Conclave
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Conclave, réalisé par Edward Berger et porté par un casting cinq étoiles mené par Ralph Fiennes, est sorti l'année dernière, mais il résonne étrangement avec l'actualité récente. Avec le décès du pape François (mort subite du nourrisson ?), le film prend des airs de prophétie accidentelle. Adapté du roman de Robert Harris, ce thriller ecclésiastique plonge au cœur du Vatican à l'heure où le trône de Saint Pierre est vacant. Et si l'on peut s'étonner de voir un tel sujet attirer les foules, force est de constater que le film a trouvé son public, et même raflé quelques statuettes. Il y avait donc de quoi piquer ma curiosité.
L'histoire s'ouvre sur une crise cardiaque papale. Le Saint Père n'est plus, et le cardinal Lawrence est chargé de superviser le conclave qui devra élire son successeur. S'ensuit l'arrivée progressive des cardinaux du monde entier dans l'enceinte feutrée et coupée du monde du Vatican. Quatre candidats principaux émergent : Bellini le progressiste, Adeyemi le conservateur africain, Tremblay le canadien aux ambitions troubles, et Tedesco, l'ultra-réactionnaire. Mais un cinquième invité inattendu, le mystérieux Benitez, sème le trouble : il affirme avoir été nommé cardinal en secret par le défunt pape. De fil en aiguille, ce prétendant va peu à peu incarner une autre voie, plus radicale encore dans son humanité.
Sur le papier, c'est passionnant. Le Vatican comme théâtre d'un huis clos politico-religieux, où se mêlent intrigues, manipulations, révélations et coups bas. Et pendant une bonne moitié du film, Peter Straughan, le scénariste, maîtrise son jeu : les enjeux sont posés avec clarté, les tensions montent par paliers, et l'on se prend au jeu du suspense feutré, presque feint, comme si la liturgie même de l'élection empêchait le tumulte. Mais voilà, l'intensité se dilue par moments dans une mise en scène trop sage, trop académique, qui confond solennité et lenteur. Et quand le scénario décide d'accélérer la cadence, notamment dans son dernier tiers, c'est au prix de quelques raccourcis peu élégants. Le twist final — dont je tairai ici la nature — est audacieux sur le fond, mais exécuté de manière un peu trop artificielle pour emporter totalement l'adhésion. On sent bien l'intention, mais ça sonne un peu comme une pirouette scénaristique pour clore le récit sur une note spectaculaire. Le genre de twist qui impressionne sur le moment, mais laisse une sensation de factice après coup.
Du côté des personnages, Lawrence tient évidemment le centre. Homme droit, mais pas naïf, modéré mais pas tiède, il est le seul à incarner une ligne de crête entre idéalisme spirituel et lucidité politique. Autour de lui, les figures du conclave sont toutes finement caractérisées : Bellini le stratège, Adeyemi le dogmatique rongé par son passé, Tremblay le loup aux dents longues dissimulées sous une soutane propre, et Tedesco le fanatique de l'ordre ancien. Mais c'est bien Benitez qui fascine, par son aura silencieuse, sa trajectoire inattendue, et l'ambiguïté qui l'entoure jusqu'à la dernière minute.
Les thèmes abordés ont le mérite de dépasser le cadre purement religieux. Le film interroge le pouvoir, la vérité, la compromission, et surtout cette idée que le doute peut être un fondement plus solide que la certitude. Il questionne ce que doit être l'Église aujourd'hui : une institution figée dans ses dogmes ou une force de transformation ? Sans tomber dans le pamphlet ou le prosélytisme, le récit épouse la complexité de son sujet avec suffisamment de finesse pour ne jamais être caricatural. C'est peut-être là que réside sa réussite la plus discrète : faire de ce conclave un miroir de notre époque, entre conservatisme rampant, ouverture douloureuse et luttes d'influence permanentes.
La mise en scène d'Edward Berger est propre, presque trop. On sent l'influence de The crown dans le rythme et la lumière, cette manière de filmer les couloirs comme des arènes de pouvoir silencieuses. La reconstitution du Vatican est impressionnante, et certaines scènes — notamment la messe d'ouverture ou le vote final — ont un souffle visuel certain. Mais à force de retenue, la réalisation bride parfois l'énergie du récit. La musique de Volker Bertelmann, elle, fonctionne mieux, oscillant entre gravité liturgique et tension sous-jacente, sans jamais se faire envahissante.
Le casting est indéniablement l'un des atouts du film. Ralph Fiennes, en tête, apporte à Lawrence ce mélange de noblesse et d'usure, cette fatigue inquiète du vieux serviteur des causes morales. Il a rarement été aussi sobre, presqu'effacé, et c'est justement ce qui rend son personnage si crédible. Stanley Tucci excelle en cardinal désabusé, toujours sur le fil entre cynisme et intégrité. John Lithgow campe un Tremblay glacial, machiavélique sans excès. Quant à Carlos Diehz, dont je ne connaissais pas le travail, il parvient à faire exister Benitez avec un mélange d'humilité et d'étrangeté qui intrigue jusqu'au bout. Mention spéciale aussi à Isabella Rossellini, discrète, mais lumineuse, en sœur Agnès.
