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· Julien   Lepage

La guerre est déclarée
Valérie Donzelli
2011

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Illustration de critique : La guerre est déclarée
Valérie Donzelli nous livre avec La guerre est déclarée un récit autobiographique qui, sur le papier, promettait d'être un témoignage puissant du combat d'un couple contre l'inimaginable épreuve de la maladie de leur enfant. Le film, qui raconte l'histoire de Roméo et Juliette — des parents confrontés à la terrible nouvelle qu'Adam, leur petit garçon, souffre d'une tumeur au cerveau — avait suscité de vives attentes en raison de la véracité de son sujet. Hélas, ces espoirs se heurtent rapidement à une réalisation et à un scénario qui peinent à capturer la profondeur de cette expérience douloureuse.

L'intrigue se déploie sans grande surprise : l'amour entre Roméo et Juliette donne naissance à Adam (oui, on a déjà vu plus original), puis le drame s'installe peu à peu quand la maladie se manifeste. Dès le début, le spectateur est informé du dénouement, puisque le film choisit de ne pas jouer sur le suspense de la guérison d'Adam. Au lieu de cela, l'œuvre se focalise sur la relation du couple et sur leurs tentatives — souvent maladroites — de transformer cette tragédie en une victoire de l'amour. Cependant, cette volonté de se concentrer sur la « fureur de vivre » finit par tomber à plat, tant le récit semble se contenter d'une chronologie factuelle et d'une succession de scènes sans réelle tension dramatique.

Le scénario, qui se veut le reflet d'une expérience vécue, se révèle lui-même être un véritable bricolage. Entre voix off redondantes qui surgissent par intermittence et une série de séquences décousues — l'une après l'autre, sans continuité ni rythme — on a l'impression de regarder un collage de moments personnels sans véritable fil conducteur. Les passages parfois confus, comme la déclaration d'amour en chanson qui semble surgir de nulle part ou des passages qui évoquent une comédie musicale décalée, alourdissent encore le propos et détournent l'attention de ce qui aurait pu être une histoire émouvante.

Concernant les personnages, le film ambitionne de dresser le portrait d'un couple qui, malgré la souffrance, reste uni et déterminé. Pourtant, Roméo et Juliette se retrouvent trop souvent dépeints comme des figures peu inspirantes — des individus qui, au lieu de lutter avec force et dignité, optent pour des comportements qui frisent la lâcheté, comme abandonner leurs emplois pour vivre aux crochets de leurs familles ou s'enfermer dans des fêtes interminables. L'absence de tension dramatique autour de leurs choix rend leur parcours difficilement attachant et empêche toute empathie réelle de naître chez le spectateur.

Thématiquement, le film cherche à explorer le courage face à l'adversité et la transformation d'une épreuve personnelle en une déclaration d'amour et de résilience. Pourtant, en insistant sur la véracité de l'expérience, La guerre est déclarée se contente de raconter les faits tels qu'ils se sont déroulés, sans tenter de les transcender par des rebondissements ou des retournements de situation qui auraient pu intensifier l'émotion. Le propos, bien que potentiellement poignant, est dilué par une mise en scène qui manque cruellement de personnalité et de dynamisme.

La réalisation laisse également à désirer. Malgré quelques choix esthétiques intéressants — notamment l'usage ponctuel de plans en 35 mm pour de beaux ralentis — la majorité du film est tournée avec une technique qui semble à la fois amateur et dépourvue de rythme. La photographie, bien qu'ayant quelques instants de fraîcheur, ne parvient pas à compenser une direction qui se perd dans des ellipses temporelles et des voix off superflues. La musique, bien choisie, joue ici plus le rôle de cache-misère qu'autre chose, masquant les failles d'un montage désordonné et d'une mise en scène qui oscille entre le documentaire et le mélodrame sans jamais trouver son équilibre.

Du côté des performances, même si l'on ne peut qu'admirer le courage de Valérie Donzelli et de Jérémie Elkaïm qui se glissent eux-mêmes dans l'histoire qui les a marqués, leur interprétation se voit affaiblie par un scénario qui les cantonne à des caricatures de parents en détresse. Leurs réactions, parfois exagérées ou maladroitement écrites, ne parviennent pas à transmettre la force et l'émotion qu'aurait dû inspirer un tel drame. L'absence de nuances dans le développement des personnages principaux finit par rendre leurs existences plus fades qu'inspirantes.

La guerre est déclarée se présente comme un projet ambitieux qui, sur le papier, devait émouvoir par sa sincérité et son vécu. Malheureusement, la lenteur du récit, le montage décousu, les voix off intrusives et un jeu des acteurs décevant transforment ce qui aurait pu être une grande histoire d'amour et de courage en une expérience cinématographique insipide et frustrante. Même si certains moments parviennent à capter l'attention, le film ne réussit jamais à s'élever au-dessus de son traitement technique médiocre, laissant le spectateur indifférent plutôt qu'émotionné. Pour ceux qui souhaitent s'immerger dans une véritable histoire d'espoir malgré l'adversité, il vaut peut-être mieux se tourner vers d'autres récits plus travaillés, qui sauront allier sensibilité et rythme avec plus d'assurance.
Ma note35%
Vu le 23 Juin 2012


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