How it feels to be run over

Voir une voiture foncer droit sur soi à l'écran, même minuscule, même en noir et blanc, conserve un pouvoir de surprise assez désarmant. Le dispositif est enfantin, presque grossier, mais il possède cette franchise brutale qui rappelle que le cinéma, à sa naissance, n'avait aucune intention d'être poli. Ici, tout est donné d'un coup : un axe frontal, une menace, puis le noir. C'est sec, expédié, et volontairement idiot.
Ce qui frappe d'abord, c'est la conscience de soi. Le film ne se contente pas de montrer un accident : il s'amuse à révéler l'existence du cadreur, de la caméra, de ce corps invisible que l'on feint d'écraser. Le gag repose entièrement là-dessus, sur cette idée presque méta avant l'heure. À ce titre, on pense aux malices de L'arroseur arrosé, ou bien, par un étrange effet de ricochet temporel, aux provocations frontales de Funny games, qui prendra bien plus tard le spectateur à partie avec une cruauté autrement sophistiquée.
Le plan subjectif, unique, fait à la fois la force et la limite de l'expérience. L'audace est réelle : placer le public au centre du danger, c'est déjà comprendre quelque chose d'essentiel au langage du médium. Mais cette audace reste prisonnière de sa propre trouvaille. Une fois le truc compris, il n'y a plus grand-chose à mâcher. Le cycliste qui surgit derrière l'automobile, les passagers qui gesticulent de manière outrée, tout cela relève davantage de la pantomime que d'une véritable mise en scène du chaos.
L'intertitre final, volontairement absurde, agit comme une pirouette. L'humour est noir, un peu potache, presque britannique dans sa façon de sourire après l'impact. Ce « Oh! Mother will be pleased! » (« Oh ! C'est maman qui va être contente ! ») tient autant du clin d'œil que du pied de nez, et rappelle que le cinéma des débuts se permettait une désinvolture que l'on a parfois perdue. On sourit, sans éclater de rire. L'idée amuse plus qu'elle ne fait mouche.
Le jeu des interprètes, menés par Cecil M. Hepworth lui-même, est réduit à une agitation fonctionnelle. Les corps signalent, préviennent, menacent. Rien de plus. May Clark traverse l'écran comme un élément de décor animé. Il ne s'agit pas encore d'incarner, mais d'occuper le cadre. Difficile de leur reprocher quoi que ce soit : le cinéma n'a pas encore appris à jouer, seulement à bouger.
Regardé en 2017, l'objet ressemble à un prototype brillant, mais incomplet. On admire l'idée, on salue l'insolence, on constate aussi l'étroitesse du geste. Trop court pour être autre chose qu'un gag, trop conscient pour n'être qu'une attraction foraine, le film reste coincé entre deux statuts.
Au final, l'impression demeure mitigée, mais pas désagréable. Il y a là une étincelle fondatrice, un rire un peu cruel, et la sensation d'assister à un premier pas maladroit mais nécessaire. Pas de quoi s'extasier longuement, mais suffisamment pour reconnaître qu'une petite pierre a bien été posée sur la route cahoteuse de l'histoire du cinéma.
Ce qui frappe d'abord, c'est la conscience de soi. Le film ne se contente pas de montrer un accident : il s'amuse à révéler l'existence du cadreur, de la caméra, de ce corps invisible que l'on feint d'écraser. Le gag repose entièrement là-dessus, sur cette idée presque méta avant l'heure. À ce titre, on pense aux malices de L'arroseur arrosé, ou bien, par un étrange effet de ricochet temporel, aux provocations frontales de Funny games, qui prendra bien plus tard le spectateur à partie avec une cruauté autrement sophistiquée.
Le plan subjectif, unique, fait à la fois la force et la limite de l'expérience. L'audace est réelle : placer le public au centre du danger, c'est déjà comprendre quelque chose d'essentiel au langage du médium. Mais cette audace reste prisonnière de sa propre trouvaille. Une fois le truc compris, il n'y a plus grand-chose à mâcher. Le cycliste qui surgit derrière l'automobile, les passagers qui gesticulent de manière outrée, tout cela relève davantage de la pantomime que d'une véritable mise en scène du chaos.
L'intertitre final, volontairement absurde, agit comme une pirouette. L'humour est noir, un peu potache, presque britannique dans sa façon de sourire après l'impact. Ce « Oh! Mother will be pleased! » (« Oh ! C'est maman qui va être contente ! ») tient autant du clin d'œil que du pied de nez, et rappelle que le cinéma des débuts se permettait une désinvolture que l'on a parfois perdue. On sourit, sans éclater de rire. L'idée amuse plus qu'elle ne fait mouche.
Le jeu des interprètes, menés par Cecil M. Hepworth lui-même, est réduit à une agitation fonctionnelle. Les corps signalent, préviennent, menacent. Rien de plus. May Clark traverse l'écran comme un élément de décor animé. Il ne s'agit pas encore d'incarner, mais d'occuper le cadre. Difficile de leur reprocher quoi que ce soit : le cinéma n'a pas encore appris à jouer, seulement à bouger.
Regardé en 2017, l'objet ressemble à un prototype brillant, mais incomplet. On admire l'idée, on salue l'insolence, on constate aussi l'étroitesse du geste. Trop court pour être autre chose qu'un gag, trop conscient pour n'être qu'une attraction foraine, le film reste coincé entre deux statuts.
Au final, l'impression demeure mitigée, mais pas désagréable. Il y a là une étincelle fondatrice, un rire un peu cruel, et la sensation d'assister à un premier pas maladroit mais nécessaire. Pas de quoi s'extasier longuement, mais suffisamment pour reconnaître qu'une petite pierre a bien été posée sur la route cahoteuse de l'histoire du cinéma.
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