GIGN
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Six épisodes, une unité d’élite et un casting mené par Tomer Sisley, Guillaume Gouix et Tristan Zanchi : GIGN marque le retour de Julien Leclercq au thriller d’intervention, aux côtés du cocréateur Sylvain Caron. Le terrain lui est familier : il avait déjà consacré L’assaut au GIGN et signé, pour Netflix, Braqueurs. Cette fois, il bénéficie même du soutien de l’unité réelle et d’un accès assez exceptionnel à son environnement.
Le point de départ est simple. David, chef de section expérimenté, s’apprête à quitter le terrain lorsqu’une attaque frappe directement le GIGN. Parallèlement, Max, son filleul, rejoint l’unité avec l’ombre de son père mort quinze ans plus tôt suspendue au-dessus de lui. Une cargaison d’explosifs militaires volés, un adversaire qui semble toujours avoir trois coups d’avance, de vieux secrets et quelques problèmes familiaux viennent rapidement compléter le tableau. Bref, la série ouvre la grande armoire du thriller d’action et semble avoir décidé d’utiliser absolument tout ce qu’elle y trouve. Netflix résume d’ailleurs l’ensemble en six épisodes, de 42 à 55 minutes, ce qui constitue finalement l’une des qualités les plus incontestables du programme : ça ne traîne pas pendant trois saisons.
Le problème, c’est que j’ai eu très rapidement l’impression d’avoir déjà vu chaque scène quelque part. Le vétéran qui veut raccrocher, mais qu’une dernière mission rappelle au devoir ? Présent. Le jeune chien fou talentueux qui n’écoute pas les ordres ? Présent. Le héros qui néglige sa famille parce que « le métier » passe avant tout ? Présent. Les secrets du passé qui reviennent précisément au pire moment ? Présents. L’ennemi mystérieux qui connaît inexplicablement tout le monde, anticipe presque tout et semble avoir lu les épisodes avant les personnages ? Présent aussi. À ce rythme-là, il ne manque guère que le policier à deux jours de la retraite annonçant qu’il vient d’acheter un bateau.
Je n’ai rien contre les codes d’un genre. S.W.A.T., SEAL Team ou The night agent ne réinventent pas davantage la poudre à chaque épisode. Encore faut-il savoir jouer avec ces codes, les détourner ou leur donner suffisamment de chair pour qu’on cesse de regarder les ficelles. Ici, elles sont tellement visibles qu’on pourrait installer du linge dessus. Les révélations se devinent souvent bien avant qu’elles arrivent et plusieurs conflits semblent exister parce que le scénario a besoin qu’un personnage prenne précisément la mauvaise décision au mauvais moment. C’est particulièrement frustrant parce que le contexte du GIGN offrait matière à quelque chose de beaucoup plus singulier, plus français, plus documentaire peut-être, plutôt qu’à cette imitation appliquée du thriller paramilitaire américain. Même la presse espagnole a relevé cette proximité avec les séries américaines de forces spéciales et le caractère extrêmement prévisible de plusieurs ressorts narratifs.
Les personnages n’arrangent rien. David porte le traditionnel pack complet du héros tourmenté : culpabilité, famille délaissée, sens du devoir hypertrophié, passé qui refuse de rester tranquillement dans le passé. Max, de son côté, est le jeune prodige impulsif que personne ne parvient vraiment à discipliner. Cédric, Christophe et les autres membres de l’équipe remplissent leurs fonctions, mais peu parviennent à exister en dehors de leur place dans la mécanique. Tout le monde semble avoir reçu une fiche de personnage comportant trois lignes : métier, traumatisme, regard grave. Le paradoxe est assez spectaculaire : une série consacrée à un collectif exceptionnel finit par donner l’impression que ses protagonistes ont été fabriqués à la chaîne.
Les thèmes, eux, auraient pu être passionnants. Le sacrifice personnel, l’esprit de corps, la transmission entre générations, la frontière entre courage et obsession, le prix payé par les familles, l’obéissance aux ordres ou encore la culpabilité sont tous là. Le bureau des légendes a montré à quel point une fiction française pouvait construire du suspense à partir du poids psychologique d’un métier extraordinaire sans transformer ses personnages en panneaux indicateurs. GIGN préfère généralement souligner trois fois ce qu’on avait déjà compris. Dès qu’un dilemme apparaît, je sens presque la musique me prendre par l’épaule pour m’expliquer que, là, attention, c’est compliqué pour David.
