Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Clones
Jonathan Mostow
2009

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Clones
Quand Jonathan Mostow revient aux affaires six ans après le décevant Terminator 3, on espérait enfin le voir retrouver la forme qui avait fait de U-571 un thriller efficace. Avec Clones (rebaptisé à la va-vite d'un original Surrogates autrement plus évocateur), le réalisateur s'attaque à l'adaptation du comic book éponyme de Robert Venditti et Brett Weldele, emmenant Bruce Willis dans un futur où l'humanité a troqué sa chair contre du chrome. L'attente était d'autant plus forte que Disney avait mis le paquet sur cette production à 80 millions de dollars, espérant sans doute reproduire le succès d'I, robot.

Dans ce futur pas si lointain, chacun reste confiné chez soi, des lunettes numériques sur le nez, dirigeant à distance un androïde parfait qui vit sa vie à sa place. Plus de crime, plus de danger, plus de laideur : bienvenue dans l'utopie 2.0. Seulement voilà, quand l'agent Tom Greer (Bruce Willis) et sa partenaire Peters (Radha Mitchell) se retrouvent face au premier meurtre depuis des années (un étudiant tué à travers son avatar), c'est tout l'équilibre de cette société de façade qui vacille. L'enquête les mène des couloirs aseptisés du FBI aux zones de résistance où vivent les « Réfractaires », ces marginaux qui refusent la perfection synthétique sous la houlette du mystérieux Prophète (Ving Rhames).

Il n'y a pas de clones dans Clones ! Ça paraît incroyable, mais il y a eu abus de langage, tromperie sur la marchandise et elle ne s'arrête pas là. On sent bien que Mostow s'inspire des films d'anticipation qui l'ont précédé tels que Bienvenue à Gattaca, The island ou encore Time out, ces films décrivant une société oppressante et dictatoriale, proche de la nôtre, mais ayant basculé de manière définitive dans un de ses travers. Le scénario de Michael Ferris et John Brancato (qui avaient déjà collaboré avec Mostow sur Terminator 3) présente un univers sans y placer d'enjeu philosophique majeur, ou alors exploité en une vingtaine de secondes, sans aucune crédibilité. L'intrigue se contente de reprendre les codes du polar futuriste déjà vus dans I, robot, avec son lot de rebondissements cousus de fil blanc et son inévitable révélation finale qui tombe comme un cheveu sur la soupe.

Les personnages naviguent dans cette mascarade avec la grâce d'automates défaillants. Tom Greer incarne le flic blasé de service, hanté par la mort de son fils et rongé par l'effondrement de son couple avec Maggie (Rosamund Pike), qui s'est réfugiée dans l'addiction aux avatars. Le docteur Canter (James Cromwell) joue l'inventeur repenti avec la subtilité d'un marteau-piqueur, tandis que le Prophète délivre ses sermons anti-technologie depuis sa réserve comme un gourou de pacotille. Aucun de ces archétypes n'échappe à son carcan narratif, transformant ce qui aurait pu être une galerie de personnages complexes en collection de poupées Barbie cassées.

C'est une société dans laquelle la réalité virtuelle a fait des progrès fulgurants, où chacun peut avoir un beau corps et où la criminalité a chuté, voilà donc les fameux enjeux philosophiques de Mostow. Rien sur la désincarnation de ces humains vivant par procuration, rien non plus sur la frontière de plus en plus ténue entre réel et virtuel. Le film effleure à peine la question de l'identité ou de l'authenticité, préférant se réfugier dans un discours convenu sur les dangers de la technologie. Quand on voit sortir District 9 la même année avec un budget trois fois moindre et une ambition démultipliée, on mesure l'ampleur du gâchis. Clones dialogue pourtant avec l'air du temps : à l'heure où Avatar de Cameron s'apprête à révolutionner le cinéma dans quelques semaines, Mostow explore l'envers du décor de cette fascination pour les corps de substitution.

Mostow livre des scènes d'action efficaces quand il daigne s'y atteler, mais le réalisateur semble bridé par sa propre approche. Le chef opérateur Oliver Wood baigne l'ensemble dans des dominantes bleutées qui rappellent l'esthétique de Terminator 2, sans jamais atteindre la puissance visuelle du chef-d'œuvre de Cameron. Les effets spéciaux peinent à convaincre, oscillant entre moments réussis et passages franchement datés. Le plus gênant reste cette impression d'anachronisme : quand on met en avant une technologie aussi évoluée que des avatars remplaçant des êtres vivants, on ne peut pas décrire à côté un monde qui ressemble trait pour trait à celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. Où sont les voitures volantes, la nourriture lyophilisée ou les blousons auto-séchants ?

Bruce Willis sauve les meubles dans un double rôle qui l'amuse visiblement, même affublé de cette perruque blonde ridicule qui fait de son avatar un Ken décoloré. Il faut reconnaître que le « poivre et sel » lui va comme un gant et qu'il reste un acteur charismatique capable de porter un film sur ses seules épaules. Radha Mitchell fait ce qu'elle peut avec un rôle de partenaire formaté, tandis que Rosamund Pike peine à donner de la consistance à une épouse fantôme. Ving Rhames impose sa présence dans ses quelques scènes, rappelant qu'il avait déjà croisé Willis dans Pulp fiction quinze ans plus tôt. James Cromwell enchaîne les rôles de scientifique visionnaire après I, robot et Star trek : premier contact, mais sans la profondeur qui caractérisait ses précédentes prestations. Il n'y a guère que quand l'inoxydable Bruce Willis sort enfin pour de vrai de chez lui que le film commence à avoir un peu d'intérêt. Mais même ces moments de grâce ne suffisent pas à masquer les défauts structurels d'une œuvre qui hésite constamment entre blockbuster grand public et série B ambitieuse. À 88 minutes seulement, Clones cumule l'envergure du grand spectacle et l'attrait série B d'une durée étriquée, ne sachant jamais à quel type de spectateurs il s'adresse. Cette ambiguïté condamne une approche pourtant séduisante dans son élaboration, transformant ce qui aurait pu être un Blade runner pour la génération PlayStation en divertissement calibré qui laisse un goût d'inachevé. Le film aurait certainement pu être bon, s'il avait été un autre film.
Ma note54%
Vu le 2 Novembre 2009


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.