Georges Clooney, tome 2 : Mi-homme Michel

Admettons-le : tout le monde ne s'attendait pas à voir Philippe Valette débarquer en librairie. L'homme est maître de conférences en géographie à Toulouse, spécialiste des territoires et des paysages urbains, et il passe ses soirées à griffonner au feutre — une boîte de huit achetée en supermarché, pas plus — les aventures d'un super-héros vulgaire et semi-mongolien qui s'interroge sur l'origine métaphysique d'une crotte dans son salon. C'est ça, Philippe Valette. Un OVNI à double vie, dont le blog Georges Clooney a viré phénomène internet avant que Delcourt ne flaire l'affaire et crée la collection Tapas presqu'exprès pour lui. Le premier tome, sorti en 2013, avait sidéré par son culot : près de 400 pages de strips en deux cases, truffées de fautes d'orthographe revendiquées, d'argot de cité et d'humour plus gras qu'un kebab suintant. Un truc qui, sur le papier, n'aurait jamais dû fonctionner, et qui avait pourtant fait hurler de rire une frange entière de lecteurs.
Mi-homme Michel reprend exactement là où tout s'était arrêté. Georges, le super-héros en legging moulant, sans rapport aucun avec l'acteur américain, et Michel, le flic désormais transformé en saucisse apéro (oui), reviennent des Enfers. Il y a aussi Daniel, qui stresse comme une chèvre après un incident mystérieux en milieu sulfureux. Trois destins entremêlés, une faille spatio-temporelle complètement improbable, des combats sous influence Dragon ball, et ce fil rouge comique absolument brillant : la faille en question corrige, à mesure qu'elle avance, toutes les fautes d'orthographe de l'album. Une mise en abyme méta qui, pour le coup, témoigne d'une vraie intelligence de l'auteur derrière la façade de l'humour pipi-caca.
Et c'est bien là le nœud du truc. Mi-homme Michel est une suite solide, généreuse (encore 400 pages pour trente euros, on ne va pas se plaindre) et par moments franchement hilarante. Philippe Valette donne plus d'ampleur narrative à ses personnages, et structure son récit avec une ambition qu'on ne lui connaissait pas forcément. Certaines séquences sont d'une connerie tellement accomplie qu'elles restent en tête des semaines après la lecture, comme ces vignettes sur lesquelles on revient sans raison, juste pour se remémorer le gag et ricaner tout seul dans le métro.
Mais voilà : la surprise n'est plus là. Et la surprise, dans ce genre d'objet, c'est les trois quarts du plaisir. Le premier tome fonctionnait comme une gifle qu'on n'avait pas vue venir ; celui-ci arrive en sachant très bien ce qu'il est. On est préparé au dessin bâclé au feutre, aux fautes assumées, au registre argotique, aux vannes scatologiques, à la violence cartoonesque façon South park. Ce qui était une découverte sidérante devient une confirmation satisfaisante ; nuance de taille. Quelques longueurs se font sentir dans la répartition des gags, des séquences qui auraient gagné à être compressées, un rythme par endroits moins implacable que dans l'opus précédent. L'humour reste là, mais il doit travailler un peu plus pour arracher le même niveau de rire spontané.
Reste que Philippe Valette est un cas à part dans le paysage de la BD franco-belge. Sa démarche — éliminer les contraintes, retrouver la spontanéité du gamin qui dessine des conneries pour faire marrer ses potes — produit quelque chose d'authentiquement différent, et cette authenticité-là ne se fabrique pas. Si vous avez aimé le premier, vous lirez le second avec plaisir, en sachant juste que le curseur est un cran en dessous.
Mi-homme Michel reprend exactement là où tout s'était arrêté. Georges, le super-héros en legging moulant, sans rapport aucun avec l'acteur américain, et Michel, le flic désormais transformé en saucisse apéro (oui), reviennent des Enfers. Il y a aussi Daniel, qui stresse comme une chèvre après un incident mystérieux en milieu sulfureux. Trois destins entremêlés, une faille spatio-temporelle complètement improbable, des combats sous influence Dragon ball, et ce fil rouge comique absolument brillant : la faille en question corrige, à mesure qu'elle avance, toutes les fautes d'orthographe de l'album. Une mise en abyme méta qui, pour le coup, témoigne d'une vraie intelligence de l'auteur derrière la façade de l'humour pipi-caca.
Et c'est bien là le nœud du truc. Mi-homme Michel est une suite solide, généreuse (encore 400 pages pour trente euros, on ne va pas se plaindre) et par moments franchement hilarante. Philippe Valette donne plus d'ampleur narrative à ses personnages, et structure son récit avec une ambition qu'on ne lui connaissait pas forcément. Certaines séquences sont d'une connerie tellement accomplie qu'elles restent en tête des semaines après la lecture, comme ces vignettes sur lesquelles on revient sans raison, juste pour se remémorer le gag et ricaner tout seul dans le métro.
Mais voilà : la surprise n'est plus là. Et la surprise, dans ce genre d'objet, c'est les trois quarts du plaisir. Le premier tome fonctionnait comme une gifle qu'on n'avait pas vue venir ; celui-ci arrive en sachant très bien ce qu'il est. On est préparé au dessin bâclé au feutre, aux fautes assumées, au registre argotique, aux vannes scatologiques, à la violence cartoonesque façon South park. Ce qui était une découverte sidérante devient une confirmation satisfaisante ; nuance de taille. Quelques longueurs se font sentir dans la répartition des gags, des séquences qui auraient gagné à être compressées, un rythme par endroits moins implacable que dans l'opus précédent. L'humour reste là, mais il doit travailler un peu plus pour arracher le même niveau de rire spontané.
Reste que Philippe Valette est un cas à part dans le paysage de la BD franco-belge. Sa démarche — éliminer les contraintes, retrouver la spontanéité du gamin qui dessine des conneries pour faire marrer ses potes — produit quelque chose d'authentiquement différent, et cette authenticité-là ne se fabrique pas. Si vous avez aimé le premier, vous lirez le second avec plaisir, en sachant juste que le curseur est un cran en dessous.
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