Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Retour à la fac
Todd Phillips
2003

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Retour à la fac
Il fut un temps où les comédies américaines sur les adultes en crise cherchant à renouer avec leur jeunesse pullulaient sur grand écran. Retour à la fac, réalisé par Todd Phillips, s'inscrit pleinement dans cette tradition, avec son cocktail prévisible de gags potaches, de virées alcoolisées et de fraternité masculine à la sauce campus. Porté par un trio de comédiens rompus à l'exercice — Luke Wilson, Will Ferrell et Vince Vaughn — ce film sorti en 2003 ne promet ni finesse ni originalité, mais il a au moins le mérite d'être efficace dans son registre.

L'histoire suit Mitch (Luke Wilson), un avocat trentenaire qui, après une rupture, emménage dans une maison située sur le campus universitaire local. Ses deux meilleurs amis, Frank (Will Ferrell), fraîchement marié et en quête de sensations fortes, et Beanie (Vince Vaughn), un père de famille sarcastique, voient là une opportunité en or pour créer leur propre fraternité. Entre fêtes démesurées, bizutages absurdes et rivalité avec un doyen revanchard (Jeremy Piven), le trio va tout faire pour revivre les années fac… quitte à sombrer dans le ridicule.

Le scénario ne fait pas dans la dentelle. Tout y est : la confrérie improbable qui brise les conventions, le doyen tyrannique, la romance hésitante entre Mitch et Nicole (Ellen Pompeo), et les inévitables gags à base de beuveries et d'épreuves absurdes. Si certains moments font mouche — la scène culte où Frank traverse la ville nu comme un ver ou encore l'épreuve de gymnastique sur fond de la BO des Chariots de feu —, l'ensemble reste cousu de fil blanc. Todd Phillips, qui n'a pas encore atteint l'équilibre de son futur succès Very bad trip, enchaîne les situations burlesques avec un certain sens du timing, mais le film ne va jamais au-delà du simple enchaînement de sketches. On sent que l'objectif n'est pas tant de raconter une histoire que d'empiler des scènes comiques et de jouer sur la nostalgie des années fac.

Les personnages, eux, n'ont pas beaucoup de profondeur, mais ils remplissent leur fonction. Mitch, éternel gentil gars un peu coincé, est un protagoniste fade qui sert surtout de prétexte à la folie ambiante. Frank, alias « Frank the tank », est l'élément perturbateur du groupe, incarné avec une énergie burlesque par Will Ferrell. Son personnage est à la fois pathétique et hilarant, oscillant entre son envie de stabilité conjugale et ses pulsions d'adolescent attardé. Beanie, quant à lui, apporte le second degré nécessaire pour ne pas sombrer totalement dans la stupidité, Vince Vaughn maîtrisant parfaitement ce rôle de mec cynique et moqueur, déjà aperçu dans Serial noceurs. Le doyen Pritchard, lui, est un antagoniste caricatural à souhait, l'équivalent universitaire du voisin aigri qui veut faire taire la fête.

Derrière son humour gras et ses blagues potaches, le film effleure des thèmes plus intéressants qu'il ne le laisse paraître. Il y a ce regard un peu amer sur la crise de la trentaine, ce moment où les responsabilités commencent à peser et où l'envie de faire marche arrière devient tentante. Le film ne pousse pas vraiment cette réflexion, préférant en faire un prétexte à des situations absurdes, mais il y a dans les errances de Frank et Beanie un fond de vérité sur cette nostalgie des années insouciantes. Cela dit, la morale est des plus convenues : les héros réalisent (sans surprise) qu'on ne peut pas éternellement fuir l'âge adulte et qu'il faut bien, à un moment, accepter de grandir. Rien de neuf sous le Soleil.

Sur le plan technique, la mise en scène est fonctionnelle. Pas d'inventivité particulière, mais une exécution propre qui sert bien les gags. Le rythme est soutenu, ce qui empêche le film de sombrer dans l'ennui, même si certaines scènes auraient mérité d'être mieux construites plutôt que balancées à la chaîne. Là où Retour à la fac brille, en revanche, c'est sur sa bande-son. Entre Master of puppets de Metallica, qui accompagne une scène de kidnapping absurde, Here I go again de Whitesnake, et quelques classiques comme The sound of silence de Simon and Garfunkel, on a droit à une sélection musicale soignée qui contribue largement à l'ambiance du film.

Côté performances, Will Ferrell tire clairement son épingle du jeu. Son sens du comique physique et sa capacité à rendre pathétique le moindre de ses personnages font de Frank l'atout principal du film. Vince Vaughn livre une prestation efficace dans son registre habituel, tandis que Luke Wilson est en retrait, cantonné au rôle du type normal au milieu de la tempête. Ellen Pompeo, elle, fait ce qu'elle peut avec un rôle ultra-secondaire, qui se résume à être la « fille à conquérir » de l'histoire. On notera également la présence de Seann William Scott, dans un rôle secondaire qui rappelle son personnage de Stifler dans American pie.

En définitive, Retour à la fac est une comédie sans prétention, calibrée pour divertir sans effort. Si on est allergique à l'humour gras et aux blagues de fraternité, mieux vaut passer son chemin. Mais pour ceux qui acceptent le contrat — un enchaînement de situations absurdes portées par un casting solide — le film offre quelques moments réellement drôles. Ce n'est ni mémorable ni original, mais c'est digeste, et c'est déjà pas mal.
Ma note37%
Vu le 2 Septembre 2012


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.