C’est d’autant plus dommage que Julien Leclercq reste beaucoup plus à l’aise dès qu’il faut faire bouger les corps que lorsqu’il faut faire parler les personnages. Les interventions sont les moments où la série retrouve enfin un peu d’autorité : elles sont tendues, lisibles, suffisamment spectaculaires et bénéficient d’un vrai souci de crédibilité opérationnelle. Ce n’est pas entièrement du cinéma de salon : l’équipe a pu tourner pendant deux semaines dans les véritables locaux du GIGN à Satory, et Tomer Sisley a expliqué avoir assisté à des briefings et passé du temps auprès des membres de l’unité. Plus amusant encore, il connaissait déjà personnellement des hommes du GIGN depuis une quinzaine d’années, ce que la production ignorait lorsqu’elle l’a choisi. Pendant le tournage, il appelait régulièrement l’un de ses amis pour vérifier un terme, une formulation ou une procédure.
Voilà sans doute ce qui m’agace le plus : tant de soin a été consacré au vocabulaire, aux gestes et à l’environnement pour que, juste derrière, le scénario ressorte des poncifs gros comme un camion blindé. L’authenticité technique rencontre constamment l’artificialité dramatique. On croit davantage aux hommes lorsqu’ils préparent une intervention que lorsqu’ils discutent de leur vie.
Visuellement, l’ensemble reste propre et professionnel. La photographie de Pierre-Yves Bastard accompagne efficacement l’univers tendu et sombre recherché par la série, et la réalisation sait donner de l’impact aux opérations sans devenir complètement illisible. Les effets et les séquences d’action font le travail, parfois même très correctement. La musique de Laurent Perez Del Mar participe à cette recherche permanente de tension, sans parvenir pour autant à donner une identité réellement mémorable à l’ensemble. C’est efficace sur l’instant, puis ça s’évapore assez vite. À plusieurs reprises, l’esthétique très léchée donne aussi l’impression que la série cherche davantage à avoir l’air intense qu’à construire réellement cette intensité.
Reste le jeu des acteurs, et c’est là que mon irritation atteint son petit sommet. Tomer Sisley possède évidemment la présence physique nécessaire et son implication n’est pas franchement contestable. Il s’est préparé sérieusement, connaît cet univers et s’est même imposé une préparation physique assez lourde. Pourtant, à l’écran, j’ai souvent l’impression qu’on lui a demandé de froncer les sourcils, de parler plus bas et de regarder dans le vide pendant trois secondes avant chaque réponse importante. Le pire est que tout le monde semble avoir reçu la même consigne : soyez sombres, mystérieux et, surtout, n’ayez jamais l’air d’avoir passé une bonne nuit.
Guillaume Gouix réussit par moments à apporter davantage de naturel, mais les seconds rôles sont trop souvent enfermés dans des attitudes. Tristan Zanchi, surtout, hérite d’un Max écrit tellement comme « le jeune qui va désobéir parce qu’il est jeune et qu’il désobéit » qu’il devient difficile de savoir où s’arrête le personnage et où commence le cliché. Même Thierry Neuvic ou Judith El Zein doivent composer avec des scènes dont on comprend parfois l’objectif émotionnel plusieurs répliques avant qu’elles ne se terminent. À force de vouloir que tout le monde ait l’air grave, la série finit surtout par devenir uniformément monocorde. Ce n’est plus une ambiance, c’est un règlement intérieur.
Je comprends parfaitement ce qui peut séduire malgré tout. Le rythme est soutenu, les interventions sont correctement emballées, le sujet possède une attraction naturelle et six épisodes se regardent facilement. Le succès rencontré sur Netflix montre d’ailleurs que la formule a trouvé son public. Pour quelqu’un qui cherche uniquement une série d’action française à avaler rapidement, avec armes, hélicoptères, explosions et commandos en tenue noire, le contrat peut sembler rempli.
Pour ma part, je reste surtout avec cette impression désagréable d’un énorme potentiel gaspillé. Avec un tel sujet, un accès privilégié au véritable GIGN et un réalisateur qui sait filmer l’action, j’espérais quelque chose de plus rugueux, de plus crédible humainement et surtout de moins paresseux dans son écriture. À la place, j’ai eu une succession de poncifs, des personnages qui passent beaucoup de temps à prendre un air ténébreux et une intrigue dont j’ai trop souvent aperçu les virages plusieurs kilomètres avant d’y arriver. Pas grand-chose à sauver au-delà de quelques scènes d’intervention bien troussées et d’un savoir-faire technique réel. Heureusement, c’est court.
