Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

La technique du chinois, le maître se déchaîne
Jeff Lau
2005

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : La technique du chinois, le maître se déchaîne
La rumeur promettait une fantaisie hongkongaise débridée ; la réalité tient plus du nanar de luxe, signé Jeff Lau et porté par une brochette de vedettes en orbite : Nicholas Tse, Charlene Choi, Bingbing Fan, Bo-lin Chen. Sorti en 2005, le film se glisse dans le sillage de Shaolin soccer et Crazy kung fu, comme un cousin timide qui aurait trop forcé sur les décorations fluorescentes. Un film à découvrir obligatoirement en VF, ce qui ajoute une couche de surréalisme assez réjouissante.

L'aventure part sur de bons rails : Taka, jeune moine, doit sauver ses compagnons piégés par un arbre démoniaque. Équipé du bâton magique du Roi Singe, il se lance dans un périple psychédélique où se mêlent monstres, aliens, romance, combats célestes et fulgurances improbables. Au passage, il croise Meiyan, mi-humaine mi-bête, dont le destin hésite entre aimer et dévorer son bien-aimé. En quelques scènes, on bascule du fantastique traditionnel à un space opera sous amphétamines, comme si quelqu'un avait mélangé la Pérégrination vers l'Ouest avec un jeu PS2 un peu rayé. C'est fou, bordélique et franchement drôle, parfois volontairement, parfois pas.

Le scénario joue au trampoline. Une idée folle débarque, puis se dissout immédiatement dans une autre plus absurde encore. Une romance sincère pointe le bout du nez, mais se retrouve submergée par une invasion extraterrestre. On ressent un vrai plaisir du bricolage narratif, mais aussi une incapacité chronique à tenir une ligne claire. Les clichés du « héros pur » et du « monstre au cœur tendre » sont assumés, presque revendiqués. Le film s'en écarte parfois, mais c'est souvent pour se vautrer dans quelque chose d'encore plus extravagant. C'est à la fois sa limite et sa signature.

Heureux hasard : ce joyeux chaos profite aux personnages. Taka s'accroche à sa mission avec un sérieux comique ; c'est un héros à contre-emploi dans un monde qui n'a plus les pieds sur terre. Meiyan est la vraie révélation : caricaturale, difforme, puis touchante, elle devient l'ancre émotionnelle de cette pagaille. Les autres silhouettes (monstres, disciples, divinités) servent surtout de ponctuation outrancière, surgissant pour ajouter des couches d'absurdité. Le développement reste mince, mais chacun semble taillé pour inspirer une carte à collectionner.

L'amour impossible, l'acceptation de soi et le désir d'aller au-delà de son apparence se glissent dans le récit, un peu comme si le film craignait qu'on les remarque. Au milieu des explosions numériques, l'idée que même les monstres cherchent une place au Soleil demeure touchante. Ce n'est jamais profond, mais ça existe : un noyau tendre dans un emballage criard. Le film brasse aussi l'héritage mythologique chinois sans s'y cramponner : les références arrivent, repartent, se déguisent en aliens, puis s'évaporent.

La mise en scène, elle, assume sans complexe son esthétique de parc d'attractions. Les couleurs saturent l'écran. Les créatures numériques manquent parfois d'élégance, mais leur naïveté visuelle déclenche une forme de tendresse. En revanche, la bande-son surprend : elle est signée Joe Hisaishi. Oui, celui de Princesse Mononoké ! Entendre ces envolées raffinées accompagner un combat contre un alien loufoque vaut à lui seul le détour.

Les acteurs font le job avec une générosité qui force le respect. Nicholas Tse garde un flegme inattendu au milieu des tornades numériques. Charlene Choi incarne Meiyan avec une sincérité désarmante, même lorsque l'intrigue la maquille en mascotte improbable. Bingbing Fan et Bo-lin Chen se laissent emporter sans broncher. Les seconds rôles, de Kenny Kwan à Kara Wai, en passant par Chia-Hui Liu (sans sabre, dommage), restent droit dans leurs bottes, quoi qu'il arrive. Ce sérieux appliqué donne au film un charme étrange : on se sent soutenu, même quand tout déraille.

Au bout du compte, cette œuvre grand écart se savoure comme un nanar attachant. On rit de bon cœur, parfois avec le film, souvent contre lui. On s'amuse de ses audaces, on soupire devant ses errements, et l'on reste étonné qu'il affiche sans honte une ambition aussi généreuse. C'est imparfait, inégal, mais franchement sympathique si l'on accepte de monter dans le manège.
Ma note68%
Vu le 27 Juin 2009


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.