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· Julien   Lepage

Une belle histoire du temps
Stephen Hawking
2005

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Illustration de critique : Une belle histoire du temps
Ça fait quand même quelque chose de tenir dans les mains la nouvelle version d'un livre qui a vendu, selon les propres calculs de son auteur, un exemplaire pour chaque tranche de 750 habitants sur Terre. Stephen Hawking n'est pas un scientifique comme les autres : il est devenu une icône pop, le genre de type dont le portrait orne les t-shirts des étudiants en physique et dont le nom apparaît dans Lost ou Donnie Darko comme raccourci universel pour signifier « génie absolu ». Après Une brève histoire du temps en 1988, qui avait sidéré la planète en prouvant que la cosmologie pouvait se vendre comme un roman de gare, après L'univers dans une coquille de noix en 2001, le voilà qui revient en 2005 avec cette Une belle histoire du temps, co-signée avec le physicien américain Leonard Mlodinow : un collaborateur au CV pour le moins éclectique, puisqu'il a aussi scénarisé des épisodes de Star trek : la nouvelle génération entre deux articles pour le Wall street journal. L'alliance entre un génie de Cambridge et un touche-à-tout hollywoodien, ça promettait.

Ce livre, présenté comme une refonte plus accessible et actualisée du premier, se propose de nous raconter l'histoire de l'Univers — rien que ça — depuis les intuitions d'Aristote jusqu'à la théorie des cordes, en passant par Newton, Einstein, les trous noirs, l'expansion accélérée du cosmos et la possibilité théorique des voyages dans le temps. Hawking défile les noms comme autant de passeurs de flambeau — Galilée, Kepler, Maxwell, Planck, Feynman — en prenant soin de ne jamais s'ériger lui-même en centre de gravité du récit. C'est d'une honnêteté intellectuelle appréciable. Le fil directeur, c'est la quête d'une théorie du tout, cette grande ambition unificatrice qui permettrait de réconcilier la mécanique quantique et la relativité générale : le Saint-Graal de la physique moderne, dont la théorie des cordes constitue aujourd'hui le candidat le plus sérieux, même si « sérieux » est un mot qu'on emploie prudemment dans ce contexte.

Le problème avec Une belle histoire du temps, c'est qu'il porte en lui-même la cause de ses limites. Hawking l'explique dès l'avant-propos : des lecteurs du monde entier lui avaient confié avoir buttéé sur des passages entiers du livre de 1988, n'ayant jamais vraiment percé certains concepts fondamentaux malgré leur bonne volonté. Ce livre est sa réponse. En d'autres termes, c'est un aveu : le chef-d'œuvre original était trop difficile pour une partie de son lectorat, alors on en a fait une version light. Ce n'est pas une mauvaise intention — c'est même louable — mais ça positionne d'emblée l'ouvrage dans une case un peu inconfortable, quelque part entre la « director's cut pédagogique » et le produit dérivé de luxe. Et si vous avez déjà lu Une brève histoire du temps, vous aurez très vite cette sensation légèrement désagréable de déjà-vu.

Ce qui fonctionne vraiment bien, c'est la clarté. Le texte coule, la progression pédagogique est irréprochable, Hawking et Mlodinow ont le talent rare de prendre un concept vertigineux — l'espace-temps courbe, l'intégrale des chemins de Feynman, la dualité onde-corpuscule — et de l'amener au lecteur sans jamais le noyer ni le condescendre. Il y a aussi un humour discret, presque british, qui transparaît par endroits et rend la lecture agréable. Les illustrations en couleur sont bienvenues, même si certaines confinent au gag involontaire : on y voit notamment Hawking simuler la lévitation pour expliquer les trois dimensions de l'espace, et poser à côté d'une femme en bikini pour illustrer l'attraction des corps. On comprend l'intention de rendre le contenu vivant, on accepte avec le sourire, mais ça dit aussi quelque chose sur la philosophie éditoriale de l'ensemble : rendre séduisant avant de rendre rigoureux.

Pour quelqu'un qui n'aurait jamais touché à Hawking, c'est une porte d'entrée tout à fait correcte, peut-être même la meilleure disponible. Mais pour quiconque a déjà lu l'original, ou qui chercherait une expérience de lecture plus riche, Hubert Reeves et ses Poussières d'étoiles ou Patience dans l'azur offrent une profondeur et une chaleur narrative que ce livre n'atteint pas tout à fait. Hawking reste un excellent vulgarisateur, mais ce livre-ci ressemble moins à un nouveau regard sur l'Univers qu'à la réédition augmentée d'une carte postale déjà connue. Belle, utile, mais qu'on range dans le tiroir plutôt que sur le dessus de la pile.
Ma note68%
Lu le 11 Juin 2009


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