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· Julien   Lepage

Les Fouloïdes
Night School Studio
2025

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Illustration de critique : Les Fouloïdes
Les fouloïdes, ou Thronglets pour les puristes du titre original, c'est ce genre d'expérience ludique lancée avec fracas pour accompagner un succès d'audience — en l'occurrence la saison 7 de Black mirror — et qui, sur le papier, a tout pour séduire. Développé par Night School Studio (les créateurs d'Oxenfree, jeu narratif indé bien plus inspiré), publié via Netflix Games et distribué gratuitement sur mobile pour les abonnés de la plateforme, il s'inscrit dans cette vague de « companion games » censés prolonger un univers fictif de manière interactive. Un peu comme Bandersnatch avait tenté une incursion dans le jeu vidéo déguisée en film interactif. Sauf qu'ici, on est bien dans du jeu mobile, enrobé de pixel art nostalgique, et bourré de promesses qui, hélas, s'évanouissent dès les premières heures.

Le principe ? On adopte une petite créature appelée fouloïde, sorte de Tamagotchi pixélisé façon années 90. On la nourrit, on la soigne, on la divertit. Classique, presque réconfortant. Puis, comme dans l'épisode De simples jouets, les choses s'emballent : les fouloïdes se multiplient, échangent entre eux, interrogent le joueur sur l'amour, la mort, la liberté. Le ton devient plus grave, les décisions se complexifient, et chaque action influence le comportement de la foule. À un moment donné, ils s'organisent, semblent réclamer leur indépendance, et l'illusion d'un monde qui évolue indépendamment de nous commence à poindre.

Mais l'illusion, justement, reste illusion. Le jeu ne va jamais au bout de ce qu'il promet. Contrairement à ce que son pitch laissait espérer, jamais les fouloïdes ne sortent de leur enclos virtuel pour interagir avec le téléphone de manière plus vivante ou inventive. On repense avec une pointe de nostalgie à ces petits logiciels farfelus des années Windows XP, où des bestioles s'amusaient à piétiner la barre de tâches ou à s'immiscer dans les dossiers. Là, rien. Pas d'irruption dans les notifications, pas de pirouette métatextuelle, pas de manipulation des capteurs du téléphone. Aucun usage un tant soit peu malin des possibilités qu'offre un smartphone moderne. La foule reste coincée dans son bac à sable.

Et c'est bien le cœur du problème. À force de suggérer sans jamais transgresser, Les fouloïdes finit par ressembler à un jeu de test de personnalité vaguement scénarisé. Plusieurs fins sont proposées, oui. Certaines décisions semblent avoir du poids, d'accord. Mais tout cela reste cloisonné, rigide, sans l'ambiguïté ni la finesse qu'on aurait pu attendre d'un projet estampillé Black mirror. Le résultat manque cruellement de cette intelligence sourde, de cette ironie mordante et de cette capacité à faire dérailler le réel qui font le sel de la série.

Même son ambition morale tourne court. Le jeu vous pose des dilemmes — comme celui de construire un pont avec les restes de vos créatures ou en sacrifiant du temps — mais le système est si balisé qu'on comprend très vite quelles réponses mènent à quelle issue. Les implications éthiques sont donc réduites à une mécanique de scoring émotionnel. Même le fameux test de personnalité qui conclut l'expérience évoque davantage les pages « psychotests » d'un magazine ado que le miroir noir promis.

L'habillage, pourtant, avait du charme. Le pixel art fonctionne bien, et la bande-son minimaliste crée une atmosphère douce-amère assez prenante dans les premières heures. On s'attache à ces petits êtres numériques, on observe leur agitation avec une curiosité sincère… jusqu'à ce que la mécanique se révèle, que les limites deviennent visibles, et que la lassitude s'installe. Il n'y a pas de vie ici. Pas de chaos. Pas de folie. Juste une succession de scripts proprets, une fausse complexité pour public bienveillant, et quelques clins d'œil à un univers dont il ne reste que la coquille.

On aurait aimé un jeu subversif. Un jeu qui ment. Un jeu qui s'arrête tout seul. Un jeu qui appelle votre mère. À la place, on a un petit élevage d'êtres pixélisés bien rangés dans leur coin, et une notification qui vous félicite pour avoir choisi le « bon » chemin.
Ma note20%
Joué le 22 Avril 2025


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