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· Julien   Lepage

Hors du temps
Robert Schwentke
2009

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Illustration de critique : Hors du temps
Hors du temps est le genre de film sur lequel on tombe un soir, sans prévenir. Une trouvaille de hasard, comme il en existe parfois, enveloppée dans une affiche digne d'un roman de gare — lumière dorée, couple enlacé, promesse d'amour éternel et de mouchoirs humides. Et en voyant cette image, j'ai d'abord cru à une sorte de PS I love you saupoudré de surnaturel. Curiosité piquée, je me suis laissé embarquer.

L'histoire repose sur un postulat original : Henry, bibliothécaire de profession et grand brun ténébreaux, souffre d'une anomalie génétique qui le fait voyager dans le temps sans prévenir. Il disparaît, réapparaît nu dans d'autres moments de sa vie, souvent au pire moment, parfois au bon. Ce détail vestimentaire — ou son absence — reviendra souvent, on dirait presque une obsession du scénariste. Il rencontre Clare, une femme qui le connaît déjà, puisqu'un Henry du futur lui rendait visite alors qu'elle était enfant. De là naît une romance impossible, entre deux êtres condamnés à se croiser sans jamais vraiment se retrouver.

Sur le papier, tout cela pourrait fonctionner. Le scénario aurait pu tirer parti de cette idée intrigante, jouer avec les paradoxes temporels, les lignes narratives éclatées, et même creuser une réflexion sur le deuil, l'attente, la solitude. Mais tout ça reste à l'état d'intention. Le film préfère multiplier les séquences attendues, souvent sirupeuses, parfois redondantes, au lieu d'oser aller au bout de son concept. Il y a bien quelques trouvailles visuelles pour illustrer les disparitions d'Henry, mais le procédé s'use très vite. On ne compte plus les scènes où il se volatilise dans un halo de lumière sans grand impact dramatique. Une fois, deux fois, dix fois. C'est à la limite du running gag involontaire.

Quant aux personnages, ils sont écrits avec la finesse d'un téléfilm de milieu d'après-midi. Henry peine à exister autrement qu'en fonction de sa maladie et de ses absences. Il est censé être attachant, mystérieux, tourmenté. Mais il donne surtout l'impression d'être une coquille vide qui traverse les scènes avec une gravité automatique. Eric Bana semble totalement éteint. Il joue comme s'il attendait de pouvoir rentrer chez lui, avec ce regard lointain d'un acteur qui n'y croit pas une seconde. Rien de gênant, mais rien de touchant non plus. Il est plat, sans nuance, et son Henry en devient presqu'antipathique.

Heureusement, Rachel McAdams sauve un peu les meubles. Elle incarne Clare avec une forme de grâce sincère, et même si son personnage est mal servi par l'écriture, elle parvient à lui donner un semblant de profondeur. On sent chez elle une vraie implication, une émotion contenue, parfois émouvante. Dommage que l'ensemble du film ne soit pas à sa hauteur. Le reste du casting est en retrait, cantonné à des fonctions utilitaires ou symboliques, sans qu'aucun ne se détache vraiment.

Les thèmes abordés auraient pu être riches. L'amour au-delà du temps, la perte, l'impossibilité de vivre pleinement une relation à cause de forces incontrôlables… tout cela est esquissé mais jamais creusé. Le film joue la carte de la tragédie romantique, sans assumer vraiment sa noirceur. Il préfère les violons aux vertiges, les regards larmoyants aux questionnements métaphysiques. Et le plus frustrant, c'est de sentir que le roman d'origine, Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger, avait probablement plus de matière, plus d'ambiguïté, plus de chair. À force de vouloir rendre le récit grand public, l'adaptation finit par le dévitaliser.

La réalisation de Robert Schwentke est lisse, sans réelle personnalité. Le film semble fait pour plaire sans déranger, pour bercer sans remuer. Pas de grands élans de mise en scène, pas de moments suspendus ou d'idées fortes. La photographie est jolie sans éclat, la musique fait son travail sans jamais surprendre. C'est propre, calibré, et vite oublié. Ce n'est pas un désastre technique, loin de là, mais tout manque de souffle. On ne sent jamais de passion derrière la caméra.

À l'arrivée, Hors du temps n'est ni un mauvais film ni une belle réussite. C'est une œuvre tiède, qui avait pourtant de quoi émouvoir, mais qui se contente de flotter à la surface de son sujet. L'ennui, c'est qu'on en retient surtout des clichés, des ralentis romantiques, des disparitions mal exploitées et un acteur principal à côté de ses pompes. Une curiosité, oui, qu'on regarde une fois sans déplaisir total, mais qu'on oublie presqu'aussitôt. Et si l'histoire vous intrigue vraiment, faites un détour par le roman. Vous y trouverez peut-être ce que le film n'a jamais su raconter.
Ma note58%
Vu le 7 Février 2010


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