Bone collector
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Difficile d'évoquer Bone collector sans penser à l'ombre écrasante de Seven, qui hantait encore les couloirs d'Hollywood en 1999. Après le triomphe de David Fincher, chaque studio voulait son polar sordide, son tueur méthodique laissant des indices cryptiques. Phillip Noyce, l'Australien qui nous avait tant impressionnés dix ans plus tôt avec Calme blanc, se retrouvait donc aux commandes de ce thriller censé exploiter le duo Denzel Washington/Angelina Jolie. Le réalisateur lui-même a d'ailleurs admis s'être senti comme « une partie d'une chaîne de montage », conscient qu'il ne pourrait jamais rivaliser avec l'accomplissement de Fincher. Cette lucidité désabusée transparaît malheureusement dans chaque plan.
L'histoire nous plonge dans le New York souterrain où Lincoln Rhyme, ex-génie de la criminologie désormais tétraplégique, doit reprendre du service malgré lui. Un serial killer sévit dans la ville, et ce psychopathe a la délicatesse de transformer chaque scène de crime en rébus macabre. Pour enquêter, Rhyme recrute Amelia Donaghy, jeune policière qui devient ses jambes, ses yeux, sa connexion au monde extérieur. Ensemble, ils tentent de déchiffrer les indices avant que le tueur ne frappe à nouveau, dans une course contre la montre aussi prévisible qu'un mouvement d'horloge.
Le scénario, adapté du roman de Jeffery Deaver, accumule les poncifs du genre avec une régularité déconcertante. On y trouve le détective génial cloué au lit qui voit ce que personne ne voit, la recrue inexpérimentée mais dotée d'un « instinct naturel », le tueur qui reproduit d'anciens crimes tirés d'un livre poussiéreux. L'intrigue ne décolle jamais vraiment, se contentant de cocher méthodiquement toutes les cases du thriller années 90 sans jamais prendre de risque. Les rebondissements arrivent avec la ponctualité d'un train de banlieue, et la révélation finale concernant l'identité du meurtrier relève davantage de la facilité scénaristique que du véritable coup de théâtre. On a condensé l'histoire à seulement trois meurtres pour se concentrer sur la relation entre les personnages, mais cette économie narrative ne suffit pas à masquer la pauvreté des enjeux dramatiques.
Lincoln Rhyme incarne le cliché du Sherlock Holmes grabataire, ce cerveau supérieur emprisonné dans un corps inerte. Son handicap aurait pu apporter une vraie profondeur au personnage, explorer la frustration, la dépendance, le rapport au corps. Au lieu de cela, la paralysie devient un simple gadget narratif, un obstacle pittoresque que le scénario contourne avec des solutions technologiques. Amelia, quant à elle, souffre d'un développement encore plus indigent : on apprend qu'elle a des problèmes avec son père, qu'elle manque de confiance en elle, et puis... c'est à peu près tout. La relation entre les deux personnages, censée constituer le cœur émotionnel du film, reste étrangement platonique et convenue, se résumant à quelques scènes où le mentor alité prodigue ses conseils à l'élève docile.
Le film prétend s'intéresser au thème du dépassement de soi, à la résilience face au handicap, mais tout cela reste superficiel, traité avec la psychologie à deux balles d'un téléfilm du dimanche après-midi. Le contexte de fin des années 90, cette époque où les thrillers devaient absolument être « sombres » et « torturés » pour être pris au sérieux, n'arrange rien. On sent bien que Noyce essaie d'insuffler une atmosphère oppressante, mais le résultat reste étonnamment terne, comme si le film était déjà vieux avant même sa sortie. Les meurtres, pourtant graphiques, manquent curieusement d'impact : un homme enterré vivant, une femme ébouillantée par la vapeur, autant de scènes qui auraient dû nous glacer le sang mais qui tombent à plat.
