American dreamz
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Difficile de résister à un film dont l'affiche annonce en lettres capitales : « Imaginez un pays où le président ne lit jamais les journaux, où le gouvernement part en guerre pour de mauvaises raisons, et où plus de gens votent pour une star de la téléréalité que pour leur prochain président ». Paul Weitz avait tout pour réussir. Un casting de luxe, une prémisse en or, une cible en carton (l'Amérique de George W. Bush en plein deuxième mandat), et un angle d'attaque qui n'attendait que ça : faire se percuter la machine à rêves d'American idol avec les coulisses fumantes de la Maison-Blanche. American dreamz sort en avril 2006, pile à l'heure où la popularité du président texan touche ses abysses historiques. Le timing ne pouvait pas être meilleur. Hélas, le film, lui, est arrivé légèrement à côté.
Le pitch se tient pourtant debout tout seul. Martin Tweed, animateur star du télé-crochet phénomène American dreamz, cherche à dynamiser sa saison avec des candidats hors normes. D'un côté, Sally Kendoo, petite Américaine ambitieuse prête à tout pour ses quinze minutes de gloire, quitte à recycler son ex pour s'en faire un faire-valoir médiatique. De l'autre, Omer Obeidi, immigré irakien élevé dans une cellule djihadiste du fin fond de l'Orange County, mais dont le vrai talent, c'est de reprendre des comédies musicales de Broadway avec une sincérité désarmante. Et au bout du couloir : le président Staton, interné volontaire dans ses appartements depuis sa réélection, qui relit les journaux pour la première fois de sa vie et traverse une crise existentielle carabinée. Son directeur de cabinet — maquillé jusqu'aux lunettes pour ressembler à Dick Cheney — le propulse comme juge invité de la finale, histoire de redorer le blason présidentiel. La convergence de tous ces fils vers un même plateau de télévision promet l'explosion. Littéralement.
Le problème, c'est que Weitz veut tout faire en même temps. Satiriser American idol, vanner l'administration Bush, moquer les médias, ridiculiser le terrorisme, interroger le rêve américain… et accessoirement raconter une histoire d'amour. À vouloir tirer dans toutes les directions, il tire finalement à blanc. La satire politique est trop gentille pour être efficace, la satire des médias trop convenue pour surprendre, et la veine terroriste trop feutrée pour avoir le mordant qu'elle aurait dû avoir. On pense à Docteur Folamour de Kubrick, ou à Network de Lumet, des films qui avaient le courage d'aller jusqu'au bout de leur nihilisme. Ici, on flirte avec le gouffre, puis on recule sagement vers la sortie des artistes. Variety, à l'époque, l'avait bien résumé : le film souffre d'une « caricaturalité insistante » qui dépouille ses cibles de toute vraie morsure.
Les personnages illustrent bien ce demi-effort. Sally Kendoo est une manipulatrice froide et calculatrice, mais son cynisme est si téléphonique qu'on n'arrive pas à s'y intéresser vraiment. Son petit ami William, GI revenu d'Irak la jambe en miettes, tourne en rond dans un sous-récit qui ne mène nulle part. Le président Staton est le personnage qui bénéficie du meilleur arc narratif : un homme qui découvre soudain qu'il a gouverné en dormant… mais il reste trop caricatural pour atteindre la profondeur que le sujet méritait. Seul Omer tire son épingle du jeu, personnage paradoxal et touchant, terroriste malgré lui dont les numéros musicaux constituent les véritables moments de grâce du film.
Car c'est là que Weitz aborde quelque chose d'intéressant, même s'il ne l'exploite pas pleinement. American dreamz pose une vraie question : qu'est-ce que la télé-réalité fait à un pays qui se croit encore une démocratie ? Que se passe-t-il quand le spectacle devient plus réel que la réalité, quand on vote pour une star avec plus d'enthousiasme qu'on ne vote pour un président ? Le film suggère que la téléréalité, le terrorisme et la politique partagent la même grammaire — le spectacle, la manipulation, la mise en scène de soi — mais il n'enfonce jamais le clou assez fort. La métaphore reste en surface, comme une couche de vernis sur un meuble bon marché.
