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· Julien   Lepage

De César à Sarkozy : petite histoire des noms du pouvoir
Jean-Louis Beaucarnot
2007

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Illustration de critique : De César à Sarkozy : petite histoire des noms du pouvoir
Il est des auteurs qu'on n'ouvre pas pour apprendre, mais pour se laisser porter. Jean-Louis Beaucarnot est de ceux-là. Surnommé « le pape de la généalogie » par L'Express dès 1999, il a passé sa carrière à démocratiser une discipline qui sentait bon la poussière de sacristie, à coups d'émissions sur Europe 1, de chroniques à France 3, et d'une trentaine d'ouvrages dont certains ont frôlé le statut de best-sellers. De César à Sarkozy s'inscrit dans cette veine grand public, entre l'essai historique et le livre de chevet pour curieux pressés, à ranger dans la même étagère que Comment vivaient nos ancêtres ?, paru l'année précédente chez le même éditeur.

Le principe est simple et franchement malin : prendre les noms des hommes et des femmes qui ont tenu les rênes du pouvoir, de Jules César à Nicolas Sarközy, et les disséquer pour révéler ce qu'ils cachent. Car chaque patronyme est une archive à lui tout seul. On apprend que Ségolène Royal ne descend pas d'un roi mais de paysans perdus aux confins des Vosges, dans un hameau répondant au nom improbable de Toutouville. Que les ancêtres de Nicolas Sarközy exerçaient le métier de « coquetiers » ; soit marchands d'œufs, ce qui donne une saveur particulière à certaines de ses envolées lyriques sur l'identité nationale. Que Valéry Giscard d'Estaing aurait très bien pu s'appeler Giscard de La Tour-Fondue si la branche familiale avait pris une autre direction, et que Louis XIV aurait théoriquement dû être Clovis XIX. On croise même Adolf Hitler, qui aurait pu garder le patronyme originel de sa famille : Schickelgruber, signifiant en allemand quelque chose comme « fossoyeur ». Le livre révèle aussi que George W. Bush était un cousin éloigné de Lady Diana, et que Dominique de Villepin partagerait des ancêtres communs avec… François Fillon. La noblesse prétendue des Galouzeau de Villepin, noble en Bourgogne, est soumise à examen… et l'auteur prend un malin plaisir à montrer que les particules sont souvent des constructions plus récentes qu'on ne l'imagine.

Tout cela est servi dans un format court (154 pages), rythmé par des encadrés thématiques sur les expressions, les traditions et les étymologies. On y apprend par exemple l'origine du « coup de Jarnac », ou pourquoi le Kaiser allemand, le Tsar russe et le Czar bulgare portent tous, sans le savoir, le nom de Jules César. Ce dernier, d'ailleurs, ne se prénommait pas Jules mais Caïus (son nom complet étant Caïus Julius Cæsar), et l'étymologie de « Cæsar » hésite encore entre une naissance par césarienne et un coup d'éclat militaire contre un éléphant carthaginois. Beaucarnot adore ce genre de carrefours où l'histoire bégaie et où les mots gardent en eux des siècles de mémoire enfouis.

Le problème, c'est que le livre a été conçu dans le sillage immédiat de la présidentielle de 2007, et ça se sent. Il fleure l'opportunisme éditorial, le bon genre, celui qui sait surfer sur une vague sans paraître cynique, mais il en garde les stigmates : certains chapitres consacrés à des figures aujourd'hui démonétisées (Arlette Laguiller, Dominique Voynet…) ont vieilli comme une bouteille mal bouchée. Ce qui faisait l'accroche en novembre 2007 ressemble aujourd'hui à un exercice de style daté. Lu en 2025, on a parfois l'impression de feuilleter un almanach.

Et puis il y a cette impression, difficile à congédier tout à fait, que Beaucarnot frôle parfois la généalogie de comptoir. Les liens de cousinage présentés entre célébrités reposent souvent sur des degrés d'éloignement si ténus qu'ils en deviennent anecdotiques au sens strict : tout le monde est cousin de tout le monde si l'on remonte suffisamment loin. L'auteur le sait, et il joue avec ça, mais le lecteur un peu exigeant reste sur sa faim d'une rigueur qu'on ne lui propose pas vraiment.

Ce serait injuste, pourtant, de ne pas saluer le vrai talent de Beaucarnot : celui de rendre vivant ce qui est ordinairement aride. Il possède ce don rare de faire sentir que la langue et les noms sont des fossiles vivants, que chaque syllabe porte en elle une histoire sociale, une migration, un métier oublié. Pour les amateurs du genre, on pourra prolonger la lecture avec Laissez parler les noms ! du même auteur, ou se tourner vers des approches plus littéraires du même sujet, comme Le nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard, infiniment plus dense, mais d'une tout autre ambition.

Au fond, De César à Sarkozy fonctionne exactement comme l'objet qu'il est : un livre de curiosités cultivées, agréable à offrir, plaisant à lire en diagonale un dimanche matin, et dont on retient quelques pépites à ressortir en société. Ni plus, ni moins ; ce qui, selon les attentes qu'on y apporte, peut être une belle surprise ou une légère déception.
Ma note68%
Lu le 27 Mai 2025


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