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· Julien   Lepage

Hot fuzz
Edgar Wright
2007

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Illustration de critique : Hot fuzz
Quand Edgar Wright enchaîne Shaun of the dead avec Hot fuzz, il ne change pas seulement de genre : il pousse son cinéma encore plus loin dans sa propre logique, un mélange d'hommage sincère, de détournement malin et de virtuosité formelle. Le pitch ? Une sorte de Bad boys 2 sous lexomil, catapulté dans un village anglais où les fleurs sont bien taillées, les trottoirs bien propres, et les habitants bien trop polis pour être honnêtes. L'idée de départ a de quoi intriguer : un super flic trop efficace pour sa brigade est « promu » dans un bled perdu où il ne se passe rien… jusqu'à ce qu'une série d'accidents étrangement sanglants viennent perturber le calme apparent.

Ce que le film parvient à faire, du moins pendant une bonne moitié, c'est brouiller les pistes de façon assez réjouissante. On commence dans une ambiance de série policière vieillotte, avec ses petits délits et ses grands silences, puis on glisse lentement, presqu'imperceptiblement, vers le thriller rural et le film d'action pur jus, façon Point break ou L'arme fatale, jusqu'à basculer carrément dans le western à l'anglaise, revolvers au poing et punchlines à la pelle. L'intelligence du scénario, coécrit par Simon Pegg, tient autant à ce mélange des genres qu'à la façon dont il joue avec les attentes : les fausses pistes sont nombreuses, parfois trop, et si le film finit par dévoiler son jeu, c'est dans un dernier acte tellement survolté qu'on en sort à la fois éreinté et un peu repu.

La structure, pourtant bien ficelée sur le papier, peine à tenir tout le long. Deux heures pour une comédie d'action aussi dense, c'est long. Wright n'a pas peur de saturer l'espace : entre les inserts ultrarapides, les zooms comiques, les ralentis ironiques, et les transitions clipesques, le film donne parfois l'impression de trop vouloir en faire. Son style est identifiable entre mille, c'est certain, mais cette virtuosité finit ici par cannibaliser l'émotion. Là où Shaun of the dead parvenait à rester sincère derrière son vernis parodique, Hot fuzz paraît parfois un peu froid, presque mécanique.

Le tandem Nicholas Angel/Danny Butterman fonctionne bien, parce que tout repose sur leur opposition. L'un est une machine de guerre qui vit pour la justice, l'autre un ado attardé qui fantasme sur les blockbusters américains. Mais leur amitié, censée être le cœur du film, reste assez fonctionnelle. Elle se construit davantage par références interposées que par des moments sincères, et même si quelques scènes touchent juste, notamment celles où Danny initie Nicholas à sa culture vidéoclub, l'ensemble reste un peu trop balisé.

L'un des intérêts du film réside justement dans ce qu'il raconte en filigrane : sous couvert de pastiche, Wright s'amuse à malaxer la figure du policier modèle, celui qui applique les règles jusqu'à l'absurde, pour mieux en révéler l'inadéquation. L'enquête elle-même devient une métaphore du carcan dans lequel le héros est enfermé. Et ce que le film suggère, en filigrane, c'est que cette obsession du contrôle, ce perfectionnisme maladif, trouve son double monstrueux dans les logiques d'exclusion, voire de purification sociale, à l'œuvre dans cette bourgade qui sacrifie ses habitants au nom du « greater good ». Le vernis bien-pensant cache un petit fascisme de proximité, une idée pas si anodine dans un contexte post-Blair où les replis communautaires s'exacerbent.

Visuellement, Wright impose toujours un savoir-faire indéniable. L'enchaînement des séquences d'action — fusillades, poursuites, explosions — témoigne d'une vraie compréhension du cinéma d'action, y compris dans ses excès les plus grotesques. Le tout est monté avec un sens du rythme impeccable, même si certaines scènes auraient gagné à respirer un peu. La photographie, très soignée, joue souvent sur des oppositions entre la clarté picturale du village et la brutalité soudaine des meurtres, ce qui participe de l'effet de décalage comique. Quant à la bande-son, elle accompagne plutôt bien le propos, avec quelques clins d'œil malins et des silences bien placés.

Du côté des interprètes, Simon Pegg livre une prestation solide, investie, sans chercher la sympathie à tout prix. Il incarne avec rigueur ce personnage ultra-lisse qui finit par s'effriter sous la pression de son environnement. Nick Frost, en sidekick balourd, trouve quelques beaux moments de sincérité au milieu des blagues potaches. Jim Broadbent et Timothy Dalton, en figures d'autorité à double tranchant, s'amusent manifestement dans leurs rôles et apportent une touche de théâtralité bienvenue. Et c'est toujours un plaisir de croiser des têtes connues dans de petits rôles, d'Olivia Colman à Martin Freeman, en passant par les caméos furtifs de Cate Blanchett et Peter Jackson.

Si Hot fuzz ne tient pas toutes ses promesses, il réussit à prolonger l'univers de Wright avec cohérence et mordant. On y retrouve l'énergie, la culture cinéphile et l'envie de dynamiter les genres. Mais on y sent aussi un certain essoufflement, comme si l'exercice de style prenait peu à peu le pas sur l'émotion. Le film reste un divertissement solide, foisonnant, parfois brillant dans ses idées, mais aussi un peu étouffé par sa propre virtuosité. Un film qui a peut-être les armes pour devenir culte, mais qui ne m'a pas tout à fait touché…
Ma note67%
Vu le 15 Novembre 2009


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