Le coach
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Difficile de ne pas penser à Francis Veber en regardant Olivier Doran orchestrer son duo comique avec Jean-Paul Rouve et Richard Berry. Ce dernier, qui a d'ailleurs déjà tourné avec le maître du genre dans La doublure et L'emmerdeur, connaît la partition par cœur. Sauf qu'ici, on n'est plus vraiment dans l'univers verberien, plutôt dans une version édulcorée, aseptisée, qui emprunte les codes sans jamais s'approprier l'esprit. Le film sort en cette rentrée 2009 avec l'ambition modeste de faire rire sans déranger, et c'est précisément là que le bât blesse.
L'histoire suit Maximilien Chêne, coach professionnel reconnu mais joueur compulsif criblé de dettes, qui se voit confier une mission salvatrice : transformer Patrick Marmignon, directeur d'un service architectural incapable de dire non et totalement dominé par ses subordonnés, en manager assertif. Le hic ? Ce coaching doit se faire à l'insu de Patrick, qui croit avoir affaire à un simple stagiaire. Entre les deux hommes, tout oppose : l'assurance contre la maladresse, le cynisme contre la naïveté. Chêne doit absolument réussir ce contrat pour éponger ses 200 000 euros de dettes, tandis que Marmignon doit conclure un deal crucial avec des clients chinois pour sauver sa place dans l'entreprise familiale dirigée par son oncle.
Le scénario, adapté d'une pièce de théâtre et développé pendant deux ans selon les dires du réalisateur, souffre d'une prévisibilité chronique. Chaque rebondissement s'annonce avec la subtilité d'un panneau de signalisation autoroutier. On devine dès les premières minutes que le manipulateur finira manipulé, que le faible deviendra fort, que les deux hommes s'entraideront mutuellement pour résoudre leurs problèmes respectifs. Les ficelles sont tellement visibles qu'on pourrait presque les tricoter. La scène du restaurant avec l'oreillette, censée être le moment comique fort du film, rappelle vaguement Cyrano de Bergerac revu à la sauce Hitch, mais sans la grâce de l'un ni l'efficacité de l'autre. Les situations s'enchaînent mécaniquement : la leçon de drague ratée, le quiproquo sur l'identité du stagiaire, la révélation qui met tout par terre, le plan B miraculeux qui sauve tout le monde. On a l'impression d'assister à un cours de construction scénaristique pour débutants, où chaque étape est cochée consciencieusement sans jamais prendre le risque d'une vraie inventivité.
Les personnages campent des archétypes tellement convenus qu'ils en deviennent presque des caricatures. Marmignon incarne le gentil trop gentil, celui qui dit « d'accord » à tout, fait les photocopies à la place de ses employés et prépare le café pour des collègues qui le méprisent ouvertement. Son bureau ressemble à un capharnaüm, métaphore pas franchement subtile d'une vie qui part dans tous les sens. Chêne, de son côté, est le beau parleur sûr de lui, le winner qui cache sa faille : son addiction au jeu. Mais cette faille reste désespérément superficielle, un simple artifice scénaristique pour justifier qu'il accepte cette mission. On ne creuse jamais vraiment la psychologie de ces deux hommes, préférant les maintenir dans leurs cases respectives. Les personnages féminins ne sont guère mieux lotis : Vanessa, la DRH séduisante jouée par Anne Marivin, sert essentiellement d'objectif amoureux pour Patrick, tandis que Noémie, l'épouse de Chêne, n'apparaît que pour incarner la déception conjugale avant de revenir providentiellement à la fin. Même Laure Manaudou, qui fait ses débuts au cinéma en jouant son propre rôle dans une scène d'introduction, n'est là que comme faire-valoir pour établir la réputation du coach.
Le film tente d'aborder le phénomène du coaching, cette pratique qui a envahi le monde professionnel, sportif, et même intime au cours des années 2000. En 2009, difficile d'ouvrir un magazine sans tomber sur un article vantant les mérites d'un coach en développement personnel, en séduction, en organisation. Le coach surfe manifestement sur cette vague, mais se contente d'effleurer le sujet avec une sociologie de comptoir. On nous montre quelques techniques : arrêter de s'excuser, regarder les gens dans les yeux, apprendre à déléguer… sans jamais interroger vraiment ce que ce phénomène dit de notre époque. Le film reste coincé entre la volonté de faire rire et celle de délivrer un message positif sur le dépassement de soi, sans trancher franchement. Résultat : on obtient une comédie morale gentillette qui ne bouscule rien, ne questionne rien, et se contente de dérouler son petit bonhomme de chemin vers une happy end prévisible où tout le monde s'en sort, sauf le méchant de service bien sûr.
Doran, après le ratage qu'était Pur week-end, semble plus à l'aise avec un duo qu'avec un ensemble. Pourtant, sa mise en scène demeure d'une fadeur affligeante. Aucun choix visuel marquant, aucune audace formelle, aucun véritable sens du rythme comique. Les 42 jours de tournage parisien donnent un film qui ressemble à n'importe quelle production française formatée, avec ses décors d'entreprise aseptisés et ses extérieurs urbains génériques. La photographie d'Antoine Monod fait le job sans éclat particulier, privilégiant une lumière uniforme qui n'apporte aucune texture à l'image. Quant à la musique de Pascal Jambry, elle illustre chaque scène avec une lourdeur qui confine à l'acharnement, répétant indéfiniment ses motifs légers censés insuffler de la bonne humeur. Cette bande-son envahissante souligne maladroitement chaque gag, comme si le réalisateur craignait qu'on ne comprenne pas où il faut rire. Le montage d'Emmanuelle Baude peine à créer un vrai rythme : le film alterne entre des passages étirés en longueur et des ellipses brutales qui donnent l'impression qu'on cherche désespérément à atteindre le générique de fin le plus vite possible.
Côté interprétation, Rouve livre une prestation correcte, mais sans surprise, campant une énième variation du personnage de Pignon popularisé par Pierre Richard puis Jacques Villeret. Le cheveu en bataille, l'œil torve, les gestes maladroits, il connaît la partition et l'exécute avec application. Problème : il manque cette dimension imprévisible, cette folie douce qui rendait les personnages de Richard si attachants. Rouve reste dans une zone de confort, ne prenant aucun risque, ce qui donne un Marmignon sympathique, mais terriblement fade. Berry, quant à lui, joue Berry. Le comédien reste campé dans son registre habituel de beau gosse sûr de lui, avec ce petit sourire en coin qu'on lui connaît depuis des décennies. Il ne fait pas d'efforts particuliers pour incarner les failles de son personnage, se contentant d'être élégant et charismatique. C'est professionnel, rodé, mais totalement sans émotion. Le duo fonctionne par intermittence, lors de quelques scènes où leur opposition génère effectivement des étincelles, mais la plupart du temps, on a l'impression qu'ils jouent chacun dans leur coin, sans véritable osmose. Les seconds rôles ne sont pas mieux servis : Anne Marivin apporte son charme habituel, mais son personnage n'a aucune épaisseur, Jean-Noël Brouté cabotine dans le rôle du collègue jaloux, et Didier Bezace fait ce qu'il peut avec un patron caricatural.
Au final, Le coach illustre parfaitement ce problème récurrent de la comédie française qui n'ose jamais sortir des sentiers battus. Le film fonctionne en pilote automatique, enchaînant les situations convenues sans jamais chercher à surprendre, à déranger, à proposer un vrai point de vue. On sent bien que toute l'équipe a consciencieusement appliqué une recette éprouvée, mais sans y mettre la moindre once de folie ou d'audace. Résultat : un divertissement fade qui ne provoque ni rire franc ni véritable ennui, juste une légère somnolence ponctuée de quelques sourires polis.
L'histoire suit Maximilien Chêne, coach professionnel reconnu mais joueur compulsif criblé de dettes, qui se voit confier une mission salvatrice : transformer Patrick Marmignon, directeur d'un service architectural incapable de dire non et totalement dominé par ses subordonnés, en manager assertif. Le hic ? Ce coaching doit se faire à l'insu de Patrick, qui croit avoir affaire à un simple stagiaire. Entre les deux hommes, tout oppose : l'assurance contre la maladresse, le cynisme contre la naïveté. Chêne doit absolument réussir ce contrat pour éponger ses 200 000 euros de dettes, tandis que Marmignon doit conclure un deal crucial avec des clients chinois pour sauver sa place dans l'entreprise familiale dirigée par son oncle.
Le scénario, adapté d'une pièce de théâtre et développé pendant deux ans selon les dires du réalisateur, souffre d'une prévisibilité chronique. Chaque rebondissement s'annonce avec la subtilité d'un panneau de signalisation autoroutier. On devine dès les premières minutes que le manipulateur finira manipulé, que le faible deviendra fort, que les deux hommes s'entraideront mutuellement pour résoudre leurs problèmes respectifs. Les ficelles sont tellement visibles qu'on pourrait presque les tricoter. La scène du restaurant avec l'oreillette, censée être le moment comique fort du film, rappelle vaguement Cyrano de Bergerac revu à la sauce Hitch, mais sans la grâce de l'un ni l'efficacité de l'autre. Les situations s'enchaînent mécaniquement : la leçon de drague ratée, le quiproquo sur l'identité du stagiaire, la révélation qui met tout par terre, le plan B miraculeux qui sauve tout le monde. On a l'impression d'assister à un cours de construction scénaristique pour débutants, où chaque étape est cochée consciencieusement sans jamais prendre le risque d'une vraie inventivité.
