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· Julien   Lepage

The jacket
John Maybury
2005

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Illustration de critique : The jacket
The jacket, réalisé par John Maybury, s'ouvre sur une promesse intrigante : celle d'un thriller psychologique flirtant avec le fantastique et l'expérimental. Avec Adrien Brody en tête d'affiche, entouré de Keira Knightley, Kris Kristofferson et Jennifer Jason Leigh, le film semblait vouloir marquer les esprits, porté par une esthétique travaillée et un casting attractif. Mais si l'ensemble fascine par moments, le résultat final laisse un arrière-goût d'inachevé.

L'histoire suit Jack Starks, un vétéran de la Guerre du Golfe souffrant d'amnésie après une blessure à la tête. De retour aux États-Unis, il est injustement accusé du meurtre d'un policier et interné dans un hôpital psychiatrique où il devient le cobaye des expériences du Docteur Becker. Sous camisole de force (la fameuse jacket du titre) et drogues expérimentales, Jack est enfermé dans un tiroir de morgue. Là, il découvre un étrange pouvoir : ses « voyages » lui permettent de se projeter quinze ans dans le futur. Entre exploration de son passé et tentative de comprendre sa mort annoncée, Jack s'embarque dans une quête à la fois intime et déconcertante.

Le scénario, signé Massy Tadjedin, repose sur une idée de départ originale. Malheureusement, l'écriture s'épuise rapidement à force de multiplier les éléments déjà vus ailleurs : des relents de L'échelle de Jacob, une pincée de L'armée des 12 singes, et une mécanique temporelle empruntée à L'effet papillon. Les premières scènes intriguent, mais le film peine à maintenir le suspense, s'égarant dans des séquences parfois inutiles et des explications qui manquent de cohérence. L'ambiguïté initiale cède rapidement la place à une intrigue plus convenue, transformant un concept fascinant en une histoire d'amour et de rédemption assez simpliste.

Les personnages, eux, oscillent entre profondeur et caricature. Jack Starks, avec sa souffrance à fleur de peau, aurait pu être un héros captivant, mais ses multiples mimiques et grimaces finissent par fatiguer. Jackie, jeune femme abîmée par la vie, est une figure attachante, mais son développement reste limité. Les rôles secondaires, en revanche, apportent une certaine richesse : le Docteur Becker incarne un mélange troublant de bienveillance et de froideur, tandis que Rudy Mackenzie, interné instable joué par Daniel Craig, vole presque la vedette par sa présence électrique.

Le film aborde des thèmes intéressants, notamment la quête d'identité, la résilience face à la fatalité et les dérives de la médecine expérimentale. Cependant, ces réflexions restent en surface, sacrifiées sur l'autel d'un suspense qui peine à surprendre. Si la métaphore de la camisole comme prison mentale est visuellement évocatrice, elle manque d'une réelle exploration narrative pour résonner pleinement.

Côté réalisation, John Maybury démontre un certain talent pour créer une atmosphère oppressante. Les jeux de lumière, les angles de caméra inhabituels et la photographie signée Peter Deming (connu pour son travail sur Mulholland Drive) contribuent à une esthétique soignée. Mais le réalisateur abuse des effets visuels — flashs, filtres colorés, montages frénétiques — qui finissent par étouffer l'histoire. La bande originale de Brian Eno, en revanche, se distingue par son ambiance éthérée et mélancolique, apportant une vraie valeur ajoutée à certaines scènes clefs.

Quant aux performances des acteurs, elles oscillent entre le très bon et le frustrant. Adrien Brody, malgré son intensité, frôle parfois l'excès dans sa manière d'exprimer la douleur et le désespoir. Keira Knightley, encore jeune dans sa carrière, s'en sort bien dans un rôle qui lui permet d'expérimenter une certaine vulnérabilité. Mais c'est Kris Kristofferson qui impressionne le plus, apportant une ambiguïté glaçante à son personnage de médecin. Enfin, Daniel Craig, dans un rôle secondaire, capte l'attention avec une énergie brute et imprévisible.

En conclusion, The jacket est un film qui commence fort, mais s'essouffle rapidement. Si son mélange des genres intrigue au départ, il finit par manquer de consistance, s'enfermant dans des clichés et des choix narratifs peu audacieux. Il reste toutefois une curiosité à voir pour ses performances solides, son ambiance particulière et son esthétique soignée, même si on en ressort avec une impression d'inachevé. Pour ceux qui aiment les récits à la frontière entre le réel et le fantastique, il pourrait évoquer des souvenirs de L'échelle de Jacob, sans toutefois en atteindre la profondeur.
Ma note48%
Vu le 29 Décembre 2012


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