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· Julien   Lepage

Dragon ball GT
Osamu Kasai
1996 – 1997

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Illustration de critique : Dragon ball GT
L'annonce avait tout d'un passage de relais historique. Après la conclusion tonitruante de Dragon Ball Z, la franchise revenait à l'écran sous la houlette d'Osamu Kasai, avec un concept présenté comme audacieux et un univers que l'on promettait renouvelé. Les premiers visuels dévoilés à l'époque avaient de quoi faire saliver : un trait plus fin, des décors cosmiques, un parfum d'aventure rappelant les débuts de la saga. Le contexte était particulier aussi, puisque cette fois, l'histoire n'était plus directement issue du manga d'Akira Toriyama, même si celui-ci restait officiellement associé au projet. Autant dire que les attentes étaient énormes.

Le point de départ, sur le papier, a quelque chose de délicieusement absurde et presque nostalgique. Dix ans ont passé, un vœu malheureux formulé par Pilaf, et voilà Son Gokū redevenu enfant, contraint de parcourir la galaxie pour récupérer des dragon balls éparpillées aux quatre coins de l'espace avant que la Terre ne disparaisse. Le voyage se fait en compagnie de Trunks et de Pan, et la série embrasse d'abord une structure très épisodique, proche du road-movie spatial, avant de bifurquer vers des arcs plus classiques : l'invasion de Baby, Super-C17, la menace des dragons maléfiques, puis l'escalade habituelle des transformations et des combats toujours plus démesurés.

C'est précisément là que le bât blesse. L'idée de revenir à une dynamique d'aventure, presque naïve, était séduisante, mais l'intrigue met un temps fou à trouver un semblant de rythme. Les premiers épisodes donnent l'impression d'une errance interminable, comme si la série hésitait entre hommage et redite. Le scénario semble avancer à l'aveugle, empilant les péripéties sans réelle tension dramatique. Quand enfin une direction plus claire se dessine, notamment avec l'arc Baby et le retour des Tsufuls, on se surprend à penser que la série aurait pu être passionnante si ces bonnes idées avaient été exploitées plus tôt et avec davantage de rigueur. À la place, tout paraît bricolé, parfois inspiré, souvent maladroit.

Le traitement des personnages n'arrange rien. Trunks, autrefois figure charismatique et tragique, devient ici d'une couardise pénible, presque caricaturale. Pan, censée incarner la relève et l'énergie juvénile, se révèle irritante à force de cris et de réactions excessives. Quant à Gokū, son retour en enfance accentue un trait déjà présent, mais ici poussé trop loin : une naïveté confondante, qui frôle parfois la bêtise. On sent la volonté de retrouver l'esprit léger des débuts de Dragon ball, mais sans la fraîcheur ni l'équilibre qui faisaient le charme de la première série. Les seconds rôles, eux, oscillent entre sous-exploitation et simple fonction utilitaire.

Sur le plan thématique, la série tente pourtant des choses intéressantes. La question de l'héritage, du poids des erreurs passées, ou encore de la responsabilité liée à l'usage abusif des dragon balls traverse l'ensemble, surtout dans l'arc final. L'idée que ces vœux, utilisés à répétition, puissent engendrer des conséquences catastrophiques est sans doute l'une des plus pertinentes de toute la saga. Malheureusement, ces thèmes sont souvent survolés, noyés dans un déluge de combats et de répétitions, là où ils auraient mérité un vrai développement.

Techniquement, le contraste est frappant. Le chara-design est indéniablement réussi, avec des choix audacieux comme le Super Saiyan 4, à l'esthétique plus animale, primitive, qui tranche avec les transformations précédentes. Les décors et certaines ambiances dégagent un vrai cachet, et la musique, notamment les génériques, reste mémorable. En revanche, l'animation souffre d'une inégalité criante, avec des épisodes parfois bâclés et des affrontements qui manquent de lisibilité ou d'impact. On sent que la production n'a pas toujours su où placer ses priorités.

Du côté des performances vocales, les comédiens font ce qu'ils peuvent avec le matériau qu'on leur donne. Les voix emblématiques restent reconnaissables et investies, mais peinent à insuffler de la profondeur à des personnages souvent écrits à la va-vite. Même les antagonistes, pourtant prometteurs sur le papier, peinent à marquer durablement, faute de dialogues ou de situations vraiment mémorables.

Au final, le sentiment dominant est celui d'un immense gâchis. Les idées ne manquent pas, certaines sont même excellentes, mais l'ensemble manque de cohérence, de souffle et de conviction. Avec un tel univers et une telle liberté créative, le résultat aurait pu être marquant. Il reste surtout frustrant, coincé entre nostalgie et occasion manquée.
Ma note39%
Vu le 16 Juin 2017


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