Hulk
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Ça paraît presque fou aujourd'hui, mais en 2003, voir Ang Lee, l'homme derrière Tigre et dragon, se lancer dans un film de super-héros, c'était comme découvrir que ton professeur de philo se met d'un coup à faire du stand-up : on est curieux, on veut voir, mais on se demande comment ces deux mondes peuvent bien se rencontrer. Avec Eric Bana, Jennifer Connelly et Nick Nolte en tête d'affiche, on avait l'impression d'un projet ambitieux, presque prestigieux. Certains magazines de l'époque, dont Cinefantastique, annonçaient même « le premier film de super-héros vraiment adulte ». Ça posait les attentes assez haut.
L'histoire, elle, reste fidèle aux grandes lignes du mythe : Bruce Banner se fait irradier, survit par miracle, puis découvre qu'il se transforme en géant vert dès qu'il laisse ses émotions prendre le dessus. Entre un général au tempérament explosif, une ex-petite amie qui sert de boussole morale et un père au passé franchement trouble, Banner passe les trois quarts du film à fuir ou à tenter de comprendre pourquoi son ADN ressemble à un meuble Ikea monté à l'envers. Et dans cette fuite permanente, le film multiplie les secrets de famille, les flashbacks, les sous-entendus : parfois on se croirait dans Magnolia, mais avec des radiations gamma.
Le scénario commence avec de bonnes intentions : un drame humain, une exploration de la colère, un traumatisme qui remonte à l'enfance. Le problème, c'est que tout ça cohabite avec des morceaux de récit plus… disons, classiques du cinéma de super-héros du début des années 2000. Les transitions « façon BD » donnent l'impression qu'on passe constamment d'un film à un autre. Selon un entretien d'Ang Lee publié dans Première en 2004, l'idée lui est venue car il voulait « simuler l'expérience de lire trois cases simultanément sur une même page ». Louable, mais parfois un peu gadget.
L'intrigue oscille donc entre thérapie familiale, science-fiction pseudo-sérieuse et affrontements militaires ; tout ça dans un rythme qui prend son temps, beaucoup de temps. On sent qu'il aurait fallu choisir entre drame psychanalytique et pur divertissement, mais le film reste coincé entre les deux.
Les personnages reflètent bien cette hésitation. Bruce, par exemple, a un background intéressant (un scientifique brillant marqué par une enfance sombre), mais le film ne lui donne pas assez d'espace pour réellement évoluer. Betty est chaleureuse, attentive, mais plus spectatrice qu'actrice de l'histoire. Quant au père Banner, il est construit comme un mélange entre savant fou et père castrateur, avec une ambition qui aurait pu être fascinante, mais qui finit surtout par brouiller les pistes. Le général Ross garde une autorité naturelle, même si le film n'exploitait pas encore le potentiel dramatique qu'on découvrira des années plus tard dans le MCU.
Les thèmes abordés sont riches : la peur d'hériter des erreurs de ses parents, les conséquences de la science mal comprise, la gestion de la colère, le rapport entre corps et esprit. Certains éléments viennent d'ailleurs directement des comics de Peter David, qu'Ang Lee avait relus avant d'écrire le film. Le problème, c'est que le film veut tout traiter en même temps, comme un dossier mal rangé avec trop de post-its. D'un côté, c'est audacieux ; de l'autre, ça donne un ensemble moins fluide, parfois un peu écrasé sous ses propres ambitions.
La mise en scène, elle, divise clairement. Les fameux split-screens, qui avaient impressionné les spectateurs lors des premières bandes-annonces, finissent par devenir une sorte de gimmick visuel qui casse un peu le rythme. Certains plans sont magnifiques, notamment dans le désert du Nevada, et on reconnaît la patte d'Ang Lee, cette manière d'inscrire un personnage minuscule dans un décor immense pour souligner son isolement. Les effets spéciaux, confiés à ILM, étaient révolutionnaires pour l'époque (le maquillage numérique de Hulk restait un exploit de 2003), mais la créature avait parfois ce côté trop lisse, presqu'aquatique, qui a fait tiquer pas mal de spectateurs. La bande-son de Danny Elfman rattrape un peu les choses, avec un thème principal mélancolique et massif, parfaitement adapté au personnage.
Du côté des acteurs, Eric Bana livre une version douce, retenue, presqu'introvertie de Bruce Banner. Dans un autre film, dans un film plus cohérent, cette lecture aurait sans doute mieux fonctionné. Jennifer Connelly, talentueuse comme toujours (elle sortait de Requiem for a dream trois ans plus tôt), fait ce qu'elle peut avec un rôle écrit un peu trop en creux. Nick Nolte, lui, est incroyable de folie, d'intensité et de chaos… tellement intense, en fait, que le réalisateur lui a demandé de « réduire de 20 % » son énergie sur certaines prises, tant il dépassait tout ce qui l'entourait.
Sam Elliott apporte une présence naturelle et une autorité instantanée, même si son personnage reste sous-exploité.
