Black mirror (saison 7)
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Sept saisons, et pourtant Black mirror continue de surprendre. Charlie Brooker, fidèle à lui-même, revient avec une nouvelle salve d'épisodes autonomes qui malaxent notre époque avec la lucidité d'un moraliste désabusé et la cruauté d'un enfant qui démonte ses jouets. Et justement, cette saison 7, bien que légèrement inégale, rappelle à quel point la série peut encore jouer avec nos nerfs, nos affects et notre capacité à tolérer la noirceur — souvent avec panache, parfois avec distance, mais jamais sans intention.
Dans Des gens ordinaires, on entre dans le vif du sujet avec un épisode glaçant de cynisme, où Chris O'Dowd et Rashida Jones forment un couple en perdition dans une société où le deuil devient un abonnement à renouveler. L'idée, diablement perverse, est traitée avec une froide efficacité, où chaque détail technologique semble crédible — jusqu'à cette dernière bascule, où l'amour devient une marchandise de plus, à consommer selon son forfait. La satire fonctionne à plein régime, et le désespoir suinte sous les dialogues ironiques. C'est tout ce qu'on aime chez Brooker, en plus d'une mise en scène efficace et sans esbroufe.
L'épisode suivant, Bête noire, prend des détours plus tordus. On flirte ici avec le fantastique, presqu'une vengeance surnaturelle à la Carrie, avant que la SF ne reprenne ses droits avec une pirouette explicative un brin tirée par les cheveux. Peu importe : le plaisir est ailleurs, dans la montée en tension, le jeu de manipulation, et cette façon délicieuse qu'a le récit de faire vaciller notre perception du réel. La dernière scène, hilarante et brutale, finit de transformer cet épisode en petite perle sadique.
Avec Hôtel rêverie, la série revient au registre plus mélancolique à la San Junipero. Une actrice plonge dans une romance simulée, et si le concept est séduisant, il peine à générer la même émotion. Visuellement, c'est réussi, les idées sont là, et le ton est assumé, mais la romance reste tiède, comme si l'intensité manquait à l'appel. Il y a de beaux moments, de jolies fulgurances, mais l'alchimie entre les personnages n'atteint jamais l'évidence sensorielle qu'on attendait. Dommage, car la promesse était grande.
Heureusement, l'épisode De simples jouets vient relancer la machine avec une proposition délirante, jouissive, où l'on sent l'ombre bienveillante de Philip K. Dick rôder dans chaque recoin du script. L'humour noir y côtoie la folie douce, dans une mise en scène nerveuse et des dialogues ciselés. Le rythme est impeccable, les enjeux deviennent vite vertigineux, et la conclusion, brutale et absurde, laisse un petit goût acide qu'on savoure longtemps. C'est probablement l'un des meilleurs de la saison, avec un vrai sens du jeu, et une ambition narrative qui ne sacrifie jamais le fond à la forme.
Puis vient Eulogie, le plus poignant de tous. À partir d'un simple dispositif — entrer dans une photo pour en explorer les souvenirs — l'épisode déploie un récit bouleversant sur l'amour, la mémoire et le regret. Il rappelle par moments l'épisode de Bref. où l'on dissèque une photo en révélant les drames invisibles. Ici aussi, les non-dits parlent plus fort que les mots. La narration avance par couches successives, révélant un passé plus douloureux et complexe qu'il n'y paraissait. Paul Giamatti, bouleversant, incarne un homme rongé par ses décisions passées, et le dernier acte, porté par une bande-son délicate et une mise en scène pudique, est tout simplement bouleversant.
Enfin, USS Callister : au cœur d'Infinity clôture cette saison comme un grand final de série. C'est la première fois qu'un épisode de Black mirror connaît une suite directe, et la promesse est largement tenue. Moins original que l'épisode d'origine, certes, mais plus dense, plus vaste, et surtout très bien rythmé. L'ambiance space opera, les enjeux éthiques autour de la conscience numérique, et les clins d'œil malins à l'épisode passé font de cet épisode un véritable film ambitieux, généreux, et sans temps mort. Il boucle la boucle avec une vraie ampleur narrative, en élargissant l'univers tout en offrant une conclusion satisfaisante à ses personnages.