Du côté de la mise en scène, c'est du travail soigné sans être mémorable. Robert Elswit, qui allait signer quelques mois plus tard la photo somptueuse de There will be blood, assure une image propre et professionnelle, sans chercher à imprimer un style particulier. La bande originale de Stephen Trask (qu'on avait déjà sur Hedwig and the Angry Inch) accompagne le tout sans se faire remarquer. Le film tourne à une bonne vitesse, ne s'embourbe pas, mais n'électrise jamais non plus. Weitz était passé par American pie avec son frère Chris, puis par le très estimable Pour un garçon avec Grant, et avait confirmé avec En bonne compagnie un vrai talent pour les comédies à tiroirs. Ici, il s'essaie à quelque chose de plus ample, et on sent que le budget — modeste pour un cast de cette taille — a imposé ses limites. Le plateau de l'émission de télé en particulier, censé représenter la plus grande émission du pays, fait parfois penser à une production de fin d'études.
Hugh Grant, en VF doublé par Thibault de Montalembert, est incontestablement le meilleur du lot. Il joue Martin Tweed comme il jouait Daniel Cleaver /i>Le journal de Bridget Jones, mais en beaucoup plus noir : un type dont le charme de façade cache une absence totale de moralité. Il s'amuse visiblement à contre-emploi, et c'est ce plaisir du jeu qui irradie à l'écran. Dennis Quaid s'en sort moins bien, non par manque de talent, mais parce que son personnage oscille entre parodie de Bush et vraie caractérisation psychologique sans jamais choisir son camp. Willem Dafoe est en pilotage automatique dans son rôle de Cheney-bis, efficace, mais sous-utilisé, un comble pour un acteur de cette envergure. Mandy Moore surprend dans sa composition de garce méthodique, et Sam Golzari, parfait inconnu à l'époque, vole la mise à chacune de ses scènes : c'est lui qui porte l'humanité du film sur ses épaules, presqu'à lui seul. Jennifer Coolidge et Marcia Gay Harden s'en tirent honnêtement dans des rôles de soutien trop étroits pour leur permettre de briller vraiment. Au fond, American dreamz est un film qui aurait pu être la comédie satirique de l'année 2006, et qui se contente d'en être un honnête représentant : ni raté, ni mémorable. Il y a de l'ambition ici, une vraie envie de mordre, et suffisamment de scènes qui fonctionnent pour que le visionnage ne soit pas une épreuve. Mais la satire reste en deçà d'un Des hommes d'influence ou d'un Bob Roberts, deux films qui avaient su aller jusqu'à l'os. Weitz, lui, s'arrête à mi-chemin : pas assez drôle pour être une franche comédie, pas assez mordant pour être une vraie satire politique. Un entre-deux poli, presque sage, qui donne l'impression d'avoir regardé un feu d'artifice raté : des éclairs ponctuels, une jolie fumée, mais pas le grand boum promis.
Le pitch se tient pourtant debout tout seul. Martin Tweed, animateur star du télé-crochet phénomène American dreamz, cherche à dynamiser sa saison avec des candidats hors normes. D'un côté, Sally Kendoo, petite Américaine ambitieuse prête à tout pour ses quinze minutes de gloire, quitte à recycler son ex pour s'en faire un faire-valoir médiatique. De l'autre, Omer Obeidi, immigré irakien élevé dans une cellule djihadiste du fin fond de l'Orange County, mais dont le vrai talent, c'est de reprendre des comédies musicales de Broadway avec une sincérité désarmante. Et au bout du couloir : le président Staton, interné volontaire dans ses appartements depuis sa réélection, qui relit les journaux pour la première fois de sa vie et traverse une crise existentielle carabinée. Son directeur de cabinet — maquillé jusqu'aux lunettes pour ressembler à Dick Cheney — le propulse comme juge invité de la finale, histoire de redorer le blason présidentiel. La convergence de tous ces fils vers un même plateau de télévision promet l'explosion. Littéralement.
Le problème, c'est que Weitz veut tout faire en même temps. Satiriser American idol, vanner l'administration Bush, moquer les médias, ridiculiser le terrorisme, interroger le rêve américain… et accessoirement raconter une histoire d'amour. À vouloir tirer dans toutes les directions, il tire finalement à blanc. La satire politique est trop gentille pour être efficace, la satire des médias trop convenue pour surprendre, et la veine terroriste trop feutrée pour avoir le mordant qu'elle aurait dû avoir. On pense à Docteur Folamour de Kubrick, ou à Network de Lumet, des films qui avaient le courage d'aller jusqu'au bout de leur nihilisme. Ici, on flirte avec le gouffre, puis on recule sagement vers la sortie des artistes. Variety, à l'époque, l'avait bien résumé : le film souffre d'une « caricaturalité insistante » qui dépouille ses cibles de toute vraie morsure.
