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· Julien   Lepage

Les indestructibles
Brad Bird
2004

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Illustration de critique : Les indestructibles
Sorti en 2004 et réalisé par Brad Bird, Les indestructibles s'inscrit dans la lignée des films d'animation Pixar qui, depuis Toy story, enchaînent les succès critiques et commerciaux. Mais cette fois-ci, plutôt que des jouets, des monstres ou des poissons, ce sont des humains qui sont mis en avant, avec une relecture du film de super-héros sous l'angle de la cellule familiale. Si le concept pouvait paraître alléchant, surtout dans un genre alors en pleine renaissance grâce aux X-men et à Spider-man, reste à voir si le film a su transformer l'essai.

L'histoire nous plonge dans un monde où les super-héros étaient autrefois adulés avant d'être contraints à l'anonymat par des procès en dommages et intérêts. Mr. Indestructible, autrefois icône de la justice, est devenu un modeste employé d'assurance frustré par la banalité de son quotidien. Marié à Elastigirl et père de trois enfants, il rêve de retrouver l'action et l'excitation des missions héroïques. Une opportunité inattendue le propulse dans une aventure qui l'entraîne sur une île secrète où un mystérieux ennemi l'attend : Syndrome, un ancien fan devenu un super-méchant avide de revanche.

Le scénario suit une structure assez classique, combinant la comédie familiale et le film d'action, mais peine à véritablement surprendre. La mise en place initiale est efficace et plante bien le décor, mais le développement reste prévisible, en particulier concernant l'arc narratif de Syndrome, dont la motivation repose sur une blessure d'ego mal digérée. On a un mélange de James Bond et des 4 fantastiques, mais sans le souffle épique qu'on pourrait espérer. Il y a bien quelques bonnes idées — notamment l'interdiction des super-héros et la gestion du quotidien d'une famille dotée de pouvoirs —, mais elles ne sont pas toujours poussées à leur plein potentiel.

Les personnages sont bien définis, mais pas toujours attachants. Bob Parr, alias Mr. Indestructible, est volontairement présenté comme un héros dépassé par le temps, mais il manque de nuance, oscillant entre mélancolie et obstination bornée. Elastigirl, bien que plus réfléchie et pragmatique, est cantonnée au rôle de mère de famille qui doit gérer les erreurs de son mari. Les enfants sont inégaux : Flèche et Violette ont chacun des conflits intéressants, mais sous-exploités, et Jack-Jack n'est qu'un ressort comique tardif. Le méchant, Syndrome, aurait pu être marquant, mais sa caractérisation en enfant capricieux frustré d'avoir été rejeté par son idole le rend plus irritant que véritablement menaçant.

Le film tente d'aborder des thèmes matures : la crise de la quarantaine, le conformisme forcé, la place de l'individu dans un monde qui bride l'exceptionnel. L'idée que la société préfère niveler par le bas plutôt que d'accepter l'existence de personnes extraordinaires est un message qui aurait pu être percutant, mais il est maladroitement présenté. On oscille entre critique de la médiocrité généralisée et glorification des élites, sans vraiment trancher. L'accent mis sur la famille est un point positif, mais le traitement reste simpliste et assez convenu.

Techniquement, Les indestructibles bénéficie d'une direction artistique inspirée, bien que le design des personnages, très anguleux et caricatural, ne plaise pas à tout le monde. Le rendu des textures et des cheveux marque un progrès indéniable pour l'époque, mais l'animation des humains manquait encore de finesse. Les scènes d'action sont bien chorégraphiées, notamment la bataille finale contre l'Omnidroïde, mais elles ne compensent pas un rythme global qui souffre de quelques longueurs.

La bande-son de Michael Giacchino, avec ses inspirations jazz et « James Bond-esques », accompagne bien l'ambiance rétrofuturiste voulue par le réalisateur. C'est sans doute l'un des éléments les plus réussis du film, apportant une vraie personnalité à l'ensemble. Mais si la musique fonctionne, elle ne parvient pas à insuffler au film le souffle épique qui lui manque parfois.

Les indestructibles est un film Pixar ambitieux sur le papier, mais qui peine à convaincre pleinement. L'univers a du potentiel, mais son exploitation reste en surface. Les personnages, bien que sympathiques, sont trop enfermés dans leurs archétypes, et le message du film oscille entre critique sociale et exaltation des héros d'antan sans prendre une position claire. Reste une animation soignée et une réalisation efficace, mais qui ne suffisent pas à en faire un incontournable du studio.
Ma note34%
Vu le 6 Juillet 2020


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