Si cette saison 7 n'a pas la brutalité conceptuelle de ses débuts, elle n'en demeure pas moins une belle réussite. En alternant le cynisme grinçant, l'émotion sincère, la satire sociale et l'absurde technologique, Charlie Brooker prouve qu'il a encore des choses à dire — et surtout une belle manière de les dire. À ceux qui pensaient que la série avait perdu son mordant, cette saison répond avec une lucidité cruelle mais juste. Vivement la huitième.
Dans Des gens ordinaires, on entre dans le vif du sujet avec un épisode glaçant de cynisme, où Chris O'Dowd et Rashida Jones forment un couple en perdition dans une société où le deuil devient un abonnement à renouveler. L'idée, diablement perverse, est traitée avec une froide efficacité, où chaque détail technologique semble crédible — jusqu'à cette dernière bascule, où l'amour devient une marchandise de plus, à consommer selon son forfait. La satire fonctionne à plein régime, et le désespoir suinte sous les dialogues ironiques. C'est tout ce qu'on aime chez Brooker, en plus d'une mise en scène efficace et sans esbroufe.
L'épisode suivant, Bête noire, prend des détours plus tordus. On flirte ici avec le fantastique, presqu'une vengeance surnaturelle à la Carrie, avant que la SF ne reprenne ses droits avec une pirouette explicative un brin tirée par les cheveux. Peu importe : le plaisir est ailleurs, dans la montée en tension, le jeu de manipulation, et cette façon délicieuse qu'a le récit de faire vaciller notre perception du réel. La dernière scène, hilarante et brutale, finit de transformer cet épisode en petite perle sadique.
Avec Hôtel rêverie, la série revient au registre plus mélancolique à la San Junipero. Une actrice plonge dans une romance simulée, et si le concept est séduisant, il peine à générer la même émotion. Visuellement, c'est réussi, les idées sont là, et le ton est assumé, mais la romance reste tiède, comme si l'intensité manquait à l'appel. Il y a de beaux moments, de jolies fulgurances, mais l'alchimie entre les personnages n'atteint jamais l'évidence sensorielle qu'on attendait. Dommage, car la promesse était grande.
Heureusement, l'épisode De simples jouets vient relancer la machine avec une proposition délirante, jouissive, où l'on sent l'ombre bienveillante de Philip K. Dick rôder dans chaque recoin du script. L'humour noir y côtoie la folie douce, dans une mise en scène nerveuse et des dialogues ciselés. Le rythme est impeccable, les enjeux deviennent vite vertigineux, et la conclusion, brutale et absurde, laisse un petit goût acide qu'on savoure longtemps. C'est probablement l'un des meilleurs de la saison, avec un vrai sens du jeu, et une ambition narrative qui ne sacrifie jamais le fond à la forme.
Puis vient Eulogie, le plus poignant de tous. À partir d'un simple dispositif — entrer dans une photo pour en explorer les souvenirs — l'épisode déploie un récit bouleversant sur l'amour, la mémoire et le regret. Il rappelle par moments l'épisode de Bref. où l'on dissèque une photo en révélant les drames invisibles. Ici aussi, les non-dits parlent plus fort que les mots. La narration avance par couches successives, révélant un passé plus douloureux et complexe qu'il n'y paraissait. Paul Giamatti, bouleversant, incarne un homme rongé par ses décisions passées, et le dernier acte, porté par une bande-son délicate et une mise en scène pudique, est tout simplement bouleversant.
Enfin, USS Callister : au cœur d'Infinity clôture cette saison comme un grand final de série. C'est la première fois qu'un épisode de Black mirror connaît une suite directe, et la promesse est largement tenue. Moins original que l'épisode d'origine, certes, mais plus dense, plus vaste, et surtout très bien rythmé. L'ambiance space opera, les enjeux éthiques autour de la conscience numérique, et les clins d'œil malins à l'épisode passé font de cet épisode un véritable film ambitieux, généreux, et sans temps mort. Il boucle la boucle avec une vraie ampleur narrative, en élargissant l'univers tout en offrant une conclusion satisfaisante à ses personnages.
Si cette saison 7 n'a pas la brutalité conceptuelle de ses débuts, elle n'en demeure pas moins une belle réussite. En alternant le cynisme grinçant, l'émotion sincère, la satire sociale et l'absurde technologique, Charlie Brooker prouve qu'il a encore des choses à dire — et surtout une belle manière de les dire. À ceux qui pensaient que la série avait perdu son mordant, cette saison répond avec une lucidité cruelle mais juste. Vivement la huitième.
Ma note78%
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