Les personnages illustrent bien ce demi-effort. Sally Kendoo est une manipulatrice froide et calculatrice, mais son cynisme est si téléphonique qu'on n'arrive pas à s'y intéresser vraiment. Son petit ami William, GI revenu d'Irak la jambe en miettes, tourne en rond dans un sous-récit qui ne mène nulle part. Le président Staton est le personnage qui bénéficie du meilleur arc narratif : un homme qui découvre soudain qu'il a gouverné en dormant… mais il reste trop caricatural pour atteindre la profondeur que le sujet méritait. Seul Omer tire son épingle du jeu, personnage paradoxal et touchant, terroriste malgré lui dont les numéros musicaux constituent les véritables moments de grâce du film.
Car c'est là que Weitz aborde quelque chose d'intéressant, même s'il ne l'exploite pas pleinement. American dreamz pose une vraie question : qu'est-ce que la télé-réalité fait à un pays qui se croit encore une démocratie ? Que se passe-t-il quand le spectacle devient plus réel que la réalité, quand on vote pour une star avec plus d'enthousiasme qu'on ne vote pour un président ? Le film suggère que la téléréalité, le terrorisme et la politique partagent la même grammaire — le spectacle, la manipulation, la mise en scène de soi — mais il n'enfonce jamais le clou assez fort. La métaphore reste en surface, comme une couche de vernis sur un meuble bon marché.
Du côté de la mise en scène, c'est du travail soigné sans être mémorable. Robert Elswit, qui allait signer quelques mois plus tard la photo somptueuse de There will be blood, assure une image propre et professionnelle, sans chercher à imprimer un style particulier. La bande originale de Stephen Trask (qu'on avait déjà sur Hedwig and the Angry Inch) accompagne le tout sans se faire remarquer. Le film tourne à une bonne vitesse, ne s'embourbe pas, mais n'électrise jamais non plus. Weitz était passé par American pie avec son frère Chris, puis par le très estimable Pour un garçon avec Grant, et avait confirmé avec En bonne compagnie un vrai talent pour les comédies à tiroirs. Ici, il s'essaie à quelque chose de plus ample, et on sent que le budget — modeste pour un cast de cette taille — a imposé ses limites. Le plateau de l'émission de télé en particulier, censé représenter la plus grande émission du pays, fait parfois penser à une production de fin d'études.
Hugh Grant, en VF doublé par Thibault de Montalembert, est incontestablement le meilleur du lot. Il joue Martin Tweed comme il jouait Daniel Cleaver /i>Le journal de Bridget Jones, mais en beaucoup plus noir : un type dont le charme de façade cache une absence totale de moralité. Il s'amuse visiblement à contre-emploi, et c'est ce plaisir du jeu qui irradie à l'écran. Dennis Quaid s'en sort moins bien, non par manque de talent, mais parce que son personnage oscille entre parodie de Bush et vraie caractérisation psychologique sans jamais choisir son camp. Willem Dafoe est en pilotage automatique dans son rôle de Cheney-bis, efficace, mais sous-utilisé, un comble pour un acteur de cette envergure. Mandy Moore surprend dans sa composition de garce méthodique, et Sam Golzari, parfait inconnu à l'époque, vole la mise à chacune de ses scènes : c'est lui qui porte l'humanité du film sur ses épaules, presqu'à lui seul. Jennifer Coolidge et Marcia Gay Harden s'en tirent honnêtement dans des rôles de soutien trop étroits pour leur permettre de briller vraiment. Au fond, American dreamz est un film qui aurait pu être la comédie satirique de l'année 2006, et qui se contente d'en être un honnête représentant : ni raté, ni mémorable. Il y a de l'ambition ici, une vraie envie de mordre, et suffisamment de scènes qui fonctionnent pour que le visionnage ne soit pas une épreuve. Mais la satire reste en deçà d'un Des hommes d'influence ou d'un Bob Roberts, deux films qui avaient su aller jusqu'à l'os. Weitz, lui, s'arrête à mi-chemin : pas assez drôle pour être une franche comédie, pas assez mordant pour être une vraie satire politique. Un entre-deux poli, presque sage, qui donne l'impression d'avoir regardé un feu d'artifice raté : des éclairs ponctuels, une jolie fumée, mais pas le grand boum promis.
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