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· Julien   Lepage

In the air
Jason Reitman
2009

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Illustration de critique : In the air
Jason Reitman aux commandes, George Clooney en costume trois pièces, un sujet taillé pour coller à son époque… Sur le papier, In the air avait tout pour être un grand film. L'Amérique sortait à peine de la crise de 2008, et cette histoire de consultant en licenciements, virevoltant d'aéroport en aéroport pour annoncer aux employés qu'ils ne sont plus nécessaires, semblait taillée pour capturer l'air du temps. On pouvait s'attendre à une réflexion mordante sur le travail, la solitude, la déshumanisation du capitalisme. À la place, le film prend une direction plus intime, plus douce-amère, où le charme de son acteur principal et la légèreté de sa mise en scène viennent masquer un propos finalement moins incisif qu'il ne le prétend.

Ryan Bingham est un homme qui se sent chez lui nulle part et partout à la fois. Son quotidien est rythmé par les portes d'embarquement, les salons VIP, les chambres d'hôtel interchangeables. Il licencie des inconnus à la chaîne et, paradoxalement, il adore ce mode de vie fait de détachement absolu. Sa seule vraie quête : atteindre les dix millions de miles aériens, une sorte de Graal du voyageur corporate. Mais son univers bien réglé est menacé par deux événements. D'un côté, une jeune recrue ambitieuse, Natalie, qui veut révolutionner leur métier en le rendant encore plus impersonnel : les licenciements par vidéoconférence. De l'autre, Alex, une femme qui partage son amour des voyages et semble comprendre mieux que quiconque ce mode de vie… au point de lui donner envie, peut-être, de ralentir un peu.

L'idée de départ est excellente : confronter un homme qui a tout sacrifié à la légèreté à l'idée que son mode de vie pourrait être un mirage. Mais le scénario, malgré son élégance, manque parfois de mordant. Là où un film plus audacieux aurait pu plonger tête baissée dans la critique sociale, In the air préfère la suggestion, le sous-entendu. Le capitalisme dévorant est bien là, dans ces licenciements à la chaîne où Ryan vend de « l'opportunité » à ceux qu'il met au chômage. Mais le film s'intéresse moins au système qu'aux émotions de son protagoniste, et c'est à la fois sa force et sa faiblesse. L'ensemble est fluide, bien écrit, les dialogues sonnent juste, mais on sent parfois que le film se contente de survoler ses sujets, comme son héros survole sa propre vie.

Les personnages sont construits avec soin, même si certains restent plus schématiques qu'ils n'auraient dû l'être. Ryan est une figure séduisante, non parce qu'il est particulièrement admirable, mais parce qu'il incarne avec brio ce cynisme élégant qui dissimule une solitude immense. Alex, jouée avec assurance, est son double féminin, une partenaire de jeu parfaite, dont la légèreté apparente cache bien des non-dits. En revanche, Natalie, censée incarner la nouvelle génération de travailleurs hyperconnectés, semble parfois trop caricaturale, réduite à son rôle de jeune idéaliste qui comprend trop tard ce que le monde lui réserve.

Derrière l'histoire de Ryan se dessinent des thèmes universels : l'illusion du contrôle, le poids de la solitude, le mensonge que l'on se raconte pour justifier nos choix. Le film ne tranche jamais vraiment la question : est-ce qu'il est préférable de s'attacher et de risquer la douleur, ou de se contenter d'une vie fluide et sans attaches ? Il ne donne pas de réponse, ce qui est peut-être sa plus grande qualité. L'un de ses plus beaux moments est sans doute cette conférence où Ryan vante les mérites d'un mode de vie sans bagages, avant de se rendre compte que ses propres certitudes vacillent.

Visuellement, In the air adopte une esthétique sobre, qui colle parfaitement à son sujet. La photographie met en valeur ces lieux impersonnels — aéroports, hôtels, open spaces — où tout se ressemble et où personne ne laisse d'empreinte durable. Jason Reitman, fidèle à son style, filme avec une légèreté apparente qui masque une précision redoutable. La bande-son, discrète, mais efficace, accompagne cette errance avec des morceaux choisis avec soin, renforçant cette impression de flottement permanent.

Côté performances, difficile de reprocher quoi que ce soit à George Clooney. Il est parfait dans ce rôle taillé pour lui, où il peut alterner entre charme nonchalant et failles bien dissimulées. Vera Farmiga lui donne la réplique avec un mélange de sensualité et de distance qui fonctionne à merveille, tandis qu'Anna Kendrick apporte une touche d'innocence brisée qui, sans être révolutionnaire, fonctionne dans le contexte du film.

In the air est un film élégant, bien joué, bien écrit, mais qui manque d'un supplément d'âme pour marquer durablement. Il pose des questions intéressantes sans jamais aller jusqu'au bout de ses idées, préférant la douceur d'une réflexion personnelle à la dureté d'un constat social. Un film agréable, parfois touchant, mais qui aurait pu être bien plus marquant s'il avait osé secouer un peu plus son personnage principal — et son spectateur.
Ma note47%
Vu le 27 Mai 2010


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