Intimidad
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Netflix a décidément l'œil pour dénicher les séries ibériques qui font mal là où ça fait bien. Intimidad, signée Verónica Fernández et Laura Sarmiento, débarque en 2022 avec un casting solide et une ambition sociale assumée, portée notamment par Itziar Ituño, Patricia López Arnaiz et Verónica Echegui — trois femmes pour trois destins fracassés par le même fléau contemporain. L'histoire tourne autour du revenge porn, ou pour utiliser le terme juridique espagnol désormais officialisé, la « difusión no consentida de imágenes íntimas ». Malen, candidate à la mairie de Bilbao, voit une vidéo sexuelle d'elle circuler au pire moment de sa campagne. Parallèlement, Ane, une ouvrière d'usine, se noie après que des images similaires ont envahi son lieu de travail. Entre les deux, Alicia, policière chargée de l'enquête, tente de démêler les fils d'un scandale qui touche des sphères très différentes de la société basque. Trois femmes, trois milieux, un même mécanisme de destruction. Le scénario a le mérite d'embrasser large. On ne reste pas cantonné à un seul angle — victimisation bourgeoise ou prolétarienne — mais on traverse les classes sociales, les générations, les institutions. C'est là que la série marque des points : elle montre avec une certaine acuité comment la honte, elle, ne fait pas de distinction sociale. Là où le bât blesse, c'est dans la construction narrative elle-même. Les allers-retours temporels sont censés distiller le suspense, mais on revient tellement souvent sur les mêmes scènes charnières — la même vidéo, le même moment de bascule — que l'effet dramatique finit par s'émousser. À force de répéter le trauma pour le souligner, on finit par en atténuer la portée. Les personnages, eux, sont esquissés avec soin mais pas toujours développés jusqu'au bout. Malen est la figure la plus fouillée : femme de pouvoir, mère, amante, victime — et néanmoins humaine dans ses contradictions. Alicia souffre davantage du syndrome du personnage-outil, celle dont la fonction est d'avancer l'intrigue plus que de l'habiter vraiment. Quant aux hommes, la série ne leur fait guère de cadeaux — ce qui est à la fois son propos et parfois sa limite. Du macho ricanant qui partage la vidéo en rigolant, aux cadres en costume qui regardent ailleurs, en passant par les ados qui jugent les victimes « consentantes », le tableau est cohérent mais monolithique. Très peu d'hommes échappent au réquisitoire. C'est d'ailleurs là que Intimidad révèle ses intentions les plus profondes. La série est moins un thriller qu'un pamphlet. Elle s'inscrit dans une tradition bien ancrée du cinéma espagnol — et notamment basque — qui aime faire le procès de la société catholique, de ses hypocrisies, de sa bourgeoisie corrompue et de ses élites politiques qui comptent les votes avant de compter les victimes. Ce n'est pas une posture inédite, mais elle est portée avec conviction. On pense parfois à Merlí pour le cadre espagnol contemporain, ou plus lointainement à certaines œuvres de Pedro Almodóvar dans sa façon de mettre en scène des femmes broyées par des structures masculines — sans toutefois atteindre la même profondeur ni la même liberté formelle. Sur le plan de la réalisation, c'est propre, efficace, bien photographié. Bilbao, avec son architecture contrastée et sa lumière atlantique, est joliment mise en valeur. La mise en scène ne cherche pas à épater — elle sert le propos sans l'écraser. La bande originale remplit son office sans s'imposer. Rien de mémorable, mais rien de gênant non plus. Et puis il y a Itziar Ituño. Déjà remarquée dans La Casa de papel dans le rôle de l'inspectrice Raquel Murillo, elle confirme ici qu'elle est l'une des actrices espagnoles les plus convaincantes de sa génération. Elle porte Alicia avec une sobriété qui dit beaucoup sans forcer — ce regard qui absorbe, cette fatigue digne, ce refus de l'épanchement facile. Patricia López Arnaiz, dans la peau de Malen, est tout aussi juste, habitant avec crédibilité la double vie d'une femme publique soudainement exposée dans l'intime. Verónica Echegui et Emma Suárez complètent un tableau féminin globalement solide. Au final, Intimidad est une série qui fait ce qu'elle annonce : elle met en lumière un sujet grave, le traite avec sérieux, s'appuie sur de bons comédiens et une réalisation soignée. C'est honnête. Mais elle s'arrête un peu trop souvent au seuil de ce qu'elle pourrait être. Le scénario tourne en rond à quelques reprises, les personnages masculins manquent de nuance, et la structure à flashbacks finit par fatiguer. On aurait aimé un peu plus d'audace, un peu moins de didactisme. Ceux qui ont apprécié Unbelievable ou Girl in the Picture y trouveront leur compte — à condition d'accepter que le propos prime parfois sur la dramaturgie.
Ma note62%
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