Conclave est un film intelligent, sérieux, plutôt bien ficelé, mais qui ne parvient pas à faire totalement décoller son potentiel. La tension est bien tenue, les enjeux sont solides, mais le rythme un peu inégal et la conclusion trop téléphonée empêchent le film de s'imposer durablement. On ressort avec le sentiment d'avoir vu un bon film, élégant, pertinent, mais dont l'audace reste trop contenue. Pour ceux qui aiment les récits politiques feutrés, au Nom de la rose ou House of cards, c'est une recommandation honnête. Mais pour les amateurs de frissons narratifs et de surprises puissantes, il risque de manquer de souffle.
L'histoire s'ouvre sur une crise cardiaque papale. Le Saint Père n'est plus, et le cardinal Lawrence est chargé de superviser le conclave qui devra élire son successeur. S'ensuit l'arrivée progressive des cardinaux du monde entier dans l'enceinte feutrée et coupée du monde du Vatican. Quatre candidats principaux émergent : Bellini le progressiste, Adeyemi le conservateur africain, Tremblay le canadien aux ambitions troubles, et Tedesco, l'ultra-réactionnaire. Mais un cinquième invité inattendu, le mystérieux Benitez, sème le trouble : il affirme avoir été nommé cardinal en secret par le défunt pape. De fil en aiguille, ce prétendant va peu à peu incarner une autre voie, plus radicale encore dans son humanité.
Sur le papier, c'est passionnant. Le Vatican comme théâtre d'un huis clos politico-religieux, où se mêlent intrigues, manipulations, révélations et coups bas. Et pendant une bonne moitié du film, Peter Straughan, le scénariste, maîtrise son jeu : les enjeux sont posés avec clarté, les tensions montent par paliers, et l'on se prend au jeu du suspense feutré, presque feint, comme si la liturgie même de l'élection empêchait le tumulte. Mais voilà, l'intensité se dilue par moments dans une mise en scène trop sage, trop académique, qui confond solennité et lenteur. Et quand le scénario décide d'accélérer la cadence, notamment dans son dernier tiers, c'est au prix de quelques raccourcis peu élégants. Le twist final — dont je tairai ici la nature — est audacieux sur le fond, mais exécuté de manière un peu trop artificielle pour emporter totalement l'adhésion. On sent bien l'intention, mais ça sonne un peu comme une pirouette scénaristique pour clore le récit sur une note spectaculaire. Le genre de twist qui impressionne sur le moment, mais laisse une sensation de factice après coup.
Du côté des personnages, Lawrence tient évidemment le centre. Homme droit, mais pas naïf, modéré mais pas tiède, il est le seul à incarner une ligne de crête entre idéalisme spirituel et lucidité politique. Autour de lui, les figures du conclave sont toutes finement caractérisées : Bellini le stratège, Adeyemi le dogmatique rongé par son passé, Tremblay le loup aux dents longues dissimulées sous une soutane propre, et Tedesco le fanatique de l'ordre ancien. Mais c'est bien Benitez qui fascine, par son aura silencieuse, sa trajectoire inattendue, et l'ambiguïté qui l'entoure jusqu'à la dernière minute.
Les thèmes abordés ont le mérite de dépasser le cadre purement religieux. Le film interroge le pouvoir, la vérité, la compromission, et surtout cette idée que le doute peut être un fondement plus solide que la certitude. Il questionne ce que doit être l'Église aujourd'hui : une institution figée dans ses dogmes ou une force de transformation ? Sans tomber dans le pamphlet ou le prosélytisme, le récit épouse la complexité de son sujet avec suffisamment de finesse pour ne jamais être caricatural. C'est peut-être là que réside sa réussite la plus discrète : faire de ce conclave un miroir de notre époque, entre conservatisme rampant, ouverture douloureuse et luttes d'influence permanentes.
La mise en scène d'Edward Berger est propre, presque trop. On sent l'influence de The crown dans le rythme et la lumière, cette manière de filmer les couloirs comme des arènes de pouvoir silencieuses. La reconstitution du Vatican est impressionnante, et certaines scènes — notamment la messe d'ouverture ou le vote final — ont un souffle visuel certain. Mais à force de retenue, la réalisation bride parfois l'énergie du récit. La musique de Volker Bertelmann, elle, fonctionne mieux, oscillant entre gravité liturgique et tension sous-jacente, sans jamais se faire envahissante.
Le casting est indéniablement l'un des atouts du film. Ralph Fiennes, en tête, apporte à Lawrence ce mélange de noblesse et d'usure, cette fatigue inquiète du vieux serviteur des causes morales. Il a rarement été aussi sobre, presqu'effacé, et c'est justement ce qui rend son personnage si crédible. Stanley Tucci excelle en cardinal désabusé, toujours sur le fil entre cynisme et intégrité. John Lithgow campe un Tremblay glacial, machiavélique sans excès. Quant à Carlos Diehz, dont je ne connaissais pas le travail, il parvient à faire exister Benitez avec un mélange d'humilité et d'étrangeté qui intrigue jusqu'au bout. Mention spéciale aussi à Isabella Rossellini, discrète, mais lumineuse, en sœur Agnès.
Conclave est un film intelligent, sérieux, plutôt bien ficelé, mais qui ne parvient pas à faire totalement décoller son potentiel. La tension est bien tenue, les enjeux sont solides, mais le rythme un peu inégal et la conclusion trop téléphonée empêchent le film de s'imposer durablement. On ressort avec le sentiment d'avoir vu un bon film, élégant, pertinent, mais dont l'audace reste trop contenue. Pour ceux qui aiment les récits politiques feutrés, au Nom de la rose ou House of cards, c'est une recommandation honnête. Mais pour les amateurs de frissons narratifs et de surprises puissantes, il risque de manquer de souffle.
Ma note64%
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