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· Julien   Lepage

Brüno
Larry Charles
2009

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Illustration de critique : Brüno
Le nouveau film de Larry Charles, avec Sacha Baron Cohen dans le rôle-titre de Brüno, accompagné de Gustaf Hammarsten et de toute une galerie de personnages secondaires, avait suscité une vraie attente après le succès tonitruant de Borat. On savait que la barre était haute pour son troisième long-métrage, et le pari semblait clair : aller plus loin, choquer plus fort, repousser les limites du politiquement incorrect.

Le film suit ainsi les pérégrinations de Brüno, styliste autrichien très « out there », gay flamboyant et sans aucun filtre, qui décide de s'installer à Hollywood avec son fidèle assistant Lutz pour devenir une star. Rapidement, ses excès (provocations publiques, séquences absurdes, mauvaises ­décisions hallucinantes) le mènent vers le ridicule, l'échec, mais aussi une sorte de prise de conscience (tordue). Le voyage structurel est simple, mais ponctué de chocs, d'inconforts, de fausses soirées « réelles », de caméos (on aperçoit notamment Elton John, Snoop Dogg, Slash, Sting) et de séquences tournées-cachées qui exploitent la spontanéité du public. Anecdote savoureuse : la version britannique a été édulcorée après le classification board écossaise, certaines scènes « trop explicites » ayant été coupées.

Sur le plan du scénario, on se trouve devant un canevas volontairement très lâche, qui privilégie la confrontation à l'absurde et à l'indécence plutôt que la narration classique ou le développement fin des personnages. C'est à la fois sa force et sa faiblesse : d'un côté, cette approche « incident après incident » permet de chapitrer une satire ultra-agressive du star system, de l'homophobie latente, de l'appât du buzz. On retrouve l'esprit de certains « mockumentaires » façon Spinal Tap, même si ici le ton est bien plus frontal. Mais d'un autre côté, ce rythme anarchique finit par user : on attend parfois un peu de rythme, de densité dramatique ou de densification du propos que le film ne fournit pas. Quelques clichés persistent : l'ascension/déchéance de la star, la satire de la mode, le choc des cultures Hollywoodiennes, tout cela est déjà vu. Ce qui reste neuf, c'est l'extrême degré de provoc' mais, justement, on sent que l'effet se répète et que l'amusement initial perd de son mordant.

Quant aux personnages, Brüno est à la fois caricature et archétype. Il n'évolue pas énormément : on le voit s'engager, se ridiculiser, puis « essayer de se relancer ». Mais l'intérêt n'est pas vraiment dans sa transformation psychologique, plutôt dans l'observation de ses excès. Son assistant Lutz reste un faire-valoir comique, le public « capturé » (victimes innocentes) deviennent les témoins de la folie ambiante. Le film joue sur l'inconfort, l'embarras et le regard extérieur, et c'est plutôt réussi. On regrette seulement que certains personnages secondaires restent des clichés ambulants, parfois un peu trop « caricatures de vie réelle » sans épaisseur.

Sur les thèmes et les messages, l'œuvre aborde sans retenue l'homophobie, le narcissisme du show-biz, l'hyper-médiatisation, la quête absurde de reconnaissance. Le fait de rendre Brüno aussi extrême interroge autant qu'il fait rire : jusqu'où peut-on tolérer l'humour basé sur la provocation ? Le film soulève la question de l'image publique, de la marge de tolérance sociale, de l'exploitation de l'individu comme objet de spectacle. Toutefois, l'angle choisi reste très brut, presque excessif, ce qui peut freiner la réflexion. On ressort du visionnage diverti et inquiet à la fois, sans forcément voir une résolution satisfaisante ou un discours nuancé.

Sur la réalisation, le style est visuellement soigné par moments (les séquences mode/autrichiennes sont presqu'esthétiques), la caméra semble souvent « dans la foule », ce qui donne une immédiateté appréciable. Le montage rapide sert le chaos contrôlé, mais parfois la lisibilité en souffre. Le son, la musique, certaines séquences de faux événements, ça fonctionne bien. En revanche, les effets de surprise deviennent prévisibles, l'épure narrative manque par moments … on en vient à se demander si l'énergie ne masque pas l'absence de structure solide.

Concernant les performances d'acteurs, Sacha Baron Cohen assume totalement le rôle de Brüno, poussant son personnage jusqu'à l'absurde avec une conviction rare. Il y a une forme d'engagement total dans le ridicule. Gustaf Hammarsten fait ce qu'il peut avec le rôle de l'assistant, crédible dans son rôle de « stable sidekick ». Les caméos de célébrités apportent un vrai sel comique et témoignent d'une certaine audace de production. Quelques seconds rôles sont moins fins, mais c'est presque voulu : ils accentuent le côté « spectacle grotesque ».

Pour conclure, l'expérience est inégale, mais suffisamment mémorable pour ne pas laisser indifférent. Il y a dans ce film un souffle de liberté, de provocation, un goût du « jusqu'au-boutisme » qui impose le respect, même si le plaisir de spectateur s'émousse à mi-parcours. Ceux qui aiment l'humour radical, la satire sans filtre et les chocs assumés passeront un bon moment. Pour les autres, l'effet risque d'être soit trop lourd, soit trop superficiel.
Ma note68%
Vu le 22 Juillet 2009


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