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· Julien   Lepage

Le hérisson
Mona Achache
2009

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Illustration de critique : Le hérisson
Il y a des films qui arrivent avec un certain poids sur les épaules, et Le hérisson fait partie de ceux-là. Adaptation du roman L'élégance du hérisson de Muriel Barbery, le film de Mona Achache s'attaque à un texte qui a marqué les lecteurs par sa finesse et sa sensibilité. Forcément, l'attente était au rendez-vous. Un casting intrigant, une ambiance feutrée, et un récit qui promet de creuser sous la surface des apparences bourgeoises… tout semblait en place pour une adaptation réussie. Reste à voir si le passage du roman à l'écran a su capter cette magie un peu particulière ou si, à force de vouloir bien faire, le film ne finit pas par s'enfermer dans sa propre cage.

L'histoire suit Paloma, une gamine de onze ans au regard trop acéré pour son âge, qui filme son quotidien et a décidé de se suicider à son prochain anniversaire. Tout dans sa vie lui semble absurde, surtout sa famille bourgeoise engoncée dans des rituels sans âme. Elle observe son immeuble comme un microcosme de la société, et c'est là qu'elle croise Renée, la concierge taciturne qui se fond parfaitement dans le décor… du moins en apparence. Car derrière ses airs revêches et son allure négligée, Renée cache une intelligence et une culture insoupçonnées, qu'elle tient soigneusement à l'écart des habitants de l'immeuble. Un troisième personnage vient bousculer cet équilibre silencieux : Kakuro Ozu, un homme discret et raffiné qui semble être le seul à voir Renée pour ce qu'elle est vraiment. Une relation se tisse entre ces trois âmes en marge, avec, en arrière-plan, la question de savoir si l'on peut véritablement échapper au rôle que la société nous impose.

L'intrigue suit un schéma connu : celui de la rencontre qui transforme, du regard de l'autre qui permet de s'affranchir. À ce niveau, rien de révolutionnaire. Ce qui fonctionne, en revanche, c'est l'équilibre entre les personnages. Là où le roman était parfois trop verbeux, s'éparpillant dans des réflexions philosophiques, le film choisit la retenue, laissant les silences et les regards dire ce que les mots ne formulent pas. C'est une belle idée, mais qui a aussi ses limites. En cherchant à épurer le récit, on perd une partie de la richesse du matériau d'origine. Certaines transitions paraissent abruptes, et quelques moments qui auraient mérité d'être approfondis semblent expédiés trop vite.

Les personnages sont indéniablement l'élément central du film. Paloma est une enfant atypique, à la fois lucide et cruelle dans sa manière d'analyser le monde qui l'entoure. Son intelligence est indéniable, mais il lui manque parfois cette fragilité qui aurait pu la rendre plus attachante. Renée, elle, est plus nuancée : derrière sa façade austère, on devine une femme qui a appris à se faire oublier, qui a intériorisé son rôle au point de presque disparaître. Quant à Kakuro, il incarne cette bienveillance et cette ouverture qui viennent perturber l'équilibre bien rodé de l'immeuble. Leur dynamique fonctionne bien, même si certaines interactions auraient gagné à être un peu plus développées.

Le film aborde plusieurs thèmes avec subtilité : le poids des classes sociales, le regard que l'on porte sur soi et sur les autres, la peur de s'ouvrir au monde. Il parle aussi de la solitude, choisie ou subie, et de la manière dont on se protège du regard des autres en érigeant des barrières. Tout cela est traité avec douceur, parfois même un peu trop. Là où le roman osait des réflexions plus tranchantes, le film arrondit un peu trop les angles, préférant la délicatesse au risque de froisser.

Visuellement, le film joue sur des contrastes intéressants. L'immeuble devient un personnage à part entière, avec ses couloirs sombres et ses espaces cloisonnés qui reflètent les vies de ses habitants. Mona Achache mise sur une mise en scène sobre, évitant les effets superflus, et cela fonctionne dans l'ensemble. Certaines scènes, notamment celles où Paloma filme avec sa caméra, apportent une touche de spontanéité bienvenue. La bande-son, signée Gabriel Yared, accompagne bien l'atmosphère du film, sans jamais trop en faire.

Le casting est globalement bien choisi. Josiane Balasko trouve le ton juste pour incarner Renée, sans jamais en faire trop. Son jeu tout en retenue lui permet de donner au personnage une vraie densité. Garance Le Guillermic campe une Paloma crédible, même si son personnage peut parfois sembler un peu trop maîtrisé, manquant d'un grain de folie qui aurait pu le rendre plus vivant. Togo Igawa, quant à lui, apporte une présence calme et rassurante à Kakuro, bien que son rôle reste finalement assez en retrait.

Le hérisson est un film élégant, bien interprété et porté par une ambiance douce-amère qui lui donne un certain charme. Il capte une partie de la magie du roman, mais sans en retrouver toute la profondeur. On sent une volonté de bien faire, un soin évident dans la mise en scène et le jeu des acteurs, mais aussi une certaine frilosité à aller au bout de ses idées. Un film agréable, qui se regarde avec plaisir, mais qui laisse un léger goût d'inachevé.
Ma note49%
Vu le 25 Avril 2010


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