Julien   Lepage

J.  Lepage
Erreur de la banque en votre faveur
Michel Munz et Gérard Bitton
2009

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Erreur de la banque en votre faveurAvec Erreur de la banque en votre faveur, Michel Munz et Gérard Bitton poursuivent leur exploration douce-amère de la société française, après avoir tâté de l'argent facile dans Ah ! si j'étais riche ou des logiques communautaires dans La vérité si je mens !. Cette fois, ils s'attaquent au monde des banques d'affaires, sur fond de délits d'initiés, de petits arrangements entre amis et de rêveries modestes à la sauce bistrotière. L'affiche, elle, promet du solide : Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin et Barbara Schulz. De quoi susciter l'intérêt, surtout quand on garde un souvenir tendre des seconds rôles français qui savent sublimer un film sans prétention.

Le scénario se construit autour de Julien Foucault, maître d'hôtel dans une grande banque parisienne. Après dix-sept ans de bons et loyaux services, il apprend qu'il va être remercié, et essuie dans la foulée un refus sec lorsqu'il tente de solliciter un prêt pour ouvrir un restaurant avec son ami Étienne. Mais Julien a l'oreille fine et capte au détour d'un couloir des infos sensibles sur des investissements à venir. Commence alors une petite mécanique bien huilée de spéculation improvisée, menée par ce tandem de copains un peu gauches, très complices. Le hic, c'est que tout cela n'échappe pas aux yeux acérés de ses anciens employeurs, qui décident de le piéger à leur manière...

L'intrigue tient sur un fil, mais ne manque pas de charme. L'idée de plonger un domestique discret au cœur de la haute finance, à la faveur d'une situation sociale absurde, avait du potentiel. Et on sent que les réalisateurs y ont cru. Malheureusement, l'exécution reste inégale. Le scénario s'égare parfois, s'alourdit d'à-côtés sentimentaux peu inspirés, et n'exploite jamais pleinement la tension ou la satire qu'il aurait pu provoquer. İl y a pourtant matière, surtout en 2009, à dresser un tableau acide de l'économie mondialisée et des jeux de pouvoir. Mais ici, on préfère la douceur d'un conte moral à l'ironie mordante. Une prudence qui frustre un peu.

Les personnages, eux, sont dessinés avec une épaisseur toute relative. Julien semble tout droit sorti d'un roman social des années 50 : loyal, un peu coincé, maladroit dans sa reconversion. Étienne, plus fantasque, plus revendicatif, fait contrepoint, mais leur amitié se voit affectée dès que les billets s'empilent. On sent bien que les auteurs voulaient montrer une tension sociale discrète entre ceux qui servent et ceux qui possèdent, entre les rêveurs et les pragmatiques. Mais les figures restent trop schématiques pour aller au bout de ce propos. Les banquiers sont tous des prédateurs, les voisins sont tous gentils, les patrons sont tous cyniques. Une galerie trop binaire, où même les ruptures attendues ne provoquent ni surprise, ni réel trouble.

Le film parle d'argent, bien sûr, mais sans jamais en faire un enjeu profond. İl le traite comme un ressort comique, ou comme un objet de désir qui révèle les failles de chacun. On est loin de L'argent de Robert Bresson, ou même de la verve satirique du Couperet de Costa-Gavras. Le ton reste bon enfant, presque nostalgique, comme si le film voulait nous rassurer en montrant que la corruption, même chez les petites gens, peut être une affaire de solidarité. On devine un certain regard sur l'époque, sur les désillusions d'un Paris embourgeoisé, sur la gauche de salon qui a perdu ses idéaux en même temps que ses repères.

La mise en scène, quant à elle, se fait discrète. Les réalisateurs alternent leurs journées de tournage, ce qui donne un film homogène, mais sans aspérités. L'image est soignée, les décors bien choisis, et la reconstitution du monde bancaire, bien qu'artificielle, n'est pas déplaisante. On sent une certaine documentation en amont. İl y a même une ou deux séquences assez réussies — je pense à cette opération chirurgicale complètement burlesque qui surgit comme une bulle des Monty Python dans un univers trop sage. Mais le reste manque de folie ou d'inventivité.

Les acteurs, fort heureusement, tiennent la baraque. Gérard Lanvin est étonnamment nuancé dans un rôle qui aurait pu vite devenir mécanique. İl apporte un flegme, une sorte de dignité têtue à ce maître d'hôtel en pleine reconversion morale. Jean-Pierre Darroussin retrouve une veine plus comique qu'à l'accoutumée, et si son personnage d'ado attardé n'est pas toujours crédible, il reste attachant. Barbara Schulz est à la fois lumineuse et juste, même si son rôle reste secondaire. Et tout ce petit monde de seconds couteaux — Philippe Magnan, Scali Delpeyrat, Valérie Kéruzoré — joue juste, s'amuse, et contribue à cette impression de film-cour de récré où tout le monde est venu passer un bon moment.

On ressort d'Erreur de la banque en votre faveur sans colère, mais sans exaltation non plus. Le film ne ment pas sur ses ambitions : une fable contemporaine, légère, un peu désuète, avec des moments de sourire, quelques fulgurances, et beaucoup de bons sentiments. İl lui manque un mordant, une ambition politique, une audace de ton. Mais dans sa manière de capter, sans en avoir l'air, les frustrations d'une époque, les illusions perdues et l'amitié comme dernière valeur refuge, il dit peut-être plus de choses qu'il n'en a l'air.

On pense parfois à ces comédies sociales à l'ancienne, à la Yves Robert ou Claude Sautet, mais sans leur verve, sans leur densité émotionnelle. Ce n'est pas un défaut en soi, juste une limite. Un film qui n'a pas vraiment de destination, mais qui flotte gentiment, dans un courant tiède. Pas inoubliable, mais pas désagréable. Et, qui sait, peut-être un jour précieux pour qui voudra comprendre ce que rêvait — ou ne rêvait plus — une certaine petite bourgeoisie française, juste avant la grande crise.
Ma note 58%
Vu le 11 novembre 2009

Liste des comédiensGérard LanvinJean-Pierre DarroussinBarbara SchulzPhilippe MagnanScali DelpeyratJennifer DeckerÉric BergerÉric NaggarRoger Van HoolJean-Yves ChatelaisFrédéric BouralyLaurent GamelonValérie KéruzoréKarine BellyTatiana GousseffGwendoline HamonVéronique BarraultPhilippe HérissonHélène RodierVéronique BoulangerChristophe GuybetRosine FaveyGérard ChambreMiglen MirtchevOlivier GranierDavid Dos SantosJean TomGeorges Martin-CensierBasile AderNathalie AuffretIsabeau De rPhilippe de VallerinMarie BoissardLéon VitalePhilippe RambaudDaniel VolnýGilles PenardAlain Gabai-MailletGérard BittonThierry SauzeMichel MunzDanielle RecherSimon DelvillerRodolphe GrenierFausto MunzOdessa MunzMalou PiantAmbre Kempen-HamelCyprien Kempen-HamelRoger DumasMarie-Christine AdamMartin LamotteBruno DavézéEric Moreau