Le point de départ est simple. David, chef de section expérimenté, s’apprête à quitter le terrain lorsqu’une attaque frappe directement le GIGN. Parallèlement, Max, son filleul, rejoint l’unité avec l’ombre de son père mort quinze ans plus tôt suspendue au-dessus de lui. Une cargaison d’explosifs militaires volés, un adversaire qui semble toujours avoir trois coups d’avance, de vieux secrets et quelques problèmes familiaux viennent rapidement compléter le tableau. Bref, la série ouvre la grande armoire du thriller d’action et semble avoir décidé d’utiliser absolument tout ce qu’elle y trouve. Netflix résume d’ailleurs l’ensemble en six épisodes, de 42 à 55 minutes, ce qui constitue finalement l’une des qualités les plus incontestables du programme : ça ne traîne pas pendant trois saisons.
Le problème, c’est que j’ai eu très rapidement l’impression d’avoir déjà vu chaque scène quelque part. Le vétéran qui veut raccrocher, mais qu’une dernière mission rappelle au devoir ? Présent. Le jeune chien fou talentueux qui n’écoute pas les ordres ? Présent. Le héros qui néglige sa famille parce que « le métier » passe avant tout ? Présent. Les secrets du passé qui reviennent précisément au pire moment ? Présents. L’ennemi mystérieux qui connaît inexplicablement tout le monde, anticipe presque tout et semble avoir lu les épisodes avant les personnages ? Présent aussi. À ce rythme-là, il ne manque guère que le policier à deux jours de la retraite annonçant qu’il vient d’acheter un bateau.
Je n’ai rien contre les codes d’un genre. S.W.A.T., SEAL Team ou The night agent ne réinventent pas davantage la poudre à chaque épisode. Encore faut-il savoir jouer avec ces codes, les détourner ou leur donner suffisamment de chair pour qu’on cesse de regarder les ficelles. Ici, elles sont tellement visibles qu’on pourrait installer du linge dessus. Les révélations se devinent souvent bien avant qu’elles arrivent et plusieurs conflits semblent exister parce que le scénario a besoin qu’un personnage prenne précisément la mauvaise décision au mauvais moment. C’est particulièrement frustrant parce que le contexte du GIGN offrait matière à quelque chose de beaucoup plus singulier, plus français, plus documentaire peut-être, plutôt qu’à cette imitation appliquée du thriller paramilitaire américain. Même la presse espagnole a relevé cette proximité avec les séries américaines de forces spéciales et le caractère extrêmement prévisible de plusieurs ressorts narratifs.
Les personnages n’arrangent rien. David porte le traditionnel pack complet du héros tourmenté : culpabilité, famille délaissée, sens du devoir hypertrophié, passé qui refuse de rester tranquillement dans le passé. Max, de son côté, est le jeune prodige impulsif que personne ne parvient vraiment à discipliner. Cédric, Christophe et les autres membres de l’équipe remplissent leurs fonctions, mais peu parviennent à exister en dehors de leur place dans la mécanique. Tout le monde semble avoir reçu une fiche de personnage comportant trois lignes : métier, traumatisme, regard grave. Le paradoxe est assez spectaculaire : une série consacrée à un collectif exceptionnel finit par donner l’impression que ses protagonistes ont été fabriqués à la chaîne.
Les thèmes, eux, auraient pu être passionnants. Le sacrifice personnel, l’esprit de corps, la transmission entre générations, la frontière entre courage et obsession, le prix payé par les familles, l’obéissance aux ordres ou encore la culpabilité sont tous là. Le bureau des légendes a montré à quel point une fiction française pouvait construire du suspense à partir du poids psychologique d’un métier extraordinaire sans transformer ses personnages en panneaux indicateurs. GIGN préfère généralement souligner trois fois ce qu’on avait déjà compris. Dès qu’un dilemme apparaît, je sens presque la musique me prendre par l’épaule pour m’expliquer que, là, attention, c’est compliqué pour David.
