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· Julien   Lepage

Ultime combat
David A. Prior
1987

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Illustration de critique : Ultime combat
Certains films naissent avec une ambition démesurée et meurent dans l'indifférence. D'autres, au contraire, surgissent de nulle part, sans prétention ni budget, et finissent par s'imposer comme des objets cinématographiques à part entière ; pas malgré leurs défauts, mais presque à cause d'eux. Ultime combat, réalisé en 1987 par David A. Prior avec son frère Ted Prior dans le rôle principal, accompagné des vétérans Cameron Mitchell et Troy Donahue, appartient à cette seconde catégorie. Vingt-deux ans après sa sortie discrète dans les bacs de vidéoclubs américains, le film circule encore sous le manteau, recommandé à voix basse comme on recommande une bonne adresse secrète.

L'histoire tient en une ligne, et c'est très bien ainsi. Mike Danton, vétéran du Vietnam au physique sculpté par les dieux et au jean-short taillé à la serpe, sort ses poubelles un matin quand des mercenaires l'enlèvent pour le lâcher dans une forêt en guise de gibier humain. Le colonel Hogan, chef de cette troupe aussi sadique que mal lunée, dirige un camp d'entraînement clandestin où des civils kidnappés servent de cibles vivantes. Sauf que cette fois, ses hommes ont eu la mauvaise idée de s'en prendre au mauvais gars : Danton n'est pas n'importe qui, c'est précisément l'ancien élève d'Hogan, une machine de guerre que vingt ans de vie domestique n'ont pas vraiment assagie. S'ensuit une heure vingt de boucherie dans les bois de Riverside, Californie, où chaque brindille peut devenir une arme létale et chaque mercenaire, de la chair à cannon. Pendant ce temps, la femme de Danton, Jaimy, appelle son père (et non la police) quand elle voit son mari se faire enlever de force. Le père en question, joué par Cameron Mitchell, décide d'enquêter seul. Ce genre de détail donne le ton général.

Le scénario, signé Prior lui-même, est une adaptation libre (très libre !) de la nouvelle Le plus dangereux des gibiers de Richard Connell, déjà adaptée des dizaines de fois au cinéma depuis les années trente. Ultime combat y greffe généreusement les codes du film de guerre post-Rambo, avec une foi absolue dans les recettes éprouvées de la Rambosploitation. Il y a là quelque chose de presque touchant dans la démarche : aucune ironie, aucun clin d'œil, juste une conviction sincère et têtue que la formule fonctionne. Et c'est précisément cette sincérité qui distingue Ultime combat d'un simple copié-collé. Le film ne sait pas qu'il est drôle, et c'est sa plus grande qualité. Les invraisemblances s'accumulent avec une générosité qui finit par forcer le respect : un camp mercenaire de plusieurs hectares installé à deux pas de Los Angeles passe inaperçu pendant des années, Danton ne ramasse jamais les armes automatiques de ses ennemis abattus même quand il en a grand besoin, et la logistique de la chasse obéit à des règles qui lui sont propres. Ce n'est pas de la paresse d'écriture — ou du moins, pas seulement — c'est une vision du monde cohérente avec elle-même.

Mike Danton est un personnage fascinant dans sa simplicité monolithique. Il n'a pas de psychologie, pas de doutes, pas vraiment de passé tangible malgré les références au Vietnam. C'est un archétype pur, un guerrier réduit à sa fonction : survivre et éliminer. Ce qui le rend remarquable, c'est son rapport à l'environnement : il parle peu, transpire beaucoup, et transforme la forêt californienne en arsenal improvisé avec une inventivité que n'aurait pas reniée MacGyver. En face, le colonel Hogan incarne le méchant de série avec une constance admirable : il ricane, il donne des ordres absurdes et finit exactement comme il le mérite. Thornton, son lieutenant, est celui que le film réserve pour le morceau de bravoure final, une scène d'anthologie que l'on ne décrira pas ici, mais qui a visiblement marqué les esprits de tous ceux qui ont eu le privilège ou la malchance de la voir. À noter que Troy Donahue joue un homme d'affaires corrompu portant curieusement le nom du conseiller militaire technique du film : un Don Michaelson de chair et d'os ayant réellement participé à la production et mis à disposition son American Military Museum pour le tournage.

Sous ses dehors de nanar décomplexé, Ultime combat touche, maladroitement, mais réellement, à quelques thèmes qui ne sont pas sans intérêt. Le film s'inscrit dans une Amérique reaganienne obsédée par la figure du vétéran blessé, du soldat que la société civile n'a pas su réintégrer, et qui porte en lui une violence que le quotidien (les poubelles, la petite maison, la femme aimante) n'a jamais vraiment étouffée. Danton n'est pas heureux dans sa vie ordinaire ; il l'est, pleinement et visiblement, dès qu'il redevient ce qu'il est vraiment. C'est un message ambigu que le film délivre sans s'en rendre compte, entre glorification de la violence et vague mélancolie de fin. La scène de clôture, où Danton relâche Hogan dans la forêt en le forçant à retirer ses chaussures, a quelque chose de biblique que la mise en scène ne mérite pas vraiment, mais qui fonctionne quand même. Prior glisse même, dans les dernières minutes, un discours anti-guerre dans la bouche du beau-père ; ce qui, dans le contexte du film, produit un effet de dissonance cognitive assez savoureux.

Techniquement, le film assume pleinement ses limites budgétaires, ce qui est déjà une forme d'honnêteté. La photographie de Stephen Ashley Blake est fonctionnelle sans être inspirée : les forêts de Riverside se prêtent correctement au jeu, et l'action reste lisible la plupart du temps. Les effets spéciaux font ce qu'ils peuvent, ce qui n'est pas grand-chose : le plan de l'hélicoptère qui explose passe d'un fond de ciel bleu clair à une explosion sur fond noir sans transition, comme si les deux plans venaient de deux films différents (ce qui est vraisemblablement le cas). Les explosions de grenades propulsent les figurants à quelques centimètres du sol avec une énergie toute symbolique. Quant à la bande-son, elle mérite une mention particulière : trois notes de synthétiseur répétées en boucle pendant toutes les scènes d'action, avec la constance d'un marteau-piqueur. C'est une expérience sonore unique, quelque part entre la transe et la torture douce.

Ted Prior, bodybuilder, mannequin et acteur par nécessité familiale (son frère David l'a dirigé dans plusieurs films) livre une performance qui défie la classification habituelle. Son Danton est un personnage entièrement physique : muscles huilés, mâchoire serrée, regards chargés d'une intensité qui oscillent entre la fureur et la concentration totale. Il avait à l'époque posé pour le magazine Playgirl, et Prior n'a visiblement pas oublié cette expérience au moment de choisir ses angles de caméra. La performance culmine dans les vingt dernières minutes où quelque chose se détraque dans le jeu de Ted Prior, d'une manière qui n'était certainement pas prévue au scénario, mais qui produit un effet étrangement émouvant. Cameron Mitchell, acteur des années cinquante passé par Les rôdeurs de la plaine et des dizaines de productions moins glorieuses, est ici dans une configuration qu'il connaissait bien : apparaître suffisamment pour justifier sa présence sur l'affiche, pas davantage. Il s'en acquitte avec la dignité résignée du professionnel qui sait exactement dans quel film il se trouve. Troy Donahue, icône du teen movie américain des années soixante reconverti en second couteau de luxe, est dans la même situation. Fritz Matthews, en lieutenant Thornton, offre quant à lui une vilenie de façade parfaitement calibrée pour le rôle.

Au fond, Ultime combat est une réussite dans un genre qu'il ne cherchait pas à pratiquer. Voulu comme un film d'action viril et sérieux dans la lignée de Rambo et de Commando, il est devenu avec le temps un objet de fascination sincère pour ceux qui trouvent une forme de poésie involontaire dans les productions fauchées et déterminées. Ce n'est pas un bon film au sens conventionnel, et prétendre le contraire serait lui manquer de respect. Mais c'est un film qui tient ses promesses d'une manière que ses auteurs n'avaient pas prévue : il divertit, il surprend, et il laisse en mémoire des images difficiles à oublier.
Ma note74%
Vu le 26 Mars 2009


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