Avec tout ça, impossible de dire que le film est mauvais ou bon de manière tranchée ; il est surtout étrange, ambitieux, mais déséquilibré, parfois touchant, parfois laborieux. On sent qu'il voulait être un film de super-héros différent, plus adulte, mais il se perd en route, essayant de concilier trop de visions à la fois. Les années 2000 étaient l'ère des essais et des tentatives (Daredevil, Elektra, Catwoman), mais celui-ci reste un cas à part : ni raté monumental, ni réussite éclatante. Le film d'Ang Lee demeure un brouillon géant, attachant par moments, frustrant souvent, et finalement intéressant surtout pour ce qu'il aurait pu être.
L'histoire, elle, reste fidèle aux grandes lignes du mythe : Bruce Banner se fait irradier, survit par miracle, puis découvre qu'il se transforme en géant vert dès qu'il laisse ses émotions prendre le dessus. Entre un général au tempérament explosif, une ex-petite amie qui sert de boussole morale et un père au passé franchement trouble, Banner passe les trois quarts du film à fuir ou à tenter de comprendre pourquoi son ADN ressemble à un meuble Ikea monté à l'envers. Et dans cette fuite permanente, le film multiplie les secrets de famille, les flashbacks, les sous-entendus : parfois on se croirait dans Magnolia, mais avec des radiations gamma.
Le scénario commence avec de bonnes intentions : un drame humain, une exploration de la colère, un traumatisme qui remonte à l'enfance. Le problème, c'est que tout ça cohabite avec des morceaux de récit plus… disons, classiques du cinéma de super-héros du début des années 2000. Les transitions « façon BD » donnent l'impression qu'on passe constamment d'un film à un autre. Selon un entretien d'Ang Lee publié dans Première en 2004, l'idée lui est venue car il voulait « simuler l'expérience de lire trois cases simultanément sur une même page ». Louable, mais parfois un peu gadget.
L'intrigue oscille donc entre thérapie familiale, science-fiction pseudo-sérieuse et affrontements militaires ; tout ça dans un rythme qui prend son temps, beaucoup de temps. On sent qu'il aurait fallu choisir entre drame psychanalytique et pur divertissement, mais le film reste coincé entre les deux.
Les personnages reflètent bien cette hésitation. Bruce, par exemple, a un background intéressant (un scientifique brillant marqué par une enfance sombre), mais le film ne lui donne pas assez d'espace pour réellement évoluer. Betty est chaleureuse, attentive, mais plus spectatrice qu'actrice de l'histoire. Quant au père Banner, il est construit comme un mélange entre savant fou et père castrateur, avec une ambition qui aurait pu être fascinante, mais qui finit surtout par brouiller les pistes. Le général Ross garde une autorité naturelle, même si le film n'exploitait pas encore le potentiel dramatique qu'on découvrira des années plus tard dans le MCU.
Les thèmes abordés sont riches : la peur d'hériter des erreurs de ses parents, les conséquences de la science mal comprise, la gestion de la colère, le rapport entre corps et esprit. Certains éléments viennent d'ailleurs directement des comics de Peter David, qu'Ang Lee avait relus avant d'écrire le film. Le problème, c'est que le film veut tout traiter en même temps, comme un dossier mal rangé avec trop de post-its. D'un côté, c'est audacieux ; de l'autre, ça donne un ensemble moins fluide, parfois un peu écrasé sous ses propres ambitions.
La mise en scène, elle, divise clairement. Les fameux split-screens, qui avaient impressionné les spectateurs lors des premières bandes-annonces, finissent par devenir une sorte de gimmick visuel qui casse un peu le rythme. Certains plans sont magnifiques, notamment dans le désert du Nevada, et on reconnaît la patte d'Ang Lee, cette manière d'inscrire un personnage minuscule dans un décor immense pour souligner son isolement. Les effets spéciaux, confiés à ILM, étaient révolutionnaires pour l'époque (le maquillage numérique de Hulk restait un exploit de 2003), mais la créature avait parfois ce côté trop lisse, presqu'aquatique, qui a fait tiquer pas mal de spectateurs. La bande-son de Danny Elfman rattrape un peu les choses, avec un thème principal mélancolique et massif, parfaitement adapté au personnage.
Du côté des acteurs, Eric Bana livre une version douce, retenue, presqu'introvertie de Bruce Banner. Dans un autre film, dans un film plus cohérent, cette lecture aurait sans doute mieux fonctionné. Jennifer Connelly, talentueuse comme toujours (elle sortait de Requiem for a dream trois ans plus tôt), fait ce qu'elle peut avec un rôle écrit un peu trop en creux. Nick Nolte, lui, est incroyable de folie, d'intensité et de chaos… tellement intense, en fait, que le réalisateur lui a demandé de « réduire de 20 % » son énergie sur certaines prises, tant il dépassait tout ce qui l'entourait.
Sam Elliott apporte une présence naturelle et une autorité instantanée, même si son personnage reste sous-exploité.
Avec tout ça, impossible de dire que le film est mauvais ou bon de manière tranchée ; il est surtout étrange, ambitieux, mais déséquilibré, parfois touchant, parfois laborieux. On sent qu'il voulait être un film de super-héros différent, plus adulte, mais il se perd en route, essayant de concilier trop de visions à la fois. Les années 2000 étaient l'ère des essais et des tentatives (Daredevil, Elektra, Catwoman), mais celui-ci reste un cas à part : ni raté monumental, ni réussite éclatante. Le film d'Ang Lee demeure un brouillon géant, attachant par moments, frustrant souvent, et finalement intéressant surtout pour ce qu'il aurait pu être.
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