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· Julien   Lepage

BBQ
Valéry Fourcade et Jean-Philippe Mars
2017

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Illustration de critique : BBQ
Autour de 2017, à une époque où les jeux d'ambiance envahissaient les étagères comme les comédies françaises les dimanches soirs de la TNT, BBQ débarquait avec une promesse simple : faire croire que l'on sait, plutôt que prouver que l'on sait.

Imaginé par Valéry Fourcade et Jean-Philippe Mars, le jeu s'inscrivait clairement dans cette vague post-apéro-jeux, où l'on privilégiait la parole, l'esbroufe et la mauvaise foi à la réflexion pure. Une époque pas si lointaine où l'on cherchait surtout à remplir dix minutes de blanc entre deux pizzas, un verre à la main, en espérant que personne ne sorte son téléphone. BBQ s'est ainsi glissé dans les ludothèques comme un film de milieu de programme : pas forcément attendu, rarement rejeté, souvent regardé par curiosité.

Le principe est d'une élégante simplicité. Une question tombe, du genre : « Combien pouvez-vous citer de… ». Des capitales, des films avec un animal dans le titre, des pays commençant par une lettre donnée. Chacun annonce un chiffre, surenchérit, bluffe ou se défile. Puis vient le moment du choix : répondre soi-même, ou désigner quelqu'un d'autre pour le faire à sa place. Les jetons, censés être le cœur du jeu, permettent de sécuriser sa position ou de forcer la main. Sur le papier, c'est malin : un quiz où l'on peut gagner sans jamais répondre, presqu'une parabole sociale. Dans la pratique, tout repose sur l'envie des joueurs de prendre des risques, et surtout sur leur niveau réel de culture générale. Sans ça, la mécanique se met à tourner à vide, comme un moteur qui ronronne mais n'embraye jamais.

Et c'est là que BBQ commence à montrer ses limites. Le jeu est sympa, indéniablement. Il fonctionne, il fait parler, il provoque parfois un rire nerveux quand quelqu'un annonce un chiffre absurde en espérant que personne n'ira vérifier. Mais il suffit que la table soit un peu frileuse, ou que les joueurs ne soient pas très calés, pour que tout s'affaisse. Personne n'ose prendre de jeton, tout le monde annonce des scores timides, et la partie s'enlise dans une suite de demi-renoncements polis. À ce moment-là, BBQ ressemble moins à une joute verbale qu'à une réunion où chacun attend que quelqu'un d'autre commence. Sans audace, il ne reste qu'un quiz un peu mou, vaguement participatif, jamais franchement piquant.

Il y a pourtant de bonnes idées, et même quelques éclairs. Certaines questions sont étonnamment pointues, presque trop pour un jeu qui se veut grand public, ce qui crée parfois un décalage amusant. D'autres tournent rapidement en boucle, surtout si l'on enchaîne les parties avec le même groupe. On sent que le jeu gagne à être sorti de temps en temps, comme un vieux DVD qu'on remet sans trop y croire, mais qui passe correctement si le contexte est bon. Autour d'une table bavarde, avec des joueurs qui aiment s'exposer et se tromper, BBQ peut encore produire quelques étincelles. Dans le cas contraire, il devient un divertissement fade, qui donne l'impression d'avoir déjà tout dit avant même d'avoir commencé.

Au final, BBQ reste un jeu agréable, mais bancal. Une bonne idée de départ, pas toujours poussée jusqu'au bout, et trop dépendante de la dynamique humaine pour tenir seule. Ce n'est ni un ratage, ni une réussite franche : plutôt ce genre d'objet ludique qu'on garde « au cas où », sans jamais le défendre bec et ongles. Un jeu qui peut faire illusion pendant une soirée, mais qui, comme certains films qu'on regarde distraitement en repassant, laisse surtout le souvenir d'un moment correct… sans véritable envie d'y revenir dès le lendemain.
Ma note46%
Joué le 8 Décembre 2025


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