C’est d’autant plus dommage que Julien Leclercq reste beaucoup plus à l’aise dès qu’il faut faire bouger les corps que lorsqu’il faut faire parler les personnages. Les interventions sont les moments où la série retrouve enfin un peu d’autorité : elles sont tendues, lisibles, suffisamment spectaculaires et bénéficient d’un vrai souci de crédibilité opérationnelle. Ce n’est pas entièrement du cinéma de salon : l’équipe a pu tourner pendant deux semaines dans les véritables locaux du GIGN à Satory, et Tomer Sisley a expliqué avoir assisté à des briefings et passé du temps auprès des membres de l’unité. Plus amusant encore, il connaissait déjà personnellement des hommes du GIGN depuis une quinzaine d’années, ce que la production ignorait lorsqu’elle l’a choisi. Pendant le tournage, il appelait régulièrement l’un de ses amis pour vérifier un terme, une formulation ou une procédure.
Voilà sans doute ce qui m’agace le plus : tant de soin a été consacré au vocabulaire, aux gestes et à l’environnement pour que, juste derrière, le scénario ressorte des poncifs gros comme un camion blindé. L’authenticité technique rencontre constamment l’artificialité dramatique. On croit davantage aux hommes lorsqu’ils préparent une intervention que lorsqu’ils discutent de leur vie.
Visuellement, l’ensemble reste propre et professionnel. La photographie de Pierre-Yves Bastard accompagne efficacement l’univers tendu et sombre recherché par la série, et la réalisation sait donner de l’impact aux opérations sans devenir complètement illisible. Les effets et les séquences d’action font le travail, parfois même très correctement. La musique de Laurent Perez Del Mar participe à cette recherche permanente de tension, sans parvenir pour autant à donner une identité réellement mémorable à l’ensemble. C’est efficace sur l’instant, puis ça s’évapore assez vite. À plusieurs reprises, l’esthétique très léchée donne aussi l’impression que la série cherche davantage à avoir l’air intense qu’à construire réellement cette intensité.
Reste le jeu des acteurs, et c’est là que mon irritation atteint son petit sommet. Tomer Sisley possède évidemment la présence physique nécessaire et son implication n’est pas franchement contestable. Il s’est préparé sérieusement, connaît cet univers et s’est même imposé une préparation physique assez lourde. Pourtant, à l’écran, j’ai souvent l’impression qu’on lui a demandé de froncer les sourcils, de parler plus bas et de regarder dans le vide pendant trois secondes avant chaque réponse importante. Le pire est que tout le monde semble avoir reçu la même consigne : soyez sombres, mystérieux et, surtout, n’ayez jamais l’air d’avoir passé une bonne nuit.
Guillaume Gouix réussit par moments à apporter davantage de naturel, mais les seconds rôles sont trop souvent enfermés dans des attitudes. Tristan Zanchi, surtout, hérite d’un Max écrit tellement comme « le jeune qui va désobéir parce qu’il est jeune et qu’il désobéit » qu’il devient difficile de savoir où s’arrête le personnage et où commence le cliché. Même Thierry Neuvic ou Judith El Zein doivent composer avec des scènes dont on comprend parfois l’objectif émotionnel plusieurs répliques avant qu’elles ne se terminent. À force de vouloir que tout le monde ait l’air grave, la série finit surtout par devenir uniformément monocorde. Ce n’est plus une ambiance, c’est un règlement intérieur.
Je comprends parfaitement ce qui peut séduire malgré tout. Le rythme est soutenu, les interventions sont correctement emballées, le sujet possède une attraction naturelle et six épisodes se regardent facilement. Le succès rencontré sur Netflix montre d’ailleurs que la formule a trouvé son public. Pour quelqu’un qui cherche uniquement une série d’action française à avaler rapidement, avec armes, hélicoptères, explosions et commandos en tenue noire, le contrat peut sembler rempli.
Pour ma part, je reste surtout avec cette impression désagréable d’un énorme potentiel gaspillé. Avec un tel sujet, un accès privilégié au véritable GIGN et un réalisateur qui sait filmer l’action, j’espérais quelque chose de plus rugueux, de plus crédible humainement et surtout de moins paresseux dans son écriture. À la place, j’ai eu une succession de poncifs, des personnages qui passent beaucoup de temps à prendre un air ténébreux et une intrigue dont j’ai trop souvent aperçu les virages plusieurs kilomètres avant d’y arriver. Pas grand-chose à sauver au-delà de quelques scènes d’intervention bien troussées et d’un savoir-faire technique réel. Heureusement, c’est court.
Ma note37%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !