Gagner ou mourir
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Le lycée américain des années 80, c'est un territoire aussi balisé que les pistes de ski du film : on sait d'avance où les panneaux vont pointer. Gagner ou mourir arrive en 1985 dans la foulée d'une vague de teen comedies qui avait déjà tout dit, ou presque. Savage Steve Holland, jusqu'alors inconnu au bataillon, signe ici son premier long-métrage avec un budget modeste et une ambition de carnaval. Le résultat embarque John Cusack — alors en pleine ascension post-Seize Bougies pour Sam — dans la peau du pauvre Lane Meyer, adolescent éconduit, skieur médiocre et souffre-douleur cosmique. À ses côtés, Curtis Armstrong en roue libre totale, Diane Franklin en Française de carte postale, et David Ogden Stiers dans le rôle d'un père aussi absent mentalement que présent physiquement. L'histoire est simple jusqu'à l'os : Lane vient de se faire larguer par Beth, qui lui préfère le bellâtre Roy Stalin — et oui, le méchant s'appelle Stalin, le film n'est pas du genre subtil. Pour la reconquérir, notre héros devra s'imposer sur la piste de ski locale face audit Stalin, tout en gérant un voisin envahissant, une mère absorbée par ses émissions télé, un petit frère surdoué et un livreur de journaux qui réclame ses deux dollars avec une ténacité de huissier. Entretemps débarque Monique, voisine française mutique coincée chez une famille de beaufs, qui va évidemment se révéler être l'âme sœur de Lane. Le tout s'achève sur une descente de ski censée tout résoudre. Le scénario de Holland ressemble à un carnet de sketches griffonné pendant un cours de maths : des idées jetées pêle-mêle, certaines franchement rigolotes, d'autres qui tombent à plat avec un bruit sourd. Le film hésite en permanence entre la comédie loufoque à la Un Poisson nommé Wanda — il y a des séquences animées, un hamburger qui chante, une course de dragsters dans la rue — et la teen romance de lycée sans surprise. Ces deux registres ne se parlent jamais vraiment. Quand le surréalisme pointe son nez, il reste anecdotique, trop timide pour revendiquer un vrai parti pris à la John Hughes alternatif. Quand le film essaie d'être émouvant, il manque de fond. La sous-intrigue du livreur de journaux est l'exemple parfait : comique au début, elle revient si souvent qu'elle finit par générer une gêne inexplicable plutôt qu'un rire. Les personnages souffrent d'un traitement squelettique. Lane Meyer n'a guère plus d'épaisseur qu'un ticket de remontée mécanique : il est triste, il ski mal, il aime une fille. C'est à peu près tout ce qu'on saura de lui. Monique est réduite à un archétype de l'étrangère idéale — mystérieuse, compétente en tout, et muette par choix, ce qui dispense le scénario de lui écrire des dialogues. Charles De Mar, le meilleur ami drogué jusqu'aux yeux, aurait pu être le personnage le plus intéressant ; il est surtout utilisé comme distributeur de répliques absurdes. Quant à Roy Stalin, il est méchant parce que le film en a besoin, point. Le fond thématique est celui de toute la production de l'époque : l'estime de soi, la pression sociale du lycée américain, la quête d'identité adolescente. Holland y ajoute une couche d'humour potache qui dilue le propos plutôt qu'il ne le renforce. On est loin de la lucidité mélancolique d'un Breakfast Club ou de la tendresse désabusée d'un Seize Bougies pour Sam. Le message — sois toi-même, la vraie victoire n'est pas celle qu'on croit — est noyé sous les gags de roue qui se détache et les imitations d'accents français caricaturaux. Sur le plan technique, la réalisation est fonctionnelle sans être inspirée. Les séquences de ski sont correctement filmées, et Holland montre quelques instincts visuels lors des rares moments cartoonesques. La bande-son, typiquement synthétique et typiquement 1985, colle à l'image sans la transcender — on est dans le catalogue sonore de l'époque, entre pop guillerette et rock de stade. Rien qui reste en tête. Les effets spéciaux bricolés ont un charme d'époque indéniable, à condition d'être indulgent. John Cusack fait ce qu'il peut avec ce qu'on lui donne, c'est-à-dire pas grand-chose. Sa présence naturelle sauve plusieurs scènes qui seraient autrement insalvageables, mais on sent qu'il est un peu à côté de ses pompes — et l'anecdote circulant depuis des années veut qu'il ait tellement détesté le film qu'il aurait quitté la première avant la fin et refusé longtemps de l'évoquer. Vraie ou apocryphe, l'histoire colle. Curtis Armstrong, en roue totalement libre, cabotine avec une énergie qui lasse aussi vite qu'elle amuse. Diane Franklin fait de son mieux dans un rôle qui ne lui demande essentiellement que d'être jolie et mystérieuse. David Ogden Stiers et Kim Darby en parents transparents disparaissent dans le décor. Gagner ou mourir est le genre de film dont on comprend pourquoi il a acquis un statut de curiosité culte aux États-Unis — il a l'énergie brouillonne des œuvres faites sans filet, quelques gags qui fonctionnent vraiment, et la nostalgie fait le reste. Mais regardé à froid, en 2023, il peine à convaincre au-delà du document d'époque. La mayonnaise entre surréalisme et comédie romantique de lycée ne prend jamais vraiment, les personnages restent des silhouettes, et le film finit par ressembler à une esquisse que personne n'a pris le temps de finir. Les amateurs de teen movies des eighties y trouveront matière, à condition d'aller chercher de ce côté des productions plus abouties : le John Hughes de la même année fait ça infiniment mieux, et Une Créature de Rêve ou La Folle Journée de Ferris Bueller sont autrement plus recommandables pour qui veut l'essentiel du genre.
Ma note37%
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