Les personnages campent des archétypes tellement convenus qu'ils en deviennent presque des caricatures. Marmignon incarne le gentil trop gentil, celui qui dit « d'accord » à tout, fait les photocopies à la place de ses employés et prépare le café pour des collègues qui le méprisent ouvertement. Son bureau ressemble à un capharnaüm, métaphore pas franchement subtile d'une vie qui part dans tous les sens. Chêne, de son côté, est le beau parleur sûr de lui, le winner qui cache sa faille : son addiction au jeu. Mais cette faille reste désespérément superficielle, un simple artifice scénaristique pour justifier qu'il accepte cette mission. On ne creuse jamais vraiment la psychologie de ces deux hommes, préférant les maintenir dans leurs cases respectives. Les personnages féminins ne sont guère mieux lotis : Vanessa, la DRH séduisante jouée par Anne Marivin, sert essentiellement d'objectif amoureux pour Patrick, tandis que Noémie, l'épouse de Chêne, n'apparaît que pour incarner la déception conjugale avant de revenir providentiellement à la fin. Même Laure Manaudou, qui fait ses débuts au cinéma en jouant son propre rôle dans une scène d'introduction, n'est là que comme faire-valoir pour établir la réputation du coach.
Le film tente d'aborder le phénomène du coaching, cette pratique qui a envahi le monde professionnel, sportif, et même intime au cours des années 2000. En 2009, difficile d'ouvrir un magazine sans tomber sur un article vantant les mérites d'un coach en développement personnel, en séduction, en organisation. Le coach surfe manifestement sur cette vague, mais se contente d'effleurer le sujet avec une sociologie de comptoir. On nous montre quelques techniques : arrêter de s'excuser, regarder les gens dans les yeux, apprendre à déléguer… sans jamais interroger vraiment ce que ce phénomène dit de notre époque. Le film reste coincé entre la volonté de faire rire et celle de délivrer un message positif sur le dépassement de soi, sans trancher franchement. Résultat : on obtient une comédie morale gentillette qui ne bouscule rien, ne questionne rien, et se contente de dérouler son petit bonhomme de chemin vers une happy end prévisible où tout le monde s'en sort, sauf le méchant de service bien sûr.
Doran, après le ratage qu'était Pur week-end, semble plus à l'aise avec un duo qu'avec un ensemble. Pourtant, sa mise en scène demeure d'une fadeur affligeante. Aucun choix visuel marquant, aucune audace formelle, aucun véritable sens du rythme comique. Les 42 jours de tournage parisien donnent un film qui ressemble à n'importe quelle production française formatée, avec ses décors d'entreprise aseptisés et ses extérieurs urbains génériques. La photographie d'Antoine Monod fait le job sans éclat particulier, privilégiant une lumière uniforme qui n'apporte aucune texture à l'image. Quant à la musique de Pascal Jambry, elle illustre chaque scène avec une lourdeur qui confine à l'acharnement, répétant indéfiniment ses motifs légers censés insuffler de la bonne humeur. Cette bande-son envahissante souligne maladroitement chaque gag, comme si le réalisateur craignait qu'on ne comprenne pas où il faut rire. Le montage d'Emmanuelle Baude peine à créer un vrai rythme : le film alterne entre des passages étirés en longueur et des ellipses brutales qui donnent l'impression qu'on cherche désespérément à atteindre le générique de fin le plus vite possible.
Côté interprétation, Rouve livre une prestation correcte, mais sans surprise, campant une énième variation du personnage de Pignon popularisé par Pierre Richard puis Jacques Villeret. Le cheveu en bataille, l'œil torve, les gestes maladroits, il connaît la partition et l'exécute avec application. Problème : il manque cette dimension imprévisible, cette folie douce qui rendait les personnages de Richard si attachants. Rouve reste dans une zone de confort, ne prenant aucun risque, ce qui donne un Marmignon sympathique, mais terriblement fade. Berry, quant à lui, joue Berry. Le comédien reste campé dans son registre habituel de beau gosse sûr de lui, avec ce petit sourire en coin qu'on lui connaît depuis des décennies. Il ne fait pas d'efforts particuliers pour incarner les failles de son personnage, se contentant d'être élégant et charismatique. C'est professionnel, rodé, mais totalement sans émotion. Le duo fonctionne par intermittence, lors de quelques scènes où leur opposition génère effectivement des étincelles, mais la plupart du temps, on a l'impression qu'ils jouent chacun dans leur coin, sans véritable osmose. Les seconds rôles ne sont pas mieux servis : Anne Marivin apporte son charme habituel, mais son personnage n'a aucune épaisseur, Jean-Noël Brouté cabotine dans le rôle du collègue jaloux, et Didier Bezace fait ce qu'il peut avec un patron caricatural.
Au final, Le coach illustre parfaitement ce problème récurrent de la comédie française qui n'ose jamais sortir des sentiers battus. Le film fonctionne en pilote automatique, enchaînant les situations convenues sans jamais chercher à surprendre, à déranger, à proposer un vrai point de vue. On sent bien que toute l'équipe a consciencieusement appliqué une recette éprouvée, mais sans y mettre la moindre once de folie ou d'audace. Résultat : un divertissement fade qui ne provoque ni rire franc ni véritable ennui, juste une légère somnolence ponctuée de quelques sourires polis.
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