est chaude sans être poussiéreuse, les couleurs nettes, les cadrages soignés. On sent l'expérience du tandem Besson/Arbogast/Serra : images léchées, musique d'Éric Serra qui fait le job, mais sans thème mémorable. Quelques effets sont amusants, mais les séquences d'action restent sages, comme retenues par un cahier des charges. Résultat : un emballage élégant, jamais vraiment grisant.
Du côté des acteurs, les choses deviennent plus savoureuses. Penélope Cruz, qui sortait alors de rôles plus dramatiques (on pense à Volver) prend visiblement plaisir à jouer les bandits improvisés, même si son naturel s'effrite lorsque le scénario lui demande trop de cabotinage. Salma Hayek, toujours à l'aise dans le registre piquant, apporte une énergie qui compense la mécanique répétitive du récit. Leur duo fonctionne, à défaut d'étinceler. Steve Zahn s'en sort agréablement en idéaliste empêtré, tandis que Sam Shepard apparaît trop brièvement pour réellement marquer. Dwight Yoakam adopte une présence sèche et prédatrice, amusante à défaut d'être inoubliable.
À l'arrivée, difficile de détester cette escapade sans prétention. L'ensemble manque de nerf, de folie, de cette étincelle qui transforme une fantaisie en souvenir. On sourit, on regarde les héroïnes galoper, on se laisse porter ; puis on passe à autre chose. Dans le genre « western léger avec accent pop », on pourra plutôt revoir Maverick ou, pour une approche plus radicale, Les Pétroleuses. Ici, le voyage reste aimable, agréable par moments, mais pas assez audacieux pour s'imposer. Un cheval qui trotte plus qu'il ne galope.
L'histoire ne s'encombre pas de détours : au Mexique de 1880, Sara Sandoval, héritière de banquier, et Maria Alvarez, paysanne au franc-parler, voient leurs familles happées par l'avidité d'un représentant de banque new-yorkais, Tyler Jackson. Les terres sont saisies, les gens menacés ; les deux femmes se rencontrent, se détestent, s'endurcissent, puis s'associent. Avec l'aide de Quentin Cooke, idéaliste venu du Nord, elles se muent en justicières masquées, braquant les coffres pour restituer l'argent volé au peuple. C'est un western qui connaît son catéchisme, jusque dans son méchant blond au rictus serpentin, incarné par Dwight Yoakam.
Le scénario accuse un parfum de déjà-vu. Tout s'enchaîne comme dans une bande dessinée qu'on a déjà lue cent fois et qu'on feuillette sans vraiment s'arrêter. L'intrigue, pourtant simple, s'éparpille au fil des petits numéros de virtuosité : entraînement chez un vieux maître, braquages successifs, rivalités amoureuses, etc. Sans vraiment creuser. On aurait aimé que le film assume son potentiel de parodie ou, au contraire, resserre les enjeux. Au lieu de ça, il se contente de recycler les codes du western post-Desperado, en y ajoutant un zeste d'émancipation féminine si prévisible qu'elle finit par perdre son mordant. On décèle ici ou là un clin d'œil aux serials et aux buddy movies, mais sans l'excès jubilatoire qui aurait pu transformer le matériau. Cela dit, quelques moments fonctionnent : les héroïnes en apprentissage façon « montage musclé » sont sincèrement amusants, et le récit, même anodin, se laisse suivre avec souplesse.
Curieusement, les personnages s'avèrent plus attachants que la trame qui les porte. Maria et Sara se complètent sans jamais se dissoudre l'une dans l'autre : l'une rugueuse, l'autre policée ; l'une improvisatrice, l'autre stratège. Leur amitié, née d'une opposition sociale évidente, aurait pu aller plus loin, mais elle donne au moins au duo une dynamique entraînante. Tyler Jackson, lui, reste un méchant de western de poche : brutal, froid, iconique sans être marquant. Quant à Quentin Cooke, son idéalisme new-yorkais joue le contrepoint, bien que son évolution semble surtout dessinée pour offrir un lien entre les deux héroïnes. Rien de honteux : juste des silhouettes propres, lisibles, jamais transcendantales.
Le film évoque la dépossession des paysans mexicains et la montée du chemin de fer, mais s'y attarde comme sur des panneaux décoratifs. L'émancipation féminine est partout : apprendre à tirer, à monter à cheval, à voler pour rendre justice ; un programme séduisant, mais traité sans la nervosité que le sujet méritait. On sent l'envie de parler de classe, de territoire, d'injustice… mais le message se dissout dans l'esthétique pop. On pense parfois au vent sauvage de Mort ou vif, mais sans l'ambition mythologique. On n'est jamais vraiment exaspéré ; seulement tiède. Comme si tout ce que le film avait à dire se trouvait déjà dans son affiche.
La réalisation témoigne d'un véritable savoir-faire visuel, sans pour autant créer une identité forte. Rønning et Sandberg ont tourné au Mexique (Durango, San Luis Potosí, et le parc national de la Sierra de Órganos) et ces paysages sont magnifiés par la photographie solide de Thierry Arbogast. La lumière est chaude sans être poussiéreuse, les couleurs nettes, les cadrages soignés. On sent l'expérience du tandem Besson/Arbogast/Serra : images léchées, musique d'Éric Serra qui fait le job, mais sans thème mémorable. Quelques effets sont amusants, mais les séquences d'action restent sages, comme retenues par un cahier des charges. Résultat : un emballage élégant, jamais vraiment grisant.
Du côté des acteurs, les choses deviennent plus savoureuses. Penélope Cruz, qui sortait alors de rôles plus dramatiques (on pense à Volver) prend visiblement plaisir à jouer les bandits improvisés, même si son naturel s'effrite lorsque le scénario lui demande trop de cabotinage. Salma Hayek, toujours à l'aise dans le registre piquant, apporte une énergie qui compense la mécanique répétitive du récit. Leur duo fonctionne, à défaut d'étinceler. Steve Zahn s'en sort agréablement en idéaliste empêtré, tandis que Sam Shepard apparaît trop brièvement pour réellement marquer. Dwight Yoakam adopte une présence sèche et prédatrice, amusante à défaut d'être inoubliable.
À l'arrivée, difficile de détester cette escapade sans prétention. L'ensemble manque de nerf, de folie, de cette étincelle qui transforme une fantaisie en souvenir. On sourit, on regarde les héroïnes galoper, on se laisse porter ; puis on passe à autre chose. Dans le genre « western léger avec accent pop », on pourra plutôt revoir Maverick ou, pour une approche plus radicale, Les Pétroleuses. Ici, le voyage reste aimable, agréable par moments, mais pas assez audacieux pour s'imposer. Un cheval qui trotte plus qu'il ne galope.
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