Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

David et madame Hansen
Alexandre Astier
2011

Précédent
Suivant
Illustration de critique : David et madame Hansen
Quand un créateur aussi singulier qu'Alexandre Astier, homme-orchestre à l'aura façonnée par son génial Kaamelott, décide de se frotter au grand écran, on est en droit d'attendre une œuvre à son image : inventive, audacieuse, singulière. Pourtant, avec son premier long-métrage, David et Madame Hansen, il nous offre un drame intimiste au parfum de mélancolie, porté par une tête d'affiche prestigieuse, Isabelle Adjani. Un projet mûri de longue date, réécrit après le désistement d'un certain Alain Delon, et pourtant, une fois projeté à l'écran, l'éclat escompté se fait curieusement discret.

David, jeune ergothérapeute récemment arrivé dans une clinique huppée de Suisse, se voit confier la charge de Madame Hansen, patiente mystérieuse et capricieuse. Ce qui devait être une sortie banale pour acheter des chaussures se transforme en périple imprévu, où les souvenirs flous et les douleurs enfouies de cette femme prennent le dessus. À travers des escapades imprévisibles et des dialogues tantôt légers, tantôt graves, le film explore cette étrange relation naissante.

Sur le papier, l'idée avait du potentiel. Aborder des thématiques comme la mémoire, le traumatisme ou le besoin de connexion humaine aurait pu donner lieu à un drame poignant. Mais le scénario s'égare dans des sentiers trop balisés. Les rebondissements se devinent à des kilomètres, et les révélations finales peinent à émouvoir, tant elles manquent de profondeur ou de nouveauté. On y décèle pourtant quelques fulgurances dans l'écriture, des dialogues finement ciselés où transparaît l'humour pince-sans-rire caractéristique d'Astier. Mais ces instants sont trop rares pour sauver l'ensemble d'une linéarité presque soporifique.

Les personnages eux-mêmes ne sont pas en reste. David, bien qu'attachant dans son rôle de soignant empathique, manque cruellement d'évolution au fil du récit. Quant à Madame Hansen, figure complexe sur le papier, elle oscille entre éclats de colère et moments de vulnérabilité, sans jamais devenir réellement tangible. L'idée d'un passé trouble et d'un lourd secret qui la hante avait pourtant de quoi intriguer, mais le traitement reste superficiel.

En toile de fond, le film semble vouloir nous parler de rédemption, de pardon, et de la nécessité de comprendre l'autre pour avancer. Mais ces messages, au lieu d'être subtilement distillés, sont assénés avec une lourdeur qui finit par étouffer leur portée. Ce qui aurait pu être un propos universel se transforme en une leçon un brin moralisatrice, perdant en authenticité ce qu'il gagne en bonne intention.

Heureusement, Astier démontre qu'il sait manier une caméra avec finesse. La photographie du film, signée Fabrice Moindrot, est soignée, baignant les paysages suisses d'une lumière douce et apaisante. La bande originale, composée par Astier lui-même, accompagne l'histoire avec élégance, rappelant par moments les harmonies délicates d'un Ghibli. Ces choix esthétiques apportent une certaine poésie visuelle, même si elle ne suffit pas à combler les lacunes narratives.

Côté performances, le constat est en demi-teinte. Astier, à l'aise dans des rôles plus excentriques, peine à incarner ce David tout en retenue. Ses habituels gimmicks, hérités de son univers comique, transparaissent encore trop, créant un décalage avec le sérieux du propos. Quant à Adjani, son jeu souvent excessif divise. Certes, elle habite son personnage avec intensité, mais cette intensité frôle parfois le surjeu, rendant ses éclats plus agaçants qu'émouvants.

En définitive, David et Madame Hansen laisse une impression mitigée. Si l'on peut saluer l'ambition d'Astier de sortir de sa zone de confort et d'explorer des thématiques difficiles, le résultat demeure un exercice convenu, à la fois trop sage et maladroitement emphatique. Les amateurs du style inimitable de son auteur y trouveront peut-être quelques pépites, mais pour les autres, il restera un souvenir aussi flou que celui de Madame Hansen elle-même. À ceux qui espèrent retrouver la verve et l'audace de Kaamelott, mieux vaut patienter encore un peu.
Ma note36%
Vu le 16 Janvier 2013


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.