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· Julien   Lepage

Le baron
Wolfgang Kramer et Michael Kiesling
2025

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Illustration de critique : Le baron
Quand Wolfgang Kramer et Michael Kiesling se penchent sur leur bébé de 1994, le légendaire 6 qui prend !, on peut s'attendre à tout. Ces deux-là, c'est un peu les frères Coen du jeu de société : ils savent faire du brillant comme du bancal, et on ne sait jamais sur quel pied danser. Avec Le Baron, sorti en 2025 chez Gigamic, ils nous proposent une révision de leur classique, comme George Lucas avec ses Star wars remasterisés, mais en moins polémique.

Le principe de base reste fidèle à l'original : on distribue équitablement les 110 cartes entre les joueurs, chacun en pioche quatre et en choisit une face cachée. Révélation simultanée, puis placement par ordre croissant des valeurs. Mais ici, la révolution vient des couleurs. Fini le placement obligé selon les valeurs numériques ascendantes, place à la correspondance chromatique. Vous pouvez poser votre carte dans n'importe quelle rangée, à condition que la dernière carte visible affiche au moins une tête de bœuf de la même couleur que la vôtre. Et comme dans le bon vieux temps, si vous posez la sixième carte d'une rangée ou provoquez l'accumulation de six têtes de bœuf de même couleur, vous ramassez tout le tas. Autant dire que ces points négatifs, personne n'en veut.

Cette mécanique colorée transforme complètement l'expérience. Là où 6 qui prend ! vous contraignait dans un carcan mathématique rigide, Le baron vous offre des choix. Des vrais choix tactiques, pas juste subir la tyrannie des chiffres. C'est un peu comme passer d'un Dogme 95 de Lars von Trier à un film grand public bien maîtrisé : moins de contraintes formelles, plus de liberté créative.

Et pourtant, cette liberté a son revers. Les premières manches ronronnent gentiment, chacun pose ses cartes sans grand risque, et on attend que les rangées se remplissent pour que les hostilités commencent vraiment. C'est frustrant, surtout quand on connaît le potentiel explosif du jeu.

Cette lenteur initiale révèle aussi une autre réalité : Le baron accorde une place encore plus généreuse au hasard que son illustre prédécesseur. Vous avez beau élaborer vos stratégies de placement, la pioche de vos adversaires peut réduire vos plans à néant. C'est le côté pile ou face du jeu, qui peut faire grimacer les stratèges purs et durs mais enchanter les familles en quête de moments partagés et de fous rires spontanés.

Car c'est bien là que Le baron trouve sa raison d'être : autour d'une table familiale. L'aspect visuel des couleurs le rend immédiatement plus accessible que l'original, et sa tolérance jusqu'à dix joueurs en fait un excellent choix pour les grandes tablées. Il y a quelque chose de réconfortant dans cette simplicité retrouvée, comme retrouver le plaisir d'un bon film de Spielberg des années 80 : efficace, sans prétention, et qui fédère sans effort.

Le matériel, dans la lignée des productions Gigamic, fait le travail sans éclat particulier. Les cartes sont fonctionnelles, les illustrations de Franz Vohwinkel colorées et lisibles, et le format boîte à tiroirs pratique pour le transport. Rien de transcendant, mais rien à redire non plus.

Au final, Le baron se positionne dans cette zone confortable du « très correct sans être exceptionnel ». Il améliore sensiblement une formule qui en avait besoin, corrige certains défauts de jeunesse de son aîné, mais n'atteint jamais les sommets qu'on aurait pu espérer. C'est un jeu de transition réussi, qui plaira aux familles et satisfera les nostalgiques, sans révolutionner le genre. Une suite honorable qui ne démérite pas, même si elle ne marquera probablement pas l'histoire ludique de la même empreinte que son glorieux ancêtre.
Ma note63%
Joué le 9 Août 2025


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