Sur le plan technique, Noyce livre un travail correct, mais sans relief. La photographie de Dean Semler cultive les tonalités sombres et les souterrains glauques de Manhattan, mais cette noirceur visuelle devient vite répétitive. Le réalisateur, qui avait accepté un pari insensé avec le studio (rembourser le dépassement de sa poche ou empocher la moitié des économies), a tellement joué la sécurité qu'on en vient à se demander si cette contrainte financière n'a pas bridé toute audace artistique. L'équipe a d'ailleurs eu tellement de mal à trouver de nouveaux angles de caméra dans l'appartement confiné de Rhyme que le directeur photo offrait une caisse de bière à quiconque en dénichait un inédit. Cette anecdote en dit long sur l'enfermement créatif du projet. La bande-son de Craig Armstrong martèle lourdement chaque rebondissement, comme si elle essayait désespérément de créer une tension que la mise en scène n'arrive pas à générer naturellement.
Les comédiens semblent aussi perdus que les spectateurs dans cette mécanique grippée. Denzel Washington, pourtant capable de magnétiser l'écran dans son sommeil, ne parvient pas à transcender l'immobilisme de son personnage. On le sent prisonnier de son lit, certes, mais surtout prisonnier d'un rôle qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. Lui qui s'était préparé en rencontrant Christopher Reeve et d'autres personnes tétraplégiques, on aurait aimé que cette recherche se traduise par plus de nuances à l'écran. Angelina Jolie, alors en début de carrière (le studio avait initialement songé à Demi Moore ou Nicole Kidman), se révèle éteinte, amorphe, inexpressive. Elle est certes photogénique, mais son jeu manque cruellement d'intensité. On dirait qu'elle traverse le film en pilote automatique, incapable de donner vie à un personnage déjà mal écrit. Même Queen Latifah, dans le rôle de l'infirmière dévouée (un personnage qui était masculin dans le roman de Deaver), ne peut rien sauver, malgré sa présence chaleureuse habituelle. La direction d'acteurs semble aux abonnés absents, chacun débitant son texte sans véritable connexion émotionnelle.
Au final, Bone collector illustre parfaitement ce qu'Hollywood produisait à la chaîne après le succès de Seven : des thrillers formatés, techniquement compétents, mais artistiquement vides, incapables de se démarquer de leurs modèles. Le film a beau avoir rapporté plus de 150 millions de dollars au box-office, il n'en reste pas moins un exercice morne, vieillot malgré son jeune âge, qui ne décolle jamais de la routine. Noyce, le yes man hollywoodien qui sommeillait en lui depuis Calme blanc, s'est définitivement réveillé avec ce produit calibré sans personnalité.
L'histoire nous plonge dans le New York souterrain où Lincoln Rhyme, ex-génie de la criminologie désormais tétraplégique, doit reprendre du service malgré lui. Un serial killer sévit dans la ville, et ce psychopathe a la délicatesse de transformer chaque scène de crime en rébus macabre. Pour enquêter, Rhyme recrute Amelia Donaghy, jeune policière qui devient ses jambes, ses yeux, sa connexion au monde extérieur. Ensemble, ils tentent de déchiffrer les indices avant que le tueur ne frappe à nouveau, dans une course contre la montre aussi prévisible qu'un mouvement d'horloge.
Le scénario, adapté du roman de Jeffery Deaver, accumule les poncifs du genre avec une régularité déconcertante. On y trouve le détective génial cloué au lit qui voit ce que personne ne voit, la recrue inexpérimentée mais dotée d'un « instinct naturel », le tueur qui reproduit d'anciens crimes tirés d'un livre poussiéreux. L'intrigue ne décolle jamais vraiment, se contentant de cocher méthodiquement toutes les cases du thriller années 90 sans jamais prendre de risque. Les rebondissements arrivent avec la ponctualité d'un train de banlieue, et la révélation finale concernant l'identité du meurtrier relève davantage de la facilité scénaristique que du véritable coup de théâtre. On a condensé l'histoire à seulement trois meurtres pour se concentrer sur la relation entre les personnages, mais cette économie narrative ne suffit pas à masquer la pauvreté des enjeux dramatiques.
