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· Julien   Lepage

Un indien dans la ville
Hervé Palud
1994

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Illustration de critique : Un indien dans la ville
Il y a des films qui laissent une empreinte indélébile, non pas pour leur brillance cinématographique, mais parce qu'ils ont marqué une époque, un âge, une certaine insouciance. *Un Indien dans la ville*, réalisé par Hervé Palud, appartient à cette catégorie. Sorti en 1994, il a bercé toute une génération qui, des années plus tard, fredonne encore « Chacun sa route, chacun son chemin » en se remémorant les aventures de Mimi-Siku dans un Paris qui n'avait rien d'un village amazonien. Aux côtés de Thierry Lhermitte et Patrick Timsit, le jeune Ludwig Briand donnait vie à cet enfant sauvage, tout en malice et en naïveté, projeté dans un monde où le béton remplace la jungle. L'histoire repose sur un choc des cultures aussi simple qu'efficace : Stéphane Marchado, fringant trader parisien, découvre qu'il a un fils, élevé en Amazonie par son ex-femme. L'enfant rêve de voir la Tour Eiffel, son père le ramène à Paris, et le décalage fait le reste. Entre incompréhensions linguistiques, catastrophes domestiques et confrontation avec un monde qui lui est totalement étranger, Mimi-Siku bouscule la routine de son père et de son entourage. À côté de cette intrigue principale, une histoire de business, de soja et de magouilles russes se greffe maladroitement, ajoutant une touche inutilement complexe à ce qui aurait pu se contenter d'être une comédie familiale. Le scénario n'a rien de révolutionnaire, et les ficelles sont parfois grosses. L'intrigue avance sur des rails prévisibles, ponctuée de quiproquos et de situations rocambolesques. Pourtant, malgré cette mécanique bien huilée, le film fonctionne. Il trouve son équilibre entre humour potache et moments plus tendres, sans jamais sombrer dans l'excès. Certaines scènes restent cultes, comme celle où Mimi-Siku mange les poissons d'un bourgeois odieux ou celle où Patrick Timsit doit composer avec une araignée géante. Ces instants marquent les esprits et forgent le souvenir d'un film qui, s'il n'a jamais prétendu à l'excellence, remplit son contrat avec une redoutable efficacité. Les personnages sont à l'image du film : simples, parfois caricaturaux, mais attachants. Stéphane est l'archétype du père dépassé, qui passe de l'agacement à l'attendrissement au fil des situations. Mimi-Siku, avec sa curiosité candide et son adaptabilité surprenante, incarne le regard naïf posé sur un monde qu'il ne comprend pas. Richard, interprété par Patrick Timsit, apporte une touche de comédie burlesque bienvenue, notamment dans ses interactions avec son fils et son inévitable exaspération face aux péripéties du jeune indien. À côté, Miou-Miou et Arielle Dombasle jouent des rôles plus secondaires, mais contribuent à étoffer l'univers du film. Derrière les gags et les situations absurdes, le film effleure des thèmes plus profonds : la découverte de l'autre, la parentalité tardive, l'incompatibilité entre certains modes de vie. On sent une légère critique du capitalisme effréné, notamment à travers le personnage de Stéphane, obsédé par ses transactions financières, au point d'en oublier l'essentiel. Mais il ne faut pas se méprendre : le film ne cherche pas à être une fable engagée. Sa morale est bienveillante, un brin naïve, et se résume en un message simple : il faut parfois sortir de son cadre pour se recentrer sur l'essentiel. Une leçon qui ne brille pas par son originalité, mais qui, replacée dans le contexte d'une comédie familiale des années 90, remplit son rôle sans prétention. Sur le plan technique, Hervé Palud livre une mise en scène fonctionnelle, sans fulgurance mais sans maladresse majeure. La photographie, notamment lors des séquences amazoniennes, offre quelques beaux plans, et le contraste avec Paris est bien exploité. La bande-son, portée par *Tonton David*, est devenue indissociable du film, et contribue largement à son identité. En revanche, le montage est parfois un peu abrupt, et certains passages manquent de fluidité, notamment dans la transition entre la jungle et la ville. Côté performances, Thierry Lhermitte fait du Thierry Lhermitte : impeccable dans le rôle du bourgeois coincé, il maîtrise l'art du râle et du regard consterné avec un naturel désarmant. Patrick Timsit joue à fond la carte du comique de situation, avec un jeu parfois outrancier mais jamais lassant. Ludwig Briand, dans le rôle de Mimi-Siku, s'en sort étonnamment bien, trouvant le juste équilibre entre spontanéité et jeu dirigé. Seule Miou-Miou semble un peu effacée, son personnage étant cantonné à un rôle plus fonctionnel qu'essentiel. Au final, *Un Indien dans la ville* est une comédie typique de son époque, qui n'a jamais prétendu à autre chose que ce qu'elle est : un divertissement familial efficace. Il ne brille ni par son originalité ni par sa finesse, mais il possède ce charme désuet des films que l'on revoit avec une pointe de nostalgie, en se souvenant des rires qu'ils ont su provoquer. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, ce n'est même pas un grand film, mais c'est un bon souvenir, et parfois, ça suffit amplement.
Ma note77%
Vu le 29 Octobre 2012


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