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· Julien   Lepage

Il était une fois… Franck Dubosc
Franck Dubosc
2008

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Illustration de critique : Il était une fois… Franck Dubosc
Trois spectacles en dix ans, une carrière cinématographique lancée à coups de tongs et de camping-cars, et voilà Franck Dubosc qui débarque à la Bourse du travail de Lyon pour nous raconter… sa vie. Tout entière. De la conception dans le ventre de Janine jusqu'à ses vieux jours fantasmés à 84 ans, en passant par l'adolescence en Normandie, les cours de théâtre foireux et l'invention de ce personnage de dragueur ringard qui a fini par le rendre célèbre. Après J'vous ai pas raconté ? et Romantique, c'est le troisième volet d'une œuvre scénique que l'on pourrait qualifier d'autobiographie en kit, chaque spectacle ajoutant une strate à l'édifice Dubosc. Sauf qu'ici, l'humoriste pose les fondations : on remonte aux origines, au petit Normand qui ne touchait pas les ASSEDIC et rêvait d'Hollywood depuis Le Petit-Quevilly. Le projet est ambitieux, presque touchant sur le papier. Sur scène, c'est plus contrasté.

Ce qui frappe d'abord, c'est l'entrée. Lumières, cotillons, musique épique : on se croirait à la première de Disco, le film sorti la même année, sauf que cette fois c'est volontairement kitsch. Dubosc apparaît en noir, seul sur un plateau immense, et lâche son premier mot : « humilité ». On sourit. L'autodérision est là, immédiate, calibrée. Il faut lui reconnaître ça : le bonhomme sait capter une salle en trente secondes. La suite déroule un parcours chronologique : l'enfance, l'ado chevelu qui baptise son sexe Jean-Claude (oui), la première fois avec une Anglaise, les vacances à Mykonos, la galère parisienne, le chômage, et enfin le succès. La structure est claire, presque trop : on avance d'étape en étape comme dans un diaporama de famille commenté par un oncle très, très bavard.

Dubosc est un performeur redoutable : deux heures sans faiblir, des séquences dansées qui rappellent qu'il a un vrai corps de scène, des interactions avec le public menées avec une aisance de vieux routier. Quand il incarne ses personnages, quand il se lance dans une épopée disco ou mime le cow-boy solitaire, il y a un talent physique indéniable, une énergie qui justifie les 4 000 places du Palais des Sports à guichets fermés. Mais dès qu'il revient au stand-up pur, au récit linéaire de sa vie, quelque chose se délite. Les vannes sont propres, bien écrites, efficacement livrées ; et pourtant on devine la mécanique. On voit les rouages. Le passage sur l'adolescence est drôle sans surprendre. Le segment sur le chômage tourne un peu en rond. Et cette tendance qu'il a à ponctuer chaque séquence d'un moment d'émotion appuyée (la vieillesse, la solitude, le remerciement au public) finit par sentir le calcul là où elle voudrait sentir la sincérité. C'est le paradoxe de Dubosc : un type manifestement sensible qui surjoue sa propre sensibilité jusqu'à la rendre suspecte.

À la Bourse du travail, la salle était acquise d'avance. On rit, on applaudit, on participe volontiers quand il embarque des spectateurs pour sa leçon de danse disco. Le public lyonnais mange dans sa main comme partout ailleurs. Mais dans ce registre autobiographique, on ne peut s'empêcher de penser à ce que d'autres font du même exercice avec davantage de profondeur. Gad Elmaleh dans Papa est en haut, par exemple, parvient à tirer du récit de soi quelque chose de plus universel, de moins démonstratif. Palmade creuse le malaise avec une franchise que Dubosc s'interdit. Ici, tout reste en surface… joliment en surface, certes, avec des lumières soignées et une mise en scène qu'il a lui-même supervisée de bout en bout, mais en surface quand même.

La grande révélation du spectacle, c'est l'aveu que le personnage du séducteur lourdingue était un masque, l'exact inverse de ce qu'il était vraiment. C'est sans doute le moment le plus intéressant de la soirée, celui où l'on entrevoit un Dubosc plus complexe que le Patrick Chirac de Camping. Mais l'intuition reste fugace. Aussitôt effleurée, la nuance est noyée sous une nouvelle salve de gags et un final festif où l'humoriste se proclame « le Julio Iglesias de l'humour ». On sort de là avec le sourire, un bon souvenir de soirée, et le sentiment diffus d'être passé à côté de quelque chose de plus fort. Comme un conte de fées qui aurait oublié sa morale.
Ma note62%
Vu le 6 Février 2009


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