Lincoln Rhyme incarne le cliché du Sherlock Holmes grabataire, ce cerveau supérieur emprisonné dans un corps inerte. Son handicap aurait pu apporter une vraie profondeur au personnage, explorer la frustration, la dépendance, le rapport au corps. Au lieu de cela, la paralysie devient un simple gadget narratif, un obstacle pittoresque que le scénario contourne avec des solutions technologiques. Amelia, quant à elle, souffre d'un développement encore plus indigent : on apprend qu'elle a des problèmes avec son père, qu'elle manque de confiance en elle, et puis... c'est à peu près tout. La relation entre les deux personnages, censée constituer le cœur émotionnel du film, reste étrangement platonique et convenue, se résumant à quelques scènes où le mentor alité prodigue ses conseils à l'élève docile.
Le film prétend s'intéresser au thème du dépassement de soi, à la résilience face au handicap, mais tout cela reste superficiel, traité avec la psychologie à deux balles d'un téléfilm du dimanche après-midi. Le contexte de fin des années 90, cette époque où les thrillers devaient absolument être « sombres » et « torturés » pour être pris au sérieux, n'arrange rien. On sent bien que Noyce essaie d'insuffler une atmosphère oppressante, mais le résultat reste étonnamment terne, comme si le film était déjà vieux avant même sa sortie. Les meurtres, pourtant graphiques, manquent curieusement d'impact : un homme enterré vivant, une femme ébouillantée par la vapeur, autant de scènes qui auraient dû nous glacer le sang mais qui tombent à plat.
Sur le plan technique, Noyce livre un travail correct, mais sans relief. La photographie de Dean Semler cultive les tonalités sombres et les souterrains glauques de Manhattan, mais cette noirceur visuelle devient vite répétitive. Le réalisateur, qui avait accepté un pari insensé avec le studio (rembourser le dépassement de sa poche ou empocher la moitié des économies), a tellement joué la sécurité qu'on en vient à se demander si cette contrainte financière n'a pas bridé toute audace artistique. L'équipe a d'ailleurs eu tellement de mal à trouver de nouveaux angles de caméra dans l'appartement confiné de Rhyme que le directeur photo offrait une caisse de bière à quiconque en dénichait un inédit. Cette anecdote en dit long sur l'enfermement créatif du projet. La bande-son de Craig Armstrong martèle lourdement chaque rebondissement, comme si elle essayait désespérément de créer une tension que la mise en scène n'arrive pas à générer naturellement.
Les comédiens semblent aussi perdus que les spectateurs dans cette mécanique grippée. Denzel Washington, pourtant capable de magnétiser l'écran dans son sommeil, ne parvient pas à transcender l'immobilisme de son personnage. On le sent prisonnier de son lit, certes, mais surtout prisonnier d'un rôle qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. Lui qui s'était préparé en rencontrant Christopher Reeve et d'autres personnes tétraplégiques, on aurait aimé que cette recherche se traduise par plus de nuances à l'écran. Angelina Jolie, alors en début de carrière (le studio avait initialement songé à Demi Moore ou Nicole Kidman), se révèle éteinte, amorphe, inexpressive. Elle est certes photogénique, mais son jeu manque cruellement d'intensité. On dirait qu'elle traverse le film en pilote automatique, incapable de donner vie à un personnage déjà mal écrit. Même Queen Latifah, dans le rôle de l'infirmière dévouée (un personnage qui était masculin dans le roman de Deaver), ne peut rien sauver, malgré sa présence chaleureuse habituelle. La direction d'acteurs semble aux abonnés absents, chacun débitant son texte sans véritable connexion émotionnelle.
Au final, Bone collector illustre parfaitement ce qu'Hollywood produisait à la chaîne après le succès de Seven : des thrillers formatés, techniquement compétents, mais artistiquement vides, incapables de se démarquer de leurs modèles. Le film a beau avoir rapporté plus de 150 millions de dollars au box-office, il n'en reste pas moins un exercice morne, vieillot malgré son jeune âge, qui ne décolle jamais de la routine. Noyce, le yes man hollywoodien qui sommeillait en lui depuis Calme blanc, s'est définitivement réveillé avec ce produit calibré sans personnalité.
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