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· Julien   Lepage

Danse serpentine par Mme Bob Walter
Alice Guy
1897

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Illustration de critique : Danse serpentine par Mme Bob Walter
Il y a quelque chose d'attendrissant dans cette poignée de secondes où le cinéma, encore adolescent, regarde la danse et se dit que ça fera bien l'affaire. Le dispositif est rudimentaire, assumé comme tel : une femme, des voiles, un fond neutre, et le mouvement comme unique promesse. Rien de plus. Rien de moins non plus. On est loin de la fascination hypnotique que pouvait provoquer la vraie Loïe Fuller sur scène ; ici, l'effet tient davantage du compte rendu que de l'expérience.

La filiation est claire, presque trop. Cette Danse serpentine s'inscrit dans une lignée de films qui capturent le geste avant de penser la mise en scène. Le cinéma regarde encore le théâtre avec des yeux un peu naïfs. On filme parce que ça bouge, pas parce que ça raconte. On pense à certaines bandes Lumière, à cette pulsion documentaire qui consiste à dire : « regardez, ça existe ». Sauf qu'en 1897, c'est déjà un peu court. Et vu depuis 2015, ça ressemble surtout à une variation de plus sur un numéro déjà décliné à l'excès.

La danseuse, présentée comme une admiratrice de Loïe Fuller, fait ce qu'elle peut avec ce qu'on lui donne. Les voiles tournent, s'ouvrent, se replient. Le mouvement est là, mais il ne surprend jamais vraiment. On attend une métamorphose, un surgissement, une image qui resterait imprimée. Rien ne vient. La caméra reste immobile, sage comme une image d'Épinal. À force de ne rien risquer, le film finit par ressembler à une démonstration scolaire de ce que le cinéma peut enregistrer, pas encore inventer.

Le paradoxe, c'est que l'ombre d'Alice Guy plane sur l'ensemble. On sait ce qu'elle saura faire plus tard : raconter, mettre en scène, jouer avec la fiction. Ici, on la sent encore coincée dans un rôle de technicienne du regard, pas tout à fait auteure, pas encore conteuse. Comparé à ses films narratifs ultérieurs, ce petit exercice chorégraphique fait figure de brouillon, d'essai sans lendemain immédiat.

Il y a bien sûr un intérêt historique indéniable. Voir le corps féminin devenir matière cinématographique, tissu mouvant avant d'être personnage, a quelque chose de troublant. Mais l'intérêt reste intellectuel, presque muséal. Le plaisir, lui, est limité. À l'heure où le cinéma expérimental a digéré ce type de performance depuis longtemps, difficile de ne pas ressentir une légère lassitude devant ce plan unique qui se contente de documenter sans transcender.

Au fond, ce film ressemble à un pas de côté dans l'histoire du médium : ni raté, ni marquant. Une curiosité qu'on regarde avec sympathie, sans jamais y revenir. Une pièce de collection plus qu'une œuvre vivante. Le genre de fragment qu'on respecte, qu'on replace dans son contexte, puis qu'on laisse tranquillement à sa vitrine, pendant que le cinéma, le vrai, continue d'avancer ailleurs.
Ma note39%
Vu le 4 Juillet 2015


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