Histoires enchantées
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Disney et Adam Sandler : voilà une association qui, sur le papier, donne envie de vérifier deux fois le titre avant d'acheter sa place. Le premier est roi du divertissement familial calibré au millimètre, le second est le spécialiste de la comédie potache pour adultes consentants. Histoires enchantées, sorti le jour de Noël 2008, représente officiellement la première incursion de Sandler dans le film tout public, sous la houlette d'Adam Shankman, déjà responsable de Treize à la douzaine 2, ce qui n'augure pas forcément du meilleur. Au casting, Keri Russell, Guy Pearce, Courteney Cox et un Russell Brand en roue libre tentent d'exister dans l'ombre de la star principale.
Sandler incarne Skeeter Bronson, homme à tout faire dans un grand hôtel de Los Angeles dont son père avait jadis rêvé d'être le propriétaire. Coincé dans un destin médiocre sous la coupe d'un patron vaniteux (Richard Griffiths) et d'un rival arrogant (Guy Pearce), Skeeter se retrouve à garder ses neveux et nièce le temps d'une semaine. Chaque soir, il leur raconte des histoires — médiévales, western, spatiales, grecques — et réalise que les détails ajoutés par les enfants se concrétisent comme par magie dans sa vie réelle. C'est la prémisse, et il faut admettre qu'elle est plutôt bonne.
Le problème, c'est qu'une bonne prémisse ne suffit pas. Le scénario, signé Matt Lopez et Tim Herlihy, se contente d'effleurer ce que l'idée aurait pu offrir. Les quatre univers narratifs (chevalerie, Far West, antiquité grecque, science-fiction) auraient pu être autant de terrains de jeu inventifs, des fenêtres ouvertes sur une imagination débridée. En pratique, ce sont surtout des prétextes à quelques gags visuels sans grande ambition, recyclant les codes de chaque genre sans jamais les détourner avec malice. La mécanique du « les enfants modifient les histoires et ça arrive dans la vraie vie » s'épuise rapidement : dès le deuxième ou troisième cycle, on a compris le principe, et le film n'a pas grand-chose de plus à dire. Il y a bien une pluie de bonbons Haribo qui fait sourire, mais c'est à peu près là que s'arrête la magie réelle.
Le personnage de Skeeter suit une trajectoire de Cendrillon au masculin : Shankman lui-même le qualifiait de « Cinderfella » lors de la promotion du film ; ce qui n'est pas sans charme, mais qui enferme le récit dans une prévisibilité absolue. On sait exactement où l'on va, avec qui, et à quelle vitesse. Les seconds rôles souffrent d'un manque de substance chronique : Courteney Cox promène sa bienveillance sans qu'on lui demande vraiment d'exister, et Keri Russell, qui avait pourtant commencé sa carrière au Mickey Mouse Club de Disney entre 1991 et 1994, boucle donc un retour dans la maison, mais est cantonnée à l'archétype de la girl-next-door sage et prévisible. Teresa Palmer, dans le rôle de la grande-bourgeoise écervelée façon Paris Hilton, s'en sort presque mieux parce qu'elle bénéficie au moins d'une définition nette.
Le film a des choses à dire sur l'importance de l'imagination et du rêve face à la médiocrité du quotidien : idée noble, thème universel. Mais il le dit avec la subtilité d'un marteau-piqueur. Chaque message est souligné, encadré, livré avec un arc en ciel en fond et une musique qui vous explique ce que vous devez ressentir. La tentative de parler à la fois aux enfants et à leurs parents se solde par un résultat qui, paradoxalement, ne satisfait pleinement ni les uns ni les autres : les adultes trouveront le tout trop balisé, les enfants risquent de s'ennuyer entre deux séquences fantasques.
Côté réalisation, Shankman assure le service minimum. La photographie de Michael Barrett est propre et colorée, les décors sont soignés : le palais de Nottingham a été tourné à Thousand Oaks en Californie. Mais rien ne déborde vraiment du cadre. Les effets spéciaux, en dessous des standards de l'époque, ont une maladresse presque touchante par moments. La bande-son de Rupert Gregson-Williams fait son travail sans laisser de trace, et le film se referme sur Don't stop believin' de Journey au générique, choix aussi prévisible que le reste.
Sur scène, Sandler est dans sa version édulcorée : pas de Bob Barker à esquinter, pas de blagues grasses à décoder. Il est plutôt attachant dans ce registre contenu, plus honnête que dans ses habituelles pitreries. Le problème, c'est que cette version assagie prive le film de la seule énergie qui aurait pu le sauver. Guy Pearce, lui, est dans la caricature pure, sans nuance ni filet. Russell Brand hurle dans le vide à intervalles réguliers, moins drôle ici que dans En cloque, mode d'emploi sorti la même année (il fallait le faire !). Quant au cochon d'Inde aux yeux globuleux en images de synthèse, mascotte obligatoire du film, il réussit à être à la fois infantile et légèrement anxiogène : une performance à sa façon.
Histoires enchantées n'est pas un désastre. C'est un film honnête, propre, bien intentionné, qui n'ennuie pas franchement sur la durée de ses quatre-vingt-quinze minutes. Il a même rapporté plus de deux cent millions de dollars dans le monde, preuve que le public de Noël sait se montrer indulgent. Mais entre le film qu'il aurait pu être et celui qu'il est, l'écart est frustrant. On pense à ce que Joe Johnston avait réussi avec Jumanji ou à la légèreté inventive de Big : des films familiaux qui savaient parler aux grandes personnes sans oublier les petites. Ici, l'imagination est convoquée comme concept, mais rarement à l'œuvre. C'est finalement ça, le paradoxe d'Shankman : un film sur le pouvoir des histoires, raconté sans vraiment y croire.
Sandler incarne Skeeter Bronson, homme à tout faire dans un grand hôtel de Los Angeles dont son père avait jadis rêvé d'être le propriétaire. Coincé dans un destin médiocre sous la coupe d'un patron vaniteux (Richard Griffiths) et d'un rival arrogant (Guy Pearce), Skeeter se retrouve à garder ses neveux et nièce le temps d'une semaine. Chaque soir, il leur raconte des histoires — médiévales, western, spatiales, grecques — et réalise que les détails ajoutés par les enfants se concrétisent comme par magie dans sa vie réelle. C'est la prémisse, et il faut admettre qu'elle est plutôt bonne.
Le problème, c'est qu'une bonne prémisse ne suffit pas. Le scénario, signé Matt Lopez et Tim Herlihy, se contente d'effleurer ce que l'idée aurait pu offrir. Les quatre univers narratifs (chevalerie, Far West, antiquité grecque, science-fiction) auraient pu être autant de terrains de jeu inventifs, des fenêtres ouvertes sur une imagination débridée. En pratique, ce sont surtout des prétextes à quelques gags visuels sans grande ambition, recyclant les codes de chaque genre sans jamais les détourner avec malice. La mécanique du « les enfants modifient les histoires et ça arrive dans la vraie vie » s'épuise rapidement : dès le deuxième ou troisième cycle, on a compris le principe, et le film n'a pas grand-chose de plus à dire. Il y a bien une pluie de bonbons Haribo qui fait sourire, mais c'est à peu près là que s'arrête la magie réelle.
Le personnage de Skeeter suit une trajectoire de Cendrillon au masculin : Shankman lui-même le qualifiait de « Cinderfella » lors de la promotion du film ; ce qui n'est pas sans charme, mais qui enferme le récit dans une prévisibilité absolue. On sait exactement où l'on va, avec qui, et à quelle vitesse. Les seconds rôles souffrent d'un manque de substance chronique : Courteney Cox promène sa bienveillance sans qu'on lui demande vraiment d'exister, et Keri Russell, qui avait pourtant commencé sa carrière au Mickey Mouse Club de Disney entre 1991 et 1994, boucle donc un retour dans la maison, mais est cantonnée à l'archétype de la girl-next-door sage et prévisible. Teresa Palmer, dans le rôle de la grande-bourgeoise écervelée façon Paris Hilton, s'en sort presque mieux parce qu'elle bénéficie au moins d'une définition nette.
Le film a des choses à dire sur l'importance de l'imagination et du rêve face à la médiocrité du quotidien : idée noble, thème universel. Mais il le dit avec la subtilité d'un marteau-piqueur. Chaque message est souligné, encadré, livré avec un arc en ciel en fond et une musique qui vous explique ce que vous devez ressentir. La tentative de parler à la fois aux enfants et à leurs parents se solde par un résultat qui, paradoxalement, ne satisfait pleinement ni les uns ni les autres : les adultes trouveront le tout trop balisé, les enfants risquent de s'ennuyer entre deux séquences fantasques.
Côté réalisation, Shankman assure le service minimum. La photographie de Michael Barrett est propre et colorée, les décors sont soignés : le palais de Nottingham a été tourné à Thousand Oaks en Californie. Mais rien ne déborde vraiment du cadre. Les effets spéciaux, en dessous des standards de l'époque, ont une maladresse presque touchante par moments. La bande-son de Rupert Gregson-Williams fait son travail sans laisser de trace, et le film se referme sur Don't stop believin' de Journey au générique, choix aussi prévisible que le reste.
Sur scène, Sandler est dans sa version édulcorée : pas de Bob Barker à esquinter, pas de blagues grasses à décoder. Il est plutôt attachant dans ce registre contenu, plus honnête que dans ses habituelles pitreries. Le problème, c'est que cette version assagie prive le film de la seule énergie qui aurait pu le sauver. Guy Pearce, lui, est dans la caricature pure, sans nuance ni filet. Russell Brand hurle dans le vide à intervalles réguliers, moins drôle ici que dans En cloque, mode d'emploi sorti la même année (il fallait le faire !). Quant au cochon d'Inde aux yeux globuleux en images de synthèse, mascotte obligatoire du film, il réussit à être à la fois infantile et légèrement anxiogène : une performance à sa façon.
Histoires enchantées n'est pas un désastre. C'est un film honnête, propre, bien intentionné, qui n'ennuie pas franchement sur la durée de ses quatre-vingt-quinze minutes. Il a même rapporté plus de deux cent millions de dollars dans le monde, preuve que le public de Noël sait se montrer indulgent. Mais entre le film qu'il aurait pu être et celui qu'il est, l'écart est frustrant. On pense à ce que Joe Johnston avait réussi avec Jumanji ou à la légèreté inventive de Big : des films familiaux qui savaient parler aux grandes personnes sans oublier les petites. Ici, l'imagination est convoquée comme concept, mais rarement à l'œuvre. C'est finalement ça, le paradoxe d'Shankman : un film sur le pouvoir des histoires, raconté sans